Chapitre 1 296
Après avoir quitté la Villa Sima, Chu Feng et Sima Ying prirent la direction de l’Alliance des Esprits du Monde.
Ils filaient dans le ciel à une vitesse fulgurante. Comme la fois précédente, Sima Ying ouvrait la route. Pourtant, elle resta morose tout le trajet, les yeux rougis et le visage crispé ; on aurait dit qu’un lourd souci lui pesait sur le cœur.
« Pourquoi tu n’as pas l’air heureuse ? demanda Chu Feng.
— Je sais que tu as bien agi. Et je sais aussi que tu l’as fait pour moi. Mais… ce sont quand même… » dit Sima Ying.
« Mais ce sont quand même tes proches. Peu importe la façon dont ils t’ont traitée, ils restent ta famille. Le sang qui coule dans tes veines sera toujours le même que le leur. »
« Cela dit, pour moi, qu’ils soient ou non tes proches n’a aucune importance. Tout ce que je sais, c’est que tu es mon amie. »
« Je ne laisserai personne s’en prendre à mes amis. Peu importe qui ose les maltraiter. »
« Et toi, Sima Ying, tu es mon amie. »
« Alors, qui qu’ils soient, s’ils osent s’en prendre à toi, je ne les laisserai pas s’en tirer », enchaîna Chu Feng avec empressement.
En entendant ces paroles, Sima Ying resta un instant stupéfaite. Puis elle demanda : « S’ils n’étaient pas mes proches et qu’ils m’avaient traitée comme ça, qu’aurais-tu fait ? »
« S’ils n’avaient pas été tes proches, la Villa Sima aurait disparu aujourd’hui », répondit Chu Feng.
« Après le massacre d’aujourd’hui, tu aurais dû éliminer jusqu’au dernier d’entre eux. Mais tu ne l’as pas fait. Tu t’es donc attiré des ennuis pour l’avenir. »
« Si ces ennuis restent mineurs, on peut les ignorer. Mais s’ils prennent de l’ampleur, ils n’auront pas de fin. Je suis sûre que tu comprends ce principe. Alors, pourquoi les as-tu… épargnés ? » demanda Sima Ying.
« Tous ceux que j’ai tués voulaient te faire du mal. Ils méritaient donc de mourir. »
« Quant à ceux que j’ai épargnés, même s’ils nous détestaient tous les deux, ils ne nous auraient pas laissés partir aujourd’hui s’ils en avaient eu la force. Même si je n’avais pas tué leurs proches, ils nous auraient quand même empêchés de partir. »
« Ainsi, se montrer clément envers son ennemi, c’est se montrer cruel envers soi-même. »
« Si j’ai choisi de les épargner aujourd’hui, c’est uniquement pour toi. J’avais peur que tu aies l’impression d’avoir trahi ton défunt grand-père, que tu gardes cette affaire sur le cœur et que tu ne puisses plus vivre en paix. »
« Pour éviter tout cela, qu’importe si je me suis attiré quelques ennuis pour l’avenir ? De plus, des gens comme eux ne méritent pas que je leur prête attention. S’ils s’en sentent capables, qu’ils viennent me trouver. » Chu Feng prononça ces mots avec calme. Il disait la vérité, ce qu’il pensait réellement.
En entendant Chu Feng, le joli visage de Sima Ying se figea. Il lui fallut un long moment pour retrouver son expression habituelle.
À cet instant, un sourire rare fleurit sur ses lèvres. Il était doux et charmant, avec une pointe de sensualité. Sous les rayons du soleil, il brillait d’un éclat éblouissant. Et, encadré par sa chevelure rouge, il paraissait encore plus beau.
« Merci. »
Sima Ying n’en dit pas davantage ; elle se contenta de ces deux mots simples. Pourtant, à partir de cet instant, son opinion de Chu Feng changea complètement.
Chu Feng ignorait s’il avait réussi à dénouer le nœud qui lui serrait le cœur, mais Sima Ying, du moins, sortit de son abattement et retrouva sa vitalité après avoir entendu ses paroles.
Au fil de leur voyage, leur relation devint plus harmonieuse encore. Auparavant, Sima Ying se souciait peu des sentiments des autres lorsqu’elle parlait ; elle aimait se montrer arrogante et appuyer là où ça faisait mal.
Mais elle se disputait rarement avec Chu Feng et préférait désormais lui raconter des anecdotes amusantes qui lui changeaient les idées.
Chu Feng remarqua ce changement chez Sima Ying, mais il n’en fut pas surpris. Au contraire, il s’en réjouit. Pour le dire simplement, elle le considérait maintenant davantage comme un ami, un véritable ami.
L’Alliance des Esprits du Monde se trouvait au cœur de son territoire. Pour Chu Feng et Sima Ying, la distance était immense ; le trajet aurait été irréalisable à pied.
Ils se rendirent donc à une ancienne Formation de téléportation. Après y être entrés et avoir traversé une longue téléportation, ils arrivèrent à destination : l’Alliance des Esprits du Monde.
Chu Feng et Sima Ying se retrouvèrent alors au milieu d’une ancienne chaîne de montagnes verdoyante.
Cette chaîne n’était pas très vaste. Elle était en tout cas bien plus petite que celle qui formait la Montagne de Cyanwood.
Pourtant, on n’y trouvait ni palais ni bâtiment. On aurait dit que personne n’y vivait, comme si la nature y était restée intacte.
L’endroit était d’une beauté paradisiaque. Ses paysages n’avaient rien à envier à ceux de la Montagne de Cyanwood. Et, comme la nature y demeurait vierge, le lieu paraissait plus irréel encore, d’une façon que la Montagne de Cyanwood ne pouvait égaler.
Mais à cet instant, sous les pieds de Chu Feng et de Sima Ying se trouvait une étrange construction.
C’était une place circulaire, de dimensions modestes. Des marques et des runes particulières la recouvraient. Il était évident qu’il s’agissait d’une formation, et pas d’une formation ordinaire.
Chu Feng baissa les yeux et inspecta la place avec ses Yeux célestes. Au bout d’un long moment, il s’exclama, admiratif : « L’Alliance des Esprits du Monde mérite bien sa réputation. Elle est construite sous terre, en profondeur ! Cela dépasse vraiment tout ce que j’imaginais. »
« Tu as réussi à le voir ? » s’étonna Sima Ying.
« Je n’en ai aperçu que la partie émergée », répondit Chu Feng avec modestie.
Pourtant, Sima Ying le regardait toujours comme si elle avait vu un monstre. « Tes yeux sont vraiment extraordinaires. Je suis impressionnée. »
« Hé, inutile d’être impressionnée. Avec ton talent, tu n’aurais aucun mal à apprendre ce genre de technique », répondit Chu Feng.
« J’espère que tu as raison », dit Sima Ying en souriant. Elle était impressionnée, mais ne jalousait pas Chu Feng. Après tout, il était son ami.
« Bzzz ! »
À cet instant, les runes et les marques gravées sur la place se mirent à luire. Leur éclat s’intensifia peu à peu.
Dans cette lumière apparurent plusieurs formations semblables à des portails, qui n’étaient pas là auparavant.
« Quelqu’un arrive », dit Chu Feng en s’écartant pour ne pas gêner ceux qui allaient sortir.
Sima Ying, en revanche, ne bougea pas et resta sur place.
Comme prévu, après l’apparition des formations, la lumière sur la place s’intensifia brusquement. Puis, au milieu de cette lueur persistante, six silhouettes se dessinèrent.
La lumière n’empêchait pas Chu Feng de voir. Il distingua donc six hommes, tous vêtus de la même tenue : des manteaux de spiritualistes du monde. Tous étaient dorés. Il s’agissait de six spiritualistes du monde au Manteau doré.
À leur taille pendait toutefois une plaque de titre, transparente comme le jade, mais d’une simplicité sans ornement. Au centre de chacune était gravé un seul mot : « Alliance ».
Il était probable qu’ils appartenaient tous à l’Alliance des Esprits du Monde.
Sans même tenir compte de leur rang de spiritualistes du monde au Manteau doré, leur cultivation était déjà remarquable. L’un était au quatrième niveau du Royaume du Roi martial, quatre autres au cinquième, et le dernier au sixième.
Quant à leur âge, ils avaient tous la vingtaine. Seul celui qui avait atteint le sixième niveau du Royaume du Roi martial était un peu plus âgé que les autres ; il approchait de la trentaine.
C’était pourtant aussi le plus beau des six. Sans être d’une beauté exceptionnelle, il avait de l’allure et de l’élégance. Son air assuré trahissait la haute opinion qu’il avait de son apparence.
« Qu’est-ce que vous faites ? Vous avez vu que les formations s’étaient ouvertes, pourquoi ne vous êtes-vous pas écartés ? Vous n’avez donc pas peur que… »
À peine les six hommes eurent-ils atteint la place que le plus faible d’entre eux, celui du quatrième niveau du Royaume du Roi martial, se dirigea rapidement vers Sima Ying en la réprimandant à haute voix. La lumière ne s’était pas encore dissipée.
« Vous… » Mais lorsque la lumière disparut et qu’il vit le visage de Sima Ying, son expression changea du tout au tout. Il recula d’un pas et se mit même à paniquer. Aussitôt, il prit un ton doux et prévenant : « Sœur cadette Sima, c’est… c’est donc vous. »
« Q-Quand… quand êtes-vous revenue ? »