Chapitre 1 291
Après avoir annoncé aux membres de la Villa Sima la mort de son grand-père, Sima Ying ne chercha rien à leur cacher. Elle raconta en détail à ses proches que Han Helai était toujours en vie et qu’elle avait causé la mort de son grand-père.
En apprenant ce qui s’était passé, presque tout le monde crut que Sima Huolie était mort.
Pourtant, leurs visages ne portaient pas la moindre trace de tristesse. Ils étaient plutôt emplis de déception, comme si quelque chose en quoi ils avaient placé de grands espoirs venait de s’effondrer. Une telle réaction était vraiment inattendue et stupéfiante.
« Tu portes vraiment la poisse », lança froidement la femme qui tenait l’enfant au nez morveux.
« Qu’est-ce que tu as dit ? » Sima Ying n’en croyait pas ses oreilles. Cette femme qui n’avait cessé de lui faire des courbettes osait vraiment lui adresser de telles paroles blessantes.
« J’ai dit que tu portais la poisse. Peu après ta naissance, tu as causé la mort de tes parents. Et maintenant, tu as aussi causé celle de ton grand-père. Tu es vraiment maudite. » La femme pointa le visage de Sima Ying du doigt et l’injuria à tue-tête. Elle ne la craignait pas le moins du monde.
« Porte-malheur, dégage d’ici ! On n’a pas besoin de gens comme toi ! »
« Exactement ! Fous le camp de la Famille Sima, sinon tu vas encore causer la mort de quelqu’un ! »
Les insultes contre Sima Ying fusèrent de plus belle. À la fin, près de la moitié des personnes présentes s’étaient mises à l’injurier.
La scène stupéfia non seulement Sima Ying, mais aussi Chu Feng. Ceux qui, un peu plus tôt, la couvraient de flatteries et la traitaient comme une ancêtre vénérée la prenaient maintenant pour cible et déversaient sur elle un torrent d’injures.
C’était vraiment incroyable. Leur attitude avait changé du tout au tout.
« Taisez-vous tous ! » s’écria alors avec colère le maître de la Villa Sima.
À ces mots, ceux qui injuriaient Sima Ying se turent. On voyait bien que le chef de cette famille jouissait d’un certain prestige en son sein.
Malheureusement, le maître de la Villa Sima n’avait plus du tout l’air affable. Son expression était glaciale et distante ; il semblait être devenu quelqu’un d’autre.
« Sima Ying, ton grand-père est mort. Alors pourquoi es-tu revenue dans la Famille Sima ? N’as-tu pas grandi au sein de l’Alliance des Esprits du Monde ? C’est là-bas, chez toi. Après tout, ton grand-père et toi méprisiez tous deux notre Famille Sima. Alors pourquoi revenir ici ? »
Comme on pouvait s’y attendre, le maître de la Villa Sima ne chercha pas à apaiser Sima Ying. Au contraire, il se mit lui aussi à la réprimander.
À cet instant, Sima Ying affichait une expression sinistre.
Chu Feng vit même ses petits poings se serrer dans ses manches. Mais elle les desserra bientôt.
Sima Ying se contenait. Elle supportait ces prétendus proches qui, un peu plus tôt, l’avaient couverte de flatteries et l’avaient suppliée de leur accorder des faveurs, et qui maintenant s’étaient retournés contre elle, devenant ses ennemis jurés.
Chu Feng n’avait encore jamais vu Sima Ying se comporter ainsi. Dans ses souvenirs, elle ne craignait rien. En toute logique, elle n’aurait même pas dû avoir peur de ceux qui étaient plus puissants qu’elle. Elle n’avait donc aucune raison de craindre ces gens.
Mais si Sima Ying choisissait de se contenir, c’était forcément pour une raison. Comme elle ne disait rien, Chu Feng ne pouvait pas intervenir. Il ne lui restait qu’à observer la scène.
« Grand-père disait : “Cendres aux cendres, poussière à la poussière.” Lui, Sima Huolie, était malgré tout un membre de la Famille Sima. De son vivant, il m’a donc demandé de ramener sa dépouille à la Villa Sima et de l’enterrer dans la tombe ancestrale s’il venait à mourir », déclara lentement Sima Ying.
« Quoi ? Il ne s’est souvenu qu’il faisait partie de la Famille Sima au moment de mourir ? Quand s’est-il jamais considéré comme l’un des nôtres ? »
« Exactement ! C’était un personnage important de l’Alliance des Esprits du Monde, quelqu’un qui avait son mot à dire. Pourtant, nous, les membres de la Famille Sima, n’avons jamais tiré le moindre profit de lui. »
« D’autres mondialistes de l’Alliance des Esprits du Monde, qui n’avaient même pas son pouvoir ni son autorité, ont pu faire entrer leurs proches dans l’Alliance pour qu’ils s’y entraînent. Mais lui, un haut responsable de l’Alliance des Esprits du Monde, n’a jamais levé le petit doigt pour permettre à ses proches de s’y entraîner. »
« En plus, il a osé prétendre sans vergogne qu’il ne voulait pas que la Famille Sima dépende des autres et qu’il souhaitait qu’elle s’élève par ses propres moyens. Quelle connerie ! Si on pouvait s’élever par nous-mêmes, pourquoi est-ce qu’on lui aurait demandé de l’aide ? »
« À mon avis, il ne nous a jamais considérés comme sa famille. »
À cet instant, beaucoup se mirent à s’opposer à ce que la dépouille de Sima Huolie soit enterrée dans la tombe ancestrale de la Villa Sima. Certains évoquèrent même tout ce qui s’était passé autrefois et lui reprochèrent tous les torts qu’il leur avait causés de son vivant.
« Allons, ne parlons pas de lui comme ça. Qui a dit que Sima Huolie n’avait jamais aidé la Famille Sima ? Sima Ying n’est-elle pas la preuve parfaite qu’il l’a fait ? Elle ne s’est pas contentée de s’entraîner au sein de l’Alliance des Esprits du Monde : elle y a grandi. »
« Des conneries ! Sima Ying est sa propre petite-fille. Bien sûr qu’il devait l’aider. Mais nous, alors ? Qu’est-ce qu’on représente pour lui ? À ses yeux, on ne vaut même pas un pet. Comment aurait-il pu accepter de nous aider ? »
« Ne pas nous considérer comme sa famille de son vivant, puis se souvenir de nous une fois mort… peut-on être plus malhonnête ? »
« Et il voulait être enterré dans la tombe ancestrale de la Famille Sima ? Il peut toujours rêver ! »
De plus en plus de gens se joignirent à ceux qui s’en prenaient à Sima Huolie. Leurs paroles devenaient toujours plus outrancières, leur attitude toujours plus ignoble. On aurait dit qu’ils vouaient à Sima Huolie une haine profonde.
En observant la scène, Chu Feng comprit enfin pourquoi les proches de Sima Ying la traitaient ainsi.
Il s’avéra qu’ils avaient toujours voulu profiter de la position de Sima Huolie pour obtenir du pouvoir et des avantages au sein de l’Alliance des Esprits du Monde.
Mais Sima Huolie était un homme juste, strict et impartial. Il ne les avait jamais aidés à obtenir de passe-droit. Ils lui en avaient donc gardé rancune.
Cependant, comme Sima Huolie était très puissant, ils n’osaient rien dire, même s’ils étaient furieux. Au contraire, dans l’espoir d’obtenir un jour des avantages de sa part, ils n’avaient cessé de le flatter, lui et sa petite-fille.
Mais maintenant que Sima Huolie était mort, leurs espoirs de bénéficier d’un passe-droit pour entrer dans l’Alliance des Esprits du Monde s’étaient envolés. Ils décidèrent donc de tomber le masque, de révéler leurs véritables sentiments et de déverser sur Sima Ying toute la colère qu’ils avaient au cœur.
« Taisez-vous tous ! »
Soudain, le maître de la Villa Sima s’écria de nouveau, furieux. Puis il ajouta : « Ne revenons pas sur le passé. Même s’il a manqué de cœur de son vivant, nous ne pouvons pas manquer à notre devoir envers lui. »
« Quoi qu’il en soit, Sima Huolie est un membre de la Famille Sima. S’il souhaitait être enterré ici après sa mort, c’est qu’il lui restait un peu de conscience. Comment pourrions-nous le lui refuser ? »
« Sima Ying, tu peux sortir la dépouille de ton grand-père », dit le maître de la Villa Sima en s’approchant d’elle.
« Sima Ying, ne leur confie pas la dépouille de ton grand-père. On ne peut pas faire confiance à des proches comme eux. Partons », lui transmit Chu Feng.
En entendant Chu Feng, Sima Ying hésita. Mais à la fin, elle lui répondit par transmission vocale : « Chu Feng, merci de vouloir me protéger. Mais c’était le dernier souhait de mon défunt grand-père. »
Après ces mots, Sima Ying sortit la dépouille de son grand-père.
C’était une boîte cosmique. À la différence d’un Sac cosmique, une boîte cosmique servait spécialement à conserver des cadavres.
Après l’avoir reçue des mains de Sima Ying, le maître de la Villa Sima l’ouvrit devant tout le monde. Une lueur jaillit de la boîte cosmique, révélant la dépouille de Sima Huolie.
Le teint de Sima Huolie était pâle et son corps ne portait pas la moindre trace de vie, mais il était intact. On aurait dit qu’il dormait, tant il semblait vivant. Pourtant, il était bel et bien mort.