Chapitre 1 186
La scène dramatique laissa tous les témoins abasourdis.
Yuan Qing, réputé pour être un génie de niveau démon, avait bel et bien attaqué Chu Feng par surprise dans le but de le tuer.
Pourtant, Chu Feng l’avait frappé si violemment qu’il avait été projeté au sol. Il gisait là, tel un chien à l’agonie, incapable de se relever. Cette scène avait véritablement laissé tous les témoins stupéfaits.
« Chu Feng, que s’est-il passé exactement ? Se pourrait-il que tu aies obtenu l’Étendard du Commandant dès le début et que Yuan Qing se soit faussement attribué ton mérite ? » lança soudain l’Ancienne Xie en s’avançant.
Elle l’avait fait exprès. Dans ces circonstances, même si les paroles de Chu Feng étaient mensongères, la foule les croirait sans hésiter. Après tout, comparée à celle de Yuan Qing, la puissance de Chu Feng lui était très largement supérieure.
L’Ancienne Xie voulait donc entraîner Yuan Qing dans sa chute, l’enfoncer et s’assurer qu’il ne puisse plus jamais relever la tête. Plus important encore, elle voulait empêcher le Monastère d’Orion et les Anciens du Département des sanctions de redresser la tête.
« En fait, c’est très simple. Si je devais tout raconter en détail, ce serait fastidieux. Je vais donc vous dire ceci. »
« C’est moi qui ai obtenu l’Étendard du Commandant dès le début. Mais je n’ai pas laissé les autres le constater. Au lieu de cela, après l’avoir récupéré, j’ai décidé de donner à Yuan Qing l’occasion de s’attribuer à tort le mérite de l’avoir obtenu. » Chu Feng dit la vérité d’un ton parfaitement calme.
« Tu as donné à Yuan Qing l’occasion de s’attribuer ton mérite ? Pourquoi ? » En entendant Chu Feng, beaucoup ne comprirent pas.
« J’ai fait exprès pour voir si Yuan Qing serait assez éhonté pour s’attribuer le mérite d’avoir obtenu l’Étendard du Commandant », expliqua Chu Feng.
« Misérable ! Tu as tendu un piège à Yuan Qing pour qu’il y tombe. Tu es vraiment un être vil et perfide », s’emportèrent les Anciens du Monastère d’Orion, le visage déformé par la colère.
Chu Feng avait entièrement ruiné la réputation de Yuan Qing. Celui-ci n’était pas le seul à perdre la face : le Monastère d’Orion aussi.
En tant que membres du Monastère d’Orion, ils ne pouvaient naturellement pas laisser Chu Feng continuer à se tenir là, si fier. Aussi, dès qu’ils en eurent l’occasion, ils se mirent à le couvrir d’injures pour l’attaquer.
« Un piège ? Je ne le nierai pas. Vous pouvez voir les choses ainsi. Cependant, je n’ai fait que donner à Yuan Qing l’occasion de s’attribuer mon mérite. Je ne l’ai jamais forcé à quoi que ce soit. »
« S’il n’est pas un imposteur, un être vil et méprisable, pourquoi aurait-il prétendu avoir obtenu mon mérite ? Dites-moi, si vous étiez à sa place, agiriez-vous ainsi ? Qui ferait une chose pareille ? » demanda Chu Feng à la foule.
« Non, bien sûr que non. Même si tu me battais à mort, je ne serais pas aussi éhonté. »
« Exactement. S’attribuer les exploits d’autrui, puis se servir de son pouvoir et de ses relations pour intimider les autres, c’est vraiment d’une honte sans nom. »
Les protestations fusèrent et la foule se mit même à condamner Yuan Qing. Devant tant de monde, qui aurait pu prétendre être prêt à commettre une telle bassesse ? Ce serait se déshonorer et s’attirer le mépris des autres.
Ainsi, à cet instant, même ceux qui auraient été assez éhontés pour agir de la sorte n’auraient pas osé le dire. Au contraire, ils condamnaient avec virulence les actes de Yuan Qing.
« On dirait qu’aucun des frères et sœurs aînés présents ne ferait une chose pareille. Puisque même nous, les disciples, nous en abstiendrions, j’aimerais vous poser une question, à vous, les Anciens : si l’occasion se présentait, vous attribueriez-vous le mérite d’autrui ? » Chu Feng se tourna vers l’Ancien qui l’avait critiqué.
« Toi… » En entendant Chu Feng, l’Ancien fut si furieux qu’il faillit en mourir. Jamais il n’aurait imaginé que Chu Feng puisse être aussi odieux. D’abord, il avait rallié tout le monde à sa cause, puis il s’était tourné vers lui pour lui poser cette question. N’était-ce pas comme lui demander de se jeter dans un piège ?
« En tant qu’Ancien du noyau de la Montagne de Cyanwood, comment pourrais-je faire une chose pareille ? » Coincé, l’Ancien n’eut d’autre choix que de le nier publiquement.
« Puisque vous-même, un Ancien, ne feriez pas une chose pareille, pourquoi Yuan Qing l’a-t-il fait ? N’aviez-vous pas dit tout à l’heure que vous répondiez de lui sur votre honneur et que sa moralité ne souffrait d’aucun reproche ? Ancien, on dirait que vous vous êtes trompé cette fois-ci », dit Chu Feng avec un sourire.
« Toi… » Ces paroles de Chu Feng rendirent l’Ancien si furieux qu’il serra les poings et grinça des dents. Mais il ne trouva rien à répondre, pas plus qu’il ne pouvait faire quoi que ce soit. Il ne lui restait qu’à ravaler son humiliation et à supporter les affronts voilés de Chu Feng devant cette foule immense.
Ils n’avaient en effet pas d’autre choix. À cet instant, ils étaient en position de faiblesse, tandis que Chu Feng avait l’avantage absolu.
Dans ces circonstances, même s’ils en étaient profondément mécontents, ils devaient reconnaître que Chu Feng était d’une ruse redoutable.
Un simple disciple ordinaire, face à l’intimidation des Anciens, n’aurait pas osé leur tenir tête, même s’il avait raison et qu’ils avaient tort. Tout au plus aurait-il laissé l’affaire en suspens ou reconnu ses torts.
Mais Chu Feng faisait tout le contraire. Non seulement il n’avait pas peur des Anciens, mais il se disputait ouvertement avec eux. De plus, grâce à sa seule puissance, il avait réussi à prendre l’avantage sur tous ceux du Monastère d’Orion.
C’était comme s’ils étaient tombés dans le piège de Chu Feng dès le début et qu’il les menait par le bout du nez. Quoi qu’il arrive, Chu Feng gardait toujours l’avantage, tandis qu’eux s’enfonçaient de plus en plus dans une position défavorable. À la fin, ils avaient perdu la faveur de la foule, et Chu Feng était devenu son héros.
À présent, Chu Feng ne voulait pas les épargner et poussait les membres du Monastère d’Orion à leur perte. Plus ils ripostaient, plus il les acculait.
Dans ces circonstances, les disciples du Monastère d’Orion n’étaient pas les seuls à se taire : même ses Anciens n’osaient plus rien dire.
« Chu Feng, la moralité de Yuan Qing ne concerne que lui. En revanche, le piège que tu lui as tendu te concerne. Tu prétends que sa moralité est douteuse, mais la tienne est-elle irréprochable ? »
Au moment même où les membres du Monastère d’Orion n’osaient plus réprimander Chu Feng, l’Ancien Ying, du Département des sanctions, prit soudain la parole.
L’Ancien Ying était venu pour aider les membres du Monastère d’Orion. Comme ils perdaient maintenant du terrain, il devait naturellement leur prêter main-forte. Sans quoi, son propre prestige en pâtirait lui aussi.
« Oh, Ancien, votre remarque est tout à fait sensée. Mais que diriez-vous si je vous apprenais qu’il y avait une bonne raison pour laquelle j’ai tendu ce piège à Yuan Qing ? » Chu Feng gardait son calme, comme s’il attendait depuis le début que quelqu’un mette en doute sa moralité.
« Une bonne raison ? Très bien, dites-nous donc ce qui pourrait justifier que vous lui ayez tendu ce piège », répondit l’Ancien Ying, du Département des sanctions.
« J’ai une bonne raison : après avoir durement peiné pour déclencher l’Aiguille immortelle de l’Ère ancienne, dans l’Étang immortel de l’Ère ancienne, et provoqué une manifestation anormale dans le ciel, je suis revenu pour découvrir qu’un individu vil et éhonté m’avait volé tous mes exploits. Cet individu n’est autre que Yuan Qing. » En prononçant ces mots, Chu Feng pointa Yuan Qing du doigt.
« Quoi ? Non seulement Chu Feng avait obtenu l’Étendard du Commandant, mais c’était aussi lui qui avait déclenché l’Aiguille immortelle de l’Ère ancienne ? » À ces mots, la foule fut de nouveau stupéfaite.
Certains l’avaient déjà soupçonné, mais la révélation de la vérité les laissa malgré tout sous le choc.