Chapitre 11
« Technique de rang 1 : les Poings aux Cent Bras ont atteint la maîtrise ! »
Des exclamations de surprise retentirent dans la salle. Chacun voyait que Chu Zhen maîtrisait parfaitement cette technique.
Les Poings aux Cent Bras n’étaient qu’une technique de rang 1, mais, une fois maîtrisés, ils se révélaient eux aussi très puissants.
À niveau égal, sans technique adaptée pour la contrer, Chu Feng n’aurait eu aucune chance. Tous savaient donc qu’il allait sans aucun doute perdre.
Chu Yue fronça les sourcils et avança discrètement de deux pas. Elle voulait faire échouer les manigances de Chu Zhen.
« Chu Yue, les spectateurs n’ont pas le droit d’intervenir. Tu connais cette règle, n’est-ce pas ? »
Mais au même instant, elle entendit une voix à son oreille. Elle se retourna et aperçut Chu Cheng qui souriait en la fixant.
Chu Yue comprit que la situation se compliquait : elle n’aurait jamais cru que Chu Cheng s’intéresserait à elle.
Cela signifiait toutefois que les deux frères ne laisseraient pas Chu Feng s’en tirer facilement, ce qui l’inquiétait encore davantage.
Fff, fff, fff.
Les poings se démultipliaient en images rémanentes, emplissant l’air et obstruant presque entièrement le champ de vision de Chu Feng. Dans un sifflement, Chu Zhen passa soudain à l’attaque.
Chu Feng sentit que le poing de Chu Zhen n’avait rien d’ordinaire. Celui-ci ne se retenait pas le moins du monde : il était manifestement impitoyable.
Mais Chu Feng n’avait pas peur. Il resta immobile, sans esquiver ni reculer, et attendit silencieusement l’attaque.
« Chu Feng est idiot ou quoi ? Pourquoi n’esquive-t-il pas ? »
« Il voudrait bien esquiver, mais en serait-il capable ? Avec sa puissance, il n’a sans doute pas le temps de réagir. »
« C’est vrai. Après tout, c’est le déchet qui a passé cinq ans dans la cour extérieure. »
En voyant Chu Feng rester sur place, ils crurent même que la puissance de Chu Zhen l’avait paralysé de peur. Des sourires ravis s’affichèrent sur leurs visages : ils se réjouissaient de son malheur.
Fouh.
Mais au moment où Chu Zhen arriva près de lui, Chu Feng agita soudain sa manche. Une aura colossale jaillit de son corps.
Quand cette aura fondit sur Chu Zhen, celui-ci perdit contenance. Il sentit une intention meurtrière émaner de cette puissance.
Fff.
Alors que Chu Zhen restait pétrifié, Chu Feng tendit soudain la paume. Son geste fut si rapide que, avant que quiconque ait pu réagir, il avait déjà frappé Chu Zhen en pleine poitrine.
Boum ! Sous le choc, le qi et le sang de Chu Zhen se déchaînèrent aussitôt, tandis qu’une vague de douleur lui traversait la poitrine.
Ff, ff, ff ! Mais il n’eut même pas le temps d’y penser : Chu Feng lui asséna encore plusieurs coups de paume, qui l’atteignirent tous.
« Aah ! » Chu Zhen poussa un grand cri. Les jambes engourdies, il tomba à genoux devant Chu Feng, puis s’effondra, impuissant.
« Quoi… »
La scène laissa tout le monde bouche bée. Jamais ils n’auraient imaginé que Chu Feng puisse déployer une telle puissance !
Ils ignoraient cependant qu’il s’était retenu. Autrement, une seule paume aurait suffi à tuer Chu Zhen.
« Tu es au quatrième niveau du Royaume de l’Esprit ? » demanda alors Chu Wei. Ses yeux, rivés sur Chu Feng, étaient emplis de stupeur.
« Quoi ? Au quatrième niveau du Royaume de l’Esprit ? »
Ces mots les tirèrent tous de leur stupeur. Pour vaincre quelqu’un au troisième niveau du Royaume de l’Esprit sans recourir à une technique martiale, il fallait posséder la puissance du quatrième niveau.
Pourtant, associer « quatrième niveau du Royaume de l’Esprit » à Chu Feng leur paraissait inconcevable, et la foule peinait à l’accepter.
Chu Yue elle-même écarquilla les yeux. Sa petite bouche s’entrouvrit lentement, tandis que la surprise se lisait sur son visage.
Chu Feng ne prêta aucune attention à la foule. Il alla droit vers la table, prit les trois Herbes de l’Esprit Saint et se dirigea vers la porte.
« Arrête-toi ! C’était un échange entre membres de la famille, et pourtant tu l’as frappé avec une telle violence. Où est ton cœur ? » s’écria soudain quelqu’un.
En se retournant, ils virent Chu Cheng tenir Chu Zhen par le bras et le relever, le visage furieux. Voir son petit frère se faire battre à ce point était insupportable.
« Quoi ? Depuis quand me considères-tu comme un membre de ta famille ? Je ne me souviens pas que tu l’aies dit avant. » Chu Feng esquissa un léger sourire, puis ajouta : « C’est toi-même qui l’as dit : les poings et les pieds sont aveugles, alors on ne peut pas se plaindre d’être blessé. Qu’est-ce que tu fais, maintenant ? Tu ne supportes pas de perdre ? »
« Ne pas supporter de perdre ? C’est évident que tu l’as frappé exprès avec une telle violence ! » Chu Zhen serra les dents pour contenir sa douleur et lança ces mots d’une voix forte. En tant que victime, il savait parfaitement que le premier coup de paume de Chu Feng l’avait déjà vaincu. Mais Chu Feng avait continué à le frapper : il l’avait donc fait exprès, pour l’humilier davantage.
En l’entendant, Chu Feng sourit de nouveau. « Je viens d’atteindre le quatrième niveau du Royaume de l’Esprit, alors je ne maîtrise pas encore très bien ma force. »
« Et ta technique avait l’air si puissante que je n’ai naturellement pas osé te sous-estimer. J’ai donc riposté de toutes mes forces. »
« Mais qui aurait cru que tu n’étais qu’un tigre de papier, si faible que tu ne pouvais même pas encaisser un seul coup ? Je t’avais un peu surestimé. »
« Toi… » À ces mots, le visage de Chu Zhen blêmit. Fou de rage, il respirait si bruyamment qu’on aurait dit qu’il allait s’étouffer.
Non seulement il avait été vaincu par ce « déchet », mais il se faisait en plus ridiculiser devant toute la foule. C’était extrêmement difficile à accepter pour lui.
Mais même s’il ne voulait pas l’admettre, il ne pouvait rien répondre : les règles qu’ils venaient d’appliquer avaient été fixées par son frère et lui.
« Chu Feng, ne te montre pas trop arrogant. Si tu en as le courage, affronte-moi à ton tour ! » lança alors un autre membre de la famille Chu en se levant.
« Ah ? Tu veux aussi te battre contre moi ? Pas de problème. Misez une Herbe de l’Esprit Saint. Tu oses ? » Chu Feng lui tendit la main.
« Toi… »
Cet homme, comme Chu Zhen, était entré à l’École du Dragon Azur en même temps que Chu Feng. Mais il était moins fort que Chu Zhen.
Il aurait osé affronter Chu Feng, mais pas avec une Herbe de l’Esprit Saint en jeu.
« Quoi ? Quelqu’un d’autre veut se mesurer à moi ? Qu’il s’avance, tant qu’il ne regrette pas de se séparer de son Herbe de l’Esprit Saint. »
Chu Feng promena son regard sur la foule, mais personne n’osa croiser ses yeux. Ils n’avaient pas peur de lui ; ils n’osaient simplement pas miser leur Herbe de l’Esprit Saint, car c’était leur bien le plus précieux.
« Chu Feng, n’exagère pas », finit par dire Chu Wei.
« Quoi ? Chu Wei, tu veux aussi te battre ? Si je ne me trompe pas, tu as cinq ans de plus que moi, non ? »
« Si ça ne te dérange pas qu’on dise que tu t’en prends à plus jeune que toi, ça m’est égal. Après tout, si je perds, je n’aurai pas à rougir, et si je gagne, j’aurai tout à y gagner, pas vrai ? »
À ces mots, Chu Wei serra les poings, mais n’ajouta rien.
Chu Feng avait raison. Chu Wei n’était pas comme Chu Cheng ou Chu Zhen : ceux-ci n’avaient pas beaucoup d’écart d’âge avec lui.
Chu Wei ne pouvait toutefois pas se le permettre : il n’était plus un jeune homme. À son âge, même s’il vainquait Chu Feng, les autres se moqueraient de lui. Voilà pourquoi il ne pouvait pas l’attaquer.
Voyant que la plupart des gens dans la salle baissaient la tête, Chu Feng éclata soudain de rire. Il rit de bon cœur, puis, avant de se retourner pour partir, déclara :
« Avant de partir, je vais vous laisser deux expressions. La première : “se croire infaillible”. La seconde : “se ridiculiser soi-même”. Quant à leur sens, vous n’aurez qu’à le comprendre par vous-mêmes. » Sur ces mots, Chu Feng poussa la porte et sortit avec élégance.
À cet instant, une gêne pesante s’abattit sur la résidence. Au départ, la famille Chu avait voulu humilier Chu Feng, mais c’était elle qui venait de se faire humilier devant plusieurs étrangers. Cela lui faisait vraiment perdre la face.
Mais le plus difficile à accepter restait la puissance de Chu Feng. Ils l’avaient toujours pris pour le déchet de la famille Chu. Or, il avait désormais atteint le quatrième niveau du Royaume de l’Esprit et surpassait bon nombre d’entre eux. Ils en éprouvaient une profonde honte.
Chu Feng sortit de la résidence, le cœur léger. Depuis son enfance, ces gens n’avaient cessé de le maltraiter ; aujourd’hui, il avait enfin pu leur rendre la pareille.
En réalité, ce n’était pas de la maltraitance. Chu Feng n’avait fait que se défendre. Quoi qu’il en soit, il se sentait merveilleusement bien.
« Chu Feng. » Il n’avait pas fait beaucoup de chemin qu’une douce voix l’appela derrière lui. C’était Chu Yue.