Chapitre 1 295
Cette femme était extrêmement exaltée. Le visage furieux, elle postillonnait en maudissant Sima Ying.
En y regardant de plus près, Chu Feng eut l’impression de l’avoir déjà vue.
Soudain, il se souvint… Au retour de Sima Ying, de nombreux membres de la Famille Sima s’étaient mis à la flatter sans relâche. Ils n’avaient vraiment pas la moindre honte.
Mais quand Sima Ying avait expliqué la raison de sa venue, ces mêmes personnes s’étaient aussitôt montrées hostiles, avaient révélé leur vrai visage et s’étaient mises à la maudire à tue-tête. Cette femme faisait partie de celles qui l’avaient insultée le plus violemment.
Des gens comme elle étaient irrécupérables. Chu Feng ne comprenait pas d’où lui venait l’audace de maudire Sima Ying.
« Sima Ying, non seulement tu es une bête, mais tu es aussi une petite traînée, une petite traînée d’une méchanceté sans pareille. Nous avons simplement refusé que ton grand-père soit enterré dans la Famille Sima, et toi, tu as été assez malveillante pour massacrer les tiens. Quoi qu’il en soit, nous sommes ta famille et ils étaient tes aînés. Tu as quand même eu le cœur de les tuer sans même leur laisser un cadavre entier. Quelle cruauté ! »
« Petite traînée au cœur de pierre, tu… »
À force d’écouter, Chu Feng finit par comprendre ce qui s’était passé. Le mari de cette femme faisait partie de ceux qui l’avaient attaqué, présumant de leurs forces, et que Chu Feng avait donc tués. Furieuse, elle cherchait ainsi à venger son époux.
Mais, sachant qu’elle ne faisait pas le poids face à Chu Feng, elle ne pouvait que l’insulter pour apaiser la haine qui lui rongeait le cœur.
Pourtant, c’était bien Chu Feng qui avait tué son mari. Malgré cela, elle n’osait pas le maudire et s’en prenait plutôt à Sima Ying.
« C’est ça, c’est ça ! Cette Sima Ying est une petite traînée sans cœur. Avec son comportement insupportable, le ciel devrait la foudroyer ! »
Après cette femme, d’autres se joignirent aux insultes contre Sima Ying. Ils furent de plus en plus nombreux. En un instant, les imprécations retentirent dans toute la région, tandis que les pires injures fusaient sans discontinuer.
Chu Feng remarqua que la plupart de ceux qui accablaient Sima Ying d’injures étaient des femmes. Elles devaient toutes croire que Sima Ying était faible, facile à intimider et qu’elle n’oserait rien faire à une bande de femmes sans défense. Voilà pourquoi elles osaient la maudire ainsi.
De fait, Sima Ying gardait la tête baissée et se taisait. Serrant contre elle la dépouille de son grand-père, elle pleurait de plus en plus amèrement.
Ses larmes exprimaient le chagrin et la douleur, mais surtout la culpabilité et le remords.
Il était évident que ces femmes s’attaquaient à son point sensible. Elle ne les avait pas tués, certes, mais ils étaient bien morts par sa faute.
La Sima Ying du moment n’avait rien à voir avec celle qu’elle était d’ordinaire. Cela montrait d’autant mieux à quel point ces morts comptaient pour elle.
Chu Feng voyait bien que Sima Ying n’éprouvait aucun attachement pour ces soi-disant membres de sa famille.
Mais si son tempérament avait tant changé depuis son arrivée, si elle était devenue si silencieuse et si effacée, au point de laisser des gens plus faibles qu’elle l’insulter à leur guise sans oser répliquer, c’était forcément pour une raison.
Chu Feng supposa que cela venait sans aucun doute de son grand-père. De son vivant, celui-ci avait dû lui dire quelque chose qui l’avait poussée à supporter les membres de la Famille Sima comme elle le faisait.
« Vous allez vraiment trop loin en la harcelant ainsi. »
Sima Ying était peut-être prête à tout endurer, mais ce n’était pas le cas de Chu Feng. Une lueur glaciale traversa son regard et une onde invisible balaya les environs.
« Boum. »
« Boum. »
« Boum. »
« Boum. »
Des explosions sourdes, semblables à des pétards, retentirent les unes après les autres. À chaque détonation, une personne explosait et se changeait en une mare de sang.
Les victimes étaient toutes des femmes qui avaient maudit Sima Ying. Dès lors, aucune ne continua à l’insulter. Et pour cause : elles étaient toutes mortes.
Une seule avait échappé au massacre : la femme qui avait lancé les insultes contre Sima Ying.
À présent, elle était livide. Ruisselante de sueur, elle tremblait de tout son corps. Elle recula en regardant Chu Feng, sachant pertinemment que c’était lui qui avait tué les autres.
« Vous êtes tous aveugles ? C’est moi, Chu Feng, qui les ai tués. Cette affaire n’a rien à voir avec Sima Ying. Alors pourquoi la maudissez-vous ? » cria Chu Feng.
Personne n’osa lui répondre. En fait, personne n’osa même croiser son regard. Tous baissèrent la tête en silence.
À présent, tout le monde voyait Chu Feng comme un démon. Ils osaient s’en prendre à Sima Ying, mais pas un seul n’osait le provoquer, lui.
« Vous pouvez me tenir pour responsable, moi, Chu Feng. Si vous voulez les venger, venez me trouver quand vous voudrez. Je suis prêt à vous affronter à tout moment.
« Mais ne cherchez plus à faire porter le chapeau à Sima Ying. Sinon, ne m’en veuillez pas si je me montre impitoyable. »
Chu Feng se tourna vers la femme qui avait maudit Sima Ying et lui lança : « Vous avez compris ce que je viens de dire ? Vous, la vieille tante, là-bas ? »
« O-oui, oui, j’ai compris. » La femme hocha la tête. Toute l’arrogance dont elle avait fait preuve avait disparu. Ses lèvres tremblaient même tandis qu’elle parlait. Elle avait vraiment peur de Chu Feng.
« Puisque vous avez compris, alors vous pouvez mourir », dit froidement Chu Feng. L’instant d’après, une détonation retentit et la chair et le sang de la femme éclaboussèrent tout autour d’elle ; elle aussi se changea en une mare de sang.
Elle ne parvint pas à échapper à la mort. Chu Feng ne l’avait pas épargnée.
« Démon ! »
En voyant Chu Feng les tuer comme des poulets, avec une cruauté implacable et sans la moindre hésitation, quelqu’un poussa un nouveau cri furieux dans la foule. Mais cette personne avait employé une méthode particulière, impossible de savoir qui avait parlé.
Celui qui avait lancé cette insulte était certainement furieux, mais craignait aussi la mort. Voilà pourquoi il avait eu recours à cette méthode pour maudire et insulter Chu Feng.
Mais il avait sous-estimé Chu Feng. Cette méthode aurait peut-être fonctionné sur d’autres, mais pas sur lui.
En un instant, Chu Feng repéra celui qui l’avait insulté. D’une simple pensée, il déchaîna une bourrasque qui emporta tous les membres de la Famille Sima.
Au milieu des cris de ceux que le vent soulevait, un vieillard se débattait dans les airs. Il dérivait lentement vers Chu Feng.
C’était lui qui avait insulté Chu Feng. Seulement, il avait pris une voix juvénile pour le faire, alors qu’il était en réalité un vieillard. Cela montrait bien que cet homme était lui aussi sans vergogne.
Quand le vieillard fut près de lui, Chu Feng lui demanda calmement : « Vous avez dit que j’étais un démon ? »
Au début, le vieillard avait eu très peur. Mais en approchant de Chu Feng, il comprit qu’il allait forcément être tué et décida de ne pas implorer son pardon. D’une voix tremblante, il gronda avec colère : « C’est ça, vous êtes un démon. Vous avez tué tous ces membres de notre Famille Sima sans même leur laisser un seul cadavre entier. Si vous n’êtes pas un démon, alors qu’êtes-vous ? Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi cruel. »
En entendant le vieillard oser insulter Chu Feng de la sorte, les membres de la Famille Sima blêmirent.[1. avoir l’air très mal en point.] Certains se hâtèrent même de fermer les yeux, incapables d’en regarder davantage. Ils pensaient que Chu Feng allait le torturer à mort.
Pourtant, Chu Feng ne se pressa pas de tuer le vieillard. Il plissa plutôt les yeux et eut un léger rire. Son rire était détendu et naturel.
« Écoutez-moi bien. Pour une famille aussi immonde que la vôtre, ne pas avoir exterminé toute votre lignée, c’est déjà faire preuve de clémence. »
Après ces mots, Chu Feng se retourna et s’envola dans les airs avec Sima Ying.
Quant au vieillard, dès que Chu Feng le libéra de son emprise, il s’écrasa au sol dans un « plouf ».
À cet instant, il ressemblait à une balle de caoutchouc dégonflée. Il resta immobile par terre, les yeux rivés sur la direction qu’avaient prise Chu Feng et Sima Ying.
Il semblait soulagé que Chu Feng ne l’ait pas tué. En même temps, il paraissait accablé par le sort réservé à la Famille Sima. Mais une chose était certaine : les paroles de Chu Feng le hanteraient à jamais.
« Ne pas avoir exterminé toute votre lignée, c’est déjà faire preuve de clémence. »