Chapitre 157
« Tu es une femme ? » Chu Feng ouvrit grand la bouche, stupéfait. Pourtant, sa main droite se resserra de plus en plus. Il la pressa même deux fois, comme pour vérifier si cette personne était bien une fille.
Au bout du compte, Chu Feng en arriva à cette conclusion : oui. Sans le moindre doute, oui. Cette sensation. Cette élasticité. À un tout petit quelque chose près, elle n’avait rien à envier à Su Rou !
« Je vais te tuer. » La personne à la cape grise, ainsi agrippée par Chu Feng, était folle de rage.
Bien qu’il ne pût voir son visage, il sentait sa fureur. Elle fit circuler sa puissance profonde, et une aura sans limites jaillit en elle. Elle comptait utiliser une puissante technique martiale pour tuer Chu Feng d’un seul coup.
Fff
Chu Feng n’allait pas lui en laisser l’occasion. Il desserra légèrement la main droite, puis la resserra brusquement et tira vers le haut. La cape grise de l’Esprit du Monde lui resta dans les mains ; il la rejeta dans ses bras.
« Ah ! »
Quand la cape grise de l’Esprit du Monde lui fut arrachée, la jeune fille poussa un cri. Sans sa protection, elle subissait de plein fouet la puissance du piège.
« Bon sang. En plus, tu es une si jolie fille. » Au même instant, le regard de Chu Feng se vida et il resta envoûté par la scène qui s’offrait à lui.
Sous la cape grise de l’Esprit du Monde ne se cachait pas un petit vieillard répugnant. C’était une jeune fille d’une beauté telle qu’on n’en pouvait imaginer de plus belle. Avec son menton fin et son visage blanc, elle avait un visage véritablement ovale.
Son petit visage n’était pas seulement délicat : ses traits étaient eux aussi ravissants. Ses grands yeux brillants auraient pu ensorceler quelqu’un jusqu’à le tuer. Elle n’avait ni le charme sensuel de Su Rou ni la pureté de Su Mei. Elle était à la fois limpide et séduisante, comme une fleur envoûtante éclose au milieu d’un étang cristallin.
Vêtue d’une jupe violette qui laissait apparaître ses belles jambes blanches comme la neige, cette jeune fille ressemblait à une petite tentatrice. Elle était même du genre à ne pas vous rendre la vie si vous mouriez ensorcelé par ses charmes.
Son teint surpassait de loin celui de Su Rou et de Su Mei. Parmi toutes les beautés que Chu Feng avait vues, seule Eggy, qui vivait dans son Monde spirituel, pouvait rivaliser avec elle.
Pourtant, cette fille était tout à fait différente. Elles étaient toutes deux très séduisantes, mais si Eggy était du genre espiègle et malicieux, l’autre était froide et belle, distante de tous.
« Espèce de démon lubrique ! Qu’est-ce que tu regardes ? Tu n’as jamais vu de belle femme ? Allez, tue-la, maintenant. »
Alors que Chu Feng restait bouche bée, Eggy poussa un cri de dépit.
« Quoi ? La tuer ? »
À ces mots, le cœur de Chu Feng se serra. Si on lui avait demandé de tuer quelqu’un de profondément malfaisant, il n’aurait montré aucune pitié. Mais tuer une personne qui ne lui avait rien fait, et qui était en plus une si belle jeune fille, il en était incapable.
« Sale petit misérable ! Tu as osé me tendre un piège ? Aujourd’hui, je vais réduire ton corps en dix mille morceaux ! »
À cet instant, la jeune fille hurla de rage. Ses cheveux noirs de jais devinrent violets, tout comme ses yeux envoûtants.
Des volutes de gaz violet jaillirent sans cesse de son corps. Elles évoquaient la lumière, l’eau et le feu à la fois. D’une étrangeté extrême, elles entourèrent la jeune fille et tourbillonnèrent autour d’elle, s’entremêlant les unes aux autres.
Au même moment, des vagues invisibles se propagèrent continuellement autour de la jeune fille. Elles se succédaient, chacune plus puissante que la précédente. Lorsqu’elles explosèrent soudainement, même Chu Feng ne put les retenir et fut projeté de force au loin.
Fff
Pris au dépourvu, Chu Feng tomba de la haute estrade. Il exécuta un élégant salto arrière et atterrit sans encombre au sol. Mais quand il reporta les yeux sur l’estrade, il ne put garder son calme.
Le piège qu’il avait mis des heures à installer s’effondrait sous l’effet du gaz violet de la jeune fille. D’innombrables symboles se désagrégeaient, avant de se réduire en cendres et de disparaître du monde.
« Cette fille est vraiment forte. Elle n’est clairement qu’au premier niveau du Royaume du Profond. Comment a-t-elle pu me repousser hors du piège ? »
Chu Feng n’en revenait pas. L’aura qui émanait de la jeune fille était très étrange. Il ne l’avait jamais vue auparavant, mais savait instinctivement qu’il ne s’agissait pas d’une simple technique martiale.
« Comment est-ce possible ? Elle possède ce genre de corps. » Eggy ne put retenir un cri de surprise, la voix chargée d’incrédulité.
« Quel genre de corps ? Eggy, qu’est-ce qu’elle a ? » Chu Feng sentait lui aussi que quelque chose clochait, car la jeune fille qui lui faisait face exerçait sur lui une pression écrasante.
Il fallait savoir qu’après qu’Eggy lui eut prêté sa puissance, Chu Feng avait atteint le premier niveau du Royaume du Profond. Grâce à ses capacités, il pouvait facilement tuer des adversaires du quatrième niveau du Royaume du Profond. S’il utilisait son pouvoir spécial, la foudre dorée dans son sang, et élevait sa cultivation au deuxième niveau du Royaume du Profond, les experts du cinquième niveau ne lui poseraient pas de problème. Seuls ceux du sixième niveau pourraient lui tenir tête.
Mais que se passait-il avec la jeune fille devant lui ? Elle avait le même niveau de cultivation que Chu Feng, pourtant elle lui inspirait une telle oppression. Possédait-elle elle aussi des capacités spéciales qui lui donnaient une puissance comparable à celle d’un cultivateur du sixième niveau du Royaume du Profond ?
« Imbécile. Tu ne le vois pas ? Cette fille n’a utilisé aucune technique martiale spéciale. Elle a fait appel à son pouvoir unique, une capacité qui lui est propre. Ce gaz violet ne contient aucune puissance profonde : il provient de son corps. Cette fille n’a pas un corps ordinaire, mais un Corps divin ! »
« Quoi ? Un Corps divin ?! » À ces mots, Chu Feng fut encore plus stupéfait et son visage devint livide.
Les Corps divins étaient des corps particuliers conférés par le ciel. Ceux qui les possédaient étaient de véritables génies, dotés de capacités extraordinaires ; dès leur naissance, leur destinée était de devenir des êtres d’exception.
Le personnage légendaire d’il y a dix mille ans, Qingxuantian, le créateur des Tombes de l’Empereur, possédait un Corps divin. C’était peut-être aussi grâce à un Corps divin que Chu Feng avait une telle puissance au combat.
Mais ce n’étaient que des soupçons, et il n’en avait aucune preuve tangible. Or, juste devant ses yeux, son adversaire — une jeune femme qui criait vouloir le réduire en dix mille morceaux — possédait un véritable Corps divin.
Pour la première fois, face à quelqu’un de sa génération, Chu Feng se sentit en danger, comme si un ennemi redoutable venait d’apparaître. Il devait y mettre tout son cœur. Il lui fallait agir avec prudence et prendre la situation au sérieux.
Boum
Une énorme détonation retentit, et d’innombrables symboles disparurent comme de la fumée. Le gaz violet envahit toute l’estrade. La jeune fille avait complètement détruit le piège de Chu Feng et descendait maintenant les marches, une à une.
Ses cheveux violets dansaient follement dans les airs, et ses yeux violets brûlaient de soif de sang. Sa jupe violette flottait sans qu’aucun vent ne souffle, tandis que le gaz violet la suivait partout.
« Quelle puissance ! C’est un véritable Corps divin ! »
Le visage de Chu Feng était d’une pâleur mortelle. Il ne reculait pas, mais n’osait pas s’avancer, encore moins prendre l’initiative de l’attaquer. Des gouttes de sueur grosses comme des haricots roulaient sur son front. Il sentait véritablement le danger, et jamais encore on ne l’avait acculé à ce point.
« Waaah ! »
Grondement, grondement
À cet instant, des rugissements assourdissants retentirent de toutes parts, plusieurs fois plus puissants qu’auparavant. Le sol trembla et se fissura même par endroits. On entendit des pierres s’effondrer, mais surtout, une oppression puissante et antique fondit sur eux.
La légendaire Compétence secrète venait d’apparaître.