Chapitre 146
La jeune fille avait la peau blanche comme la neige, lisse et douce. Si sa beauté n’égalait pas celle des plus belles femmes du pays, elle possédait néanmoins une allure bien à elle. Mais surtout, sa silhouette était exceptionnelle : sa poitrine généreuse et ses hanches arrondies étaient bien développées. Avec ses longues jambes droites comme des pinceaux, elle avait un corps de diablesse qui n’avait rien à envier à celui de Su Rou.
Chu Feng ne pouvait vraiment pas détourner les yeux d’une silhouette pareille ; il ne cessait de repenser à la nuit d’extase qu’il avait passée avec Su Rou.
En le voyant la dévisager sans la moindre gêne, la jeune fille fronça légèrement les sourcils et son regard se chargea aussitôt de dégoût.
« Oh, maintenant, tu ne veux même plus qu’on te regarde. Pourtant, avec un corps pareil, tu devrais être habituée aux regards, non ? » ricana froidement Chu Feng en son for intérieur, les yeux toujours fixés sur ses longues et belles jambes. Il se moquait complètement de l’expression qu’elle affichait.
« Nous saluons la demoiselle aînée ! » Tandis que Chu Feng la contemplait avec intérêt, absorbé par sa beauté, des voix respectueuses retentirent autour de lui. Dans le même temps, des dizaines de serviteurs de haut rang s’inclinèrent pour la saluer.
« La demoiselle aînée ? Vraiment ? C’est Murong Xinyu, la demoiselle aînée de la Villa du Tigre Blanc ? »
Chu Feng comprit soudain. Murong Xinyu était la fille aînée du maître de la Villa du Tigre Blanc. Depuis sa naissance, elle était incapable de cultiver. En revanche, elle était extrêmement intelligente.
« Je suis fichu. »
Chu Feng jura intérieurement en remarquant que le visage de Murong Xinyu était livide. De toute évidence, il l’avait mise en colère. Il regretta aussitôt son comportement, car il savait avoir commis une grave erreur.
Les serviteurs autour de Chu Feng se réjouissaient de son malheur. Murong Xinyu détestait par-dessus tout qu’on la dévisage. Chu Feng avait franchi une limite sacrée ; ils attendaient donc avec impatience de voir quelle punition elle lui infligerait.
« Oncle Zhang, allons-y. » À la surprise générale, Murong Xinyu ne punit pas Chu Feng et se dirigea directement vers le carrosse.
En voyant cela, l’intendant Zhang poussa un soupir de soulagement. Il lança à Chu Feng un regard chargé de sens, puis suivit Murong Xinyu.
« Tu as offensé la demoiselle aînée. T’es fichu. »
« Continue encore un peu. Si je suis de bonne humeur, je plaiderai peut-être ta cause. »
Les serviteurs fourrèrent de force les offrandes dans les bras de Chu Feng. Ce n’est que lorsqu’il n’en put plus porter davantage qu’ils rejoignirent les carrosses qui s’ébranlaient.
Quant à Chu Feng, il ne leur prêta pas la moindre attention : l’inquiétude l’emplissait. Il se demandait ce que la demoiselle aînée allait lui faire subir. Or, il s’apprêtait justement à chercher l’entrée des Tombes de l’Empereur dans la Villa du Tigre Blanc. Cette situation ne présageait rien de bon.
Après avoir quitté la Villa du Tigre Blanc, les carrosses s’enfoncèrent dans la Chaîne de montagnes du Tigre Blanc. Ils ne s’arrêtèrent qu’à une centaine de kilomètres de là, dans une forêt.
Une tombe se trouvait là, à flanc de montagne. Sans même avoir besoin d’y réfléchir, Chu Feng comprit qu’il s’agissait de celle de la mère de Murong Xinyu.
Les serviteurs commencèrent alors à disposer les offrandes. Mais c’était surtout Chu Feng qui s’en chargeait.
Ils le malmenaient clairement. Murong Xinyu et l’intendant Zhang s’en aperçurent, mais ne les arrêtèrent pas. Chu Feng ne put que ravaler son humiliation et sa rancœur. Après tout, il avait bien cherché les ennuis en offensant Murong Xinyu.
Plus il se pliait à leurs exigences, plus les serviteurs en rajoutaient. Ils avaient l’impression de venger Murong Xinyu et estimaient donc avoir tous les droits, même en le maltraitant. À la fin, ils lui laissèrent tout le travail.
Comme il était midi et que Murong Xinyu devait manger, les serviteurs partirent la servir. Chu Feng, lui, se retrouva seul à s’occuper de la défunte mère de la demoiselle aînée.
« De vrais esclaves-nés », pensa Chu Feng avec mépris en voyant les serviteurs, tout sourire, entourer Murong Xinyu.
« Cette Murong Xinyu n’est pas mieux que les autres. Si elle vient rendre hommage à sa mère, elle devrait se prosterner devant sa tombe. Mais elle ne le fait même pas. Quel genre d’hommage est-ce là ? »
« Cette aura… »
Mais à cet instant, Chu Feng fronça légèrement les sourcils et balaya les environs d’un regard acéré. Il sentit qu’une dizaine de cultivateurs approchaient. Ils étaient tous dans le Royaume de l’Origine. Le plus faible avait atteint le premier niveau, et le plus puissant, le cinquième.
Froufrou.
Il n’eut pas le temps d’examiner la situation plus longtemps : des pas retentirent dans la forêt. Bientôt, plus de dix silhouettes en émergèrent.
Vêtus de noir, ces individus ne laissaient voir que leurs yeux féroces. Leurs armes luisaient d’un éclat froid et leur intention meurtrière ne faisait aucun doute.
« Qui êtes-vous ? » Voyant que quelque chose clochait, l’intendant Zhang cria et se précipita devant Murong Xinyu pour la protéger.
Fff, fff ! Dès que les hommes en noir aperçurent Murong Xinyu, ils ne dirent rien. Ils brandirent leurs armes, l’encerclèrent et passèrent à l’attaque. Leur cible était évidente.
« Des assassins ! Protégez la demoiselle aînée ! » cria de nouveau l’intendant Zhang. Il agita les bras à toute vitesse, si bien que des images rémanentes apparurent.
À lui seul, il protégea Murong Xinyu, se dressant devant elle comme un mur de cuivre et de fer. La troupe d’assassins armés ne parvenait pas à le franchir.
Mais comme le dit l’adage, « deux poings ne peuvent lutter contre quatre mains ». Et les assaillants étaient nombreux. L’un d’eux, de surcroît, n’était pas moins puissant que l’intendant Zhang ; bientôt, celui-ci ne pourrait plus tenir.
Clang, clang, clang, clang !
Soudain, l’intendant Zhang lança plusieurs paumes à la fois et brisa de force l’arme d’un homme. Puis il frappa violemment l’assassin à la poitrine et le tua sur le coup. Mais, dans le même temps, deux coups de lame lui entaillèrent le corps et le sang se mit à couler.
« Mademoiselle, fuyez ! »
Endurant la douleur, l’intendant Zhang saisit Murong Xinyu et la lança hors de l’encerclement. Dépourvue de toute cultivation, elle s’écrasa lourdement au sol.
« Protégez la demoiselle aînée ! »
À cette vue, deux serviteurs se précipitèrent courageusement pour aider Murong Xinyu. Mais deux éclairs froids jaillirent ; sans même pousser un cri, les serviteurs s’effondrèrent dans une mare de sang. Deux hommes en noir, au deuxième niveau du Royaume de l’Origine, s’étaient déjà rués sur Murong Xinyu.
« Ça… »
Cette scène terrifia les serviteurs restants. Non seulement ils cessèrent de lui porter secours, mais ils prirent la fuite, abandonnant Murong Xinyu à son sort.
Mais c’était compréhensible. Quand leur vie était en jeu, la plupart des gens auraient fait de même.
« Bande de salauds ! »
Voyant les serviteurs l’abandonner pour sauver leur peau, Murong Xinyu grinça des dents de colère. Après les avoir maudits, elle se retourna et tenta de fuir. Mais elle était bien plus lente qu’eux.
Elle trébucha et s’étala de nouveau au sol. Au même instant, les deux hommes en noir l’avaient presque rattrapée. Ils levèrent leurs lames acérées et les lui abattirent dessus.
La peur apparut enfin sur le visage de Murong Xinyu, qui se croyait déjà morte. Incapable de se retenir, elle ferma les yeux et n’osa plus regarder. À ses yeux, sa mort ne faisait aucun doute.
Floc.
Pourtant, quand un bruit sourd retentit et que du sang chaud l’éclaboussa au visage, elle fut stupéfaite de constater qu’elle ne ressentait aucune douleur.
Perplexe, Murong Xinyu entrouvrit lentement les yeux. Mais lorsqu’elle distingua la scène devant elle, elle resta bouche bée.