Chapitre 176
« Ce n’est pas une plaisanterie. Allez, dépêche-toi. Tu as beau avoir saisi les bases de la Formation spirituelle, l’examen des manteaux blancs des Esprits du Monde n’a rien de simple. Il sera complètement différent de ceux que tu as passés jusqu’ici. Prépare-toi bien, sinon tu risques d’échouer et de prendre du retard. » Zhuge Liuyun lui donna quelques tapes avant de parler.
« Hé hé, ne t’inquiète pas, maître. Je ne te décevrai pas et ne te ferai pas perdre la face. »
Chu Feng partit le cœur léger. Depuis qu’il savait comment sauver Eggy, la tension qui l’habitait s’était dissipée.
Pour ne pas éveiller les soupçons de Zhuge Liuyun, Chu Feng ne raffina pas les cent perles de l’Origine. Il se coucha tôt et dormit paisiblement cette nuit-là.
À l’aube, le lendemain, le ciel commençait à peine à s’éclaircir. Comme prévu, Chu Feng se rendit chez Zhuge Liuyun. Mais sur la place devant le palais, une foule immense s’était rassemblée : de nombreux disciples et Anciens s’y pressaient.
Après s’être frayé un chemin parmi eux, Chu Feng découvrit avec stupeur Zhuge Liuyun au centre de la place. Derrière lui se tenaient deux aigles à tête blanche gigantesques.
Ces aigles étaient énormes. Dressés sur leurs pattes, ils atteignaient trois mètres de haut. Leurs serres puissantes ressemblaient à des lames acérées. Ils fixaient la foule de leurs yeux perçants, sans la moindre peur, mais avec une certaine fierté.
« Ouah, de vrais aigles à tête blanche ! Qu’ils sont beaux ! » En les voyant, nombre de femmes s’enthousiasmèrent et trépignèrent de joie.
« J’ai entendu dire que c’était le meilleur moyen de transport qui soit. Ils coûtent une fortune, et l’École du Dragon Azur n’en possède que deux, tous deux à Zhuge Liuyun », expliqua quelqu’un.
« Oui, ils ont l’air très puissants. Rien que de les regarder, c’est un plaisir. Je me demande ce que ça fait de les chevaucher et de voler un peu dans les airs. »
« L’Ancien Zhuge se sert très rarement de ses aigles à tête blanche. Il les traite comme des trésors. »
« J’ai entendu dire que l’Ancien Wang, l’un des Six Protecteurs, devait faire un long voyage un jour et qu’il avait voulu emprunter un aigle à tête blanche. Mais l’Ancien Zhuge avait refusé sans la moindre pitié. »
« Et pas seulement ! Il paraît qu’il s’en est même pris à l’Ancien Wang. Il lui aurait dit : “Même moi, je ne veux pas m’en servir, et toi, tu le voudrais ? Continue de rêver !” »
« Oui, mais aujourd’hui, il va utiliser les deux aigles à tête blanche. Je me demande quelle affaire importante l’attend, où il va et avec qui. »
Tout le monde désignait les aigles en discutant. Ils admiraient déjà Zhuge Liuyun, mais encore davantage celui qui allait chevaucher l’un d’eux à ses côtés.
Chacun voulait connaître cette sensation grisante : s’élancer vers l’horizon et contempler le monde depuis le ciel.
« Feng’er, il est temps de partir. » À cet instant, Zhuge Liuyun fit signe à Chu Feng, qui se trouvait dans la foule.
« Maître. »
Sous les regards de la foule, Chu Feng rejoignit Zhuge Liuyun. Sans pouvoir s’en empêcher, il tendit la main pour caresser l’aigle à tête blanche, le cœur empli d’une excitation indescriptible.
« C’est Chu Feng ! Par le ciel, il va partir avec l’Ancien Zhuge ? »
« Il a droit à un tel traitement ! L’Ancien Zhuge doit vraiment beaucoup l’apprécier. »
À la vue de Chu Feng, les visages de tous s’emplirent d’admiration. Ils enviaient la faveur que lui accordait Zhuge Liuyun. Mais si les hommes éprouvaient surtout une admiration sincère, les femmes, elles, manifestaient leur adoration.
Le talent de Chu Feng s’était déjà révélé, et il était maintenant le disciple de Zhuge Liuyun. On pouvait dire que son statut au sein de l’École du Dragon Azur n’avait rien à envier à celui de Gong Luyun.
De plus, la rumeur voulait que Chu Feng fût un génie doté de pouvoir spirituel, et que Zhuge Liuyun l’eût accepté comme disciple après avoir découvert son immense talent dans ce domaine. Cela ne faisait que renforcer l’estime qu’on lui portait.
Tout naturellement, Chu Feng était donc devenu le prétendant idéal aux yeux d’innombrables disciples. Il avait beau être encore jeune, rien ne pouvait empêcher les cœurs des jeunes femmes de s’emballer.
« Chu Feng. » Une voix familière retentit. Su Mei sortit de la foule et s’approcha de lui. « Tu pars ? » demanda-t-elle avec un sourire adorable.
« Oui. Je vais dans la Province de l’Esprit avec mon maître pour participer à l’examen des manteaux blancs des Esprits du Monde. » Chu Feng ne lui cacha rien.
« Puisque tu passes l’examen des Esprits du Monde, félicitations d’avance pour ton accession à ce rang. » Su Mei lui adressa un magnifique sourire.
« Hé, rien n’est encore joué. » Chu Feng secoua modestement la tête, mais un sourire confiant et déterminé se dessinait sur ses lèvres.
« Combien de temps seras-tu absent ? » demanda Su Mei.
« Probablement un mois », répondit Chu Feng.
« Un mois ? » Le visage de Su Mei se troubla.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » Chu Feng avait remarqué son trouble.
« Rien. Je suis juste contente pour toi. » Su Mei sourit avec douceur, mais ne parvint pas à dissimuler son inquiétude. Elle n’ajouta rien et se faufila dans la foule.
« Petite Mei ! » Chu Feng hésita un instant, mais Su Mei avait déjà disparu. Il se précipita hors de la foule et regarda autour de lui, sans parvenir à retrouver sa silhouette.
Une autre personne entra alors dans son champ de vision : Su Rou, la sœur de Su Mei. La plus belle femme de l’École du Dragon Azur l’observait à quelque distance.
Su Rou était une Ancienne de la cour intérieure et, sauf affaire particulière, elle se rendait rarement dans la zone centrale. Ajouté à l’étrange réaction de Su Mei, cela fit comprendre à Chu Feng que quelque chose s’était passé.
« Su Rou, que s’est-il passé ? » Chu Feng l’emmena dans un endroit plus tranquille avant de l’interroger.
« Tu sais que Petite Mei a un fiancé, n’est-ce pas ? » Au lieu de répondre, Su Rou lui posa une question.
« Shangguan Ya, de la famille Shangguan, c’est ça ? Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Chu Feng.
« Tu es donc au courant, au moins en partie. » Su Rou sourit, mais son sourire était étrange. Puis elle reprit : « Le mariage de Shangguan Ya et de Petite Mei a été avancé. Il aura lieu dans un mois ! »
« Dans un mois ? C’est l’idée de ton père ? » Le visage de Chu Feng s’assombrit.
« Non, ce n’est pas son idée. Mais il n’a guère de pouvoir dans cette affaire. C’est une longue histoire, mais on peut dire que c’est un mariage forcé », répondit Su Rou.
« Un mariage forcé ? Quelle plaisanterie ! Le maître de la Cité de l’Oiseau Vermillon se laisse dicter sa conduite par une famille de sa propre ville ? » De toute évidence, Chu Feng n’y croyait pas.
« Ne sous-estime pas la famille Shangguan. Elle a déjà les moyens de disputer à la famille Su le contrôle de la Cité de l’Oiseau Vermillon. En plus, elle s’est trouvé un puissant allié. La situation de ma famille n’est pas très favorable », expliqua Su Rou.
« Un allié ? Qui donc ? » demanda Chu Feng.
« Ne pose pas de questions là-dessus. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas une affaire que tu peux régler. Je te pose une seule question : peux-tu emmener Petite Mei et partir avec elle ? » Les beaux yeux de Su Rou se fixèrent sur Chu Feng.
« Non ! » répondit Chu Feng avec fermeté, sans la moindre hésitation.
« Toi… » À ces mots, le visage d’une beauté absolue de Su Rou pâlit légèrement de colère.
Chu Feng ne donna aucune explication. Il se retourna et se dirigea vers la place.
« Chu Feng, je me suis trompée sur toi. Petite Mei aussi s’est trompée ! » lança Su Rou derrière lui.
Chu Feng s’arrêta, se retourna et déclara : « Pourquoi devrais-je emmener Petite Mei ? Pour nous enfuir ensemble ? Pour prendre la fuite ? Pourquoi devrions-nous partir ? Qu’avons-nous fait de mal ? Ou qu’avons-nous à craindre ? »
« … » Su Rou ne sut que répondre ; elle ne comprenait pas vraiment ce que Chu Feng voulait dire.
« Moi, Chu Feng, je ne fuirai pas cette affaire. Dans un mois, je te retrouverai dans la Chaîne de montagnes de l’Oiseau Vermillon. »
Sur ces mots, Chu Feng s’éloigna. Il ne laissa à Su Rou que ces paroles à méditer, mais elle ne parvint pas à les comprendre.