Chapitre 14
Chu Feng sourit, mais son sourire était empreint de cruauté. Il leva le poignard bien haut et lâcha un seul mot, d’une voix à peine audible :
« Un. »
Fff
Avant même qu’il eût fini de parler, le poignard de Chu Feng s’abattit brusquement.
« J’ai eu tort !! »
« J’ai eu tort, Chu Feng, j’ai eu tort. Je t’en supplie, pardonne-moi, s’il te plaît… ne détruis pas ma cultivation, je t’en supplie… » Chu Cheng hurla comme un fou, la voix entrecoupée de sanglots.
Chu Feng s’immobilisa, légèrement surpris, puis contempla Chu Cheng avec un sourire.
Il remarqua que Chu Cheng avait les yeux fermés et que deux traînées de larmes coulaient sur son visage. Il ne cessait de demander pardon.
Son expression était douloureuse, tout son corps tremblait et, sous lui, une énorme flaque dégageait une odeur nauséabonde.
Chu Feng jeta le poignard au sol, fouilla Chu Cheng et Chu Zhen, puis finit par trouver cinq plantes spirituelles de faible qualité : des Herbes de l’Esprit terrestre.
Cela fait, Chu Feng s’approcha de Chu Cheng, lui tapota doucement la joue et lui dit :
« Regarde-toi. Qui est le vrai déchet ? Tu devrais maintenant le savoir, au fond de toi. »
« Haha… » Après ces mots, Chu Feng rit et s’éloigna d’un pas léger.
Après son départ, Chu Cheng et Chu Zhen se relevèrent tant bien que mal et s’éloignèrent en titubant dans la nuit.
Mais ils n’étaient pas partis depuis longtemps lorsqu’un beau visage émergea des ténèbres. C’était Chu Yue.
Son doux visage était toutefois empreint de stupeur.
Au bout d’un long moment, elle murmura pour elle-même : « Chu Feng, quel genre de personne es-tu, et quelle est ta véritable force… »
Soudain, elle ferma les yeux et se remémora le jeune Chu Feng.
Peu importait à quel point on se moquait de lui, jamais il ne rendait la pareille.
Peu importait à quel point on l’humiliait, jamais il ne ripostait.
Il affichait toujours un sourire qui inspirait la pitié. On avait mal pour lui. On avait envie de le protéger.
Enfin, Chu Yue ouvrit les yeux et sourit soudain.
« Peut-être avions-nous tort de te croire faible. »
« Peut-être est-ce là ton vrai visage. Tu n’as pas besoin que les autres te protègent, car tu es assez fort pour les protéger. »
À cet instant, Chu Feng était déjà rentré chez lui. Il sortit les trois Herbes de l’Esprit sacré et les cinq Herbes de l’Esprit terrestre.
Les Herbes de l’Esprit terrestre n’étaient que des plantes spirituelles de faible qualité, mais elles n’en restaient pas moins précieuses pour la cultivation. Chu Feng se dit qu’en les emportant, il avait de quoi faire enrager Chu Cheng et Chu Zhen.
En songeant à ces frères qui l’avaient toujours humilié et qui venaient de recevoir une bonne leçon, Chu Feng se sentit particulièrement satisfait.
« Il y a donc bien une vérité dans ce dicton : “Pour combattre un méchant, il faut un autre méchant.” Avec un méchant, inutile de discuter : il faut lui parler avec les poings. »
Chu Feng sourit, mais ne se hâta pas de se mettre à cultiver. Il sortit la lettre de son frère aîné.
Il l’ouvrit et découvrit des rangées de caractères familiers. C’était l’écriture de Chu Guyu.
« Petit frère, cela fait cinq ans que tu es entré à l’École du Dragon Azur, et voilà cinq ans que nous ne nous sommes pas vus. »
« Dans quelques jours aura lieu le rassemblement annuel de la famille, et cette année, le chef de famille quittera ses fonctions. »
« Il faudra lui choisir un successeur, et père est l’un des candidats. »
« C’est un jour extrêmement important pour père. J’espère donc que tu pourras revenir pour le rassemblement de cette année et l’encourager avec moi. »
Ces quelques lignes suffirent à transmettre le message. Chu Feng réfléchit longuement au contenu de la lettre.
Chaque année, lors du rassemblement familial, les jeunes de la famille Chu s’affrontaient dans un tournoi d’arts martiaux afin d’évaluer les résultats de leur cultivation.
En apparence, il ne s’agissait que d’une épreuve ; en réalité, elle révélait le potentiel de la jeune génération et influait aussi sur le statut des anciens au sein de la famille.
Si Chu Yuan avait pu être retenu parmi les candidats cette fois-ci, c’était non seulement grâce à sa grande puissance, mais aussi à l’influence considérable de Chu Guyu.
Chu Guyu. Au sein de la jeune génération de la famille Chu, il était le seul à avoir intégré l’École Lingyun.
Il finissait presque toujours premier aux compétitions familiales. Son potentiel était immense et, naturellement, cela rejaillissait sur la position de Chu Yuan.
Après réflexion, Chu Feng trouva du papier et un pinceau, puis entreprit de répondre à Chu Guyu.
La réponse était simple : cette année, il participerait au rassemblement familial, car il voulait lui aussi aider son père à se faire élire.
Il voulait démontrer ses capacités lors du tournoi familial et obtenir au moins un classement honorable. Ainsi, tout le monde saurait que les deux fils de Chu Yuan n’étaient pas des incapables.
Autrement dit, Chu Feng estimait que le moment était venu de faire ses preuves.
Après avoir écrit sa lettre, Chu Feng raffina entièrement les trois Herbes de l’Esprit sacré et les cinq Herbes de l’Esprit terrestre.
Cette fois, il sentit enfin son dantian se remplir. Selon ses estimations, il pourrait peut-être franchir un palier après avoir raffiné vingt autres Herbes de l’Esprit sacré.
Cependant, ces vingt Herbes de l’Esprit sacré coûteraient une somme astronomique. Il plaça donc tous ses espoirs dans la Chasse aux plantes spirituelles du lendemain.
Le lendemain matin arriva. Le ciel commençait à peine à s’éclaircir, mais plus de dix mille personnes étaient déjà rassemblées sur la grande place au nord de l’École du Dragon Azur. C’était l’une des entrées de la Montagne des Plantes spirituelles.
Chu Feng portait deux sacs. L’un était plein de provisions, l’autre entièrement vide. Il scrutait la foule à la recherche de Chu Yue.
« Chu Feng, par ici ! »
En entendant une voix familière, il aperçut Chu Yue tout près. Elle lui faisait joyeusement signe de la main.
Comparée à l’équipement de Chu Feng, celui de Chu Yue était bien plus léger. Elle n’avait qu’une bourse à la taille et portait les mêmes vêtements que la veille.
« Chu Yue, tu n’emportes pas de provisions ? La Chasse aux plantes spirituelles dure dix jours entiers. Qu’est-ce que tu vas manger ? » demanda Chu Feng, perplexe.
« Idiot. N’oublie pas que nous faisons partie d’une alliance. Je suis seulement chargée de chasser les plantes spirituelles. Le sale boulot, comme porter les provisions, est bien sûr confié aux autres. »
En disant cela, Chu Yue désigna un endroit. Les membres de l’Alliance Chu s’y trouvaient ; Chu Feng les avait vus la veille.
En effet, trois d’entre eux portaient un énorme sac, qui devait contenir les provisions.
« Chu Feng, les équipes de chasse sont réparties en plusieurs groupes. Une fois dans la montagne, nous nous séparerons en trois groupes. »
« Dans chaque groupe, certains sont chargés de porter les provisions, d’autres d’encercler les plantes spirituelles, et moi, je m’occupe de les chasser. »
« Les tâches sont réparties en fonction de la force de chacun, tout comme les plantes spirituelles. » Chu Yue lui expliqua tout en détail.
Chu Feng comprit mieux comment se déroulait la chasse aux plantes spirituelles et quels avantages présentait une chasse en groupe.
Avant d’être cueillies, les plantes spirituelles possédaient une nature spirituelle qui leur permettait de s’enfuir. Sans une force écrasante, il était vraiment trop difficile d’en capturer seul.
C’était aussi pour cela que la plupart des disciples choisissaient de rejoindre une alliance. À leur niveau, la force du groupe l’emportait bel et bien sur celle d’un individu.
Après lui avoir expliqué les méthodes de chasse, Chu Yue conduisit Chu Feng auprès des membres de l’Alliance Chu.
En s’approchant, Chu Feng remarqua qu’il manquait quelqu’un par rapport à la veille. Il s’agissait de Chu Cheng.
La veille, Chu Feng avait roué Chu Cheng de coups. Son visage était devenu méconnaissable, comme celui d’un porc ; il avait donc dû avoir trop honte pour se montrer. C’était pourquoi il avait renoncé à sa chance de participer à la rare Chasse aux plantes spirituelles.
Outre Chu Cheng, Chu Feng aperçut une autre personne qu’il connaissait : Chu Zhen.
Mais Chu Zhen n’avait plus rien de l’arrogant personnage de la veille. Il gardait la tête baissée et ne disait rien. Il semblait avoir subi un rude revers et paraissait profondément abattu.