Chapitre 106
Le pouvoir des Formations spirituelles. Seuls les Esprits du Monde pouvaient l’utiliser, car les gens ordinaires étaient incapables ne serait-ce que de le toucher.
Le pouvoir des Formations spirituelles ne venait pas de ce monde. Il provenait du Monde spirituel, un monde mystérieux.
Les Esprits du Monde se servaient de leur propre corps pour se relier au Monde des Esprits. Ils y puisaient le pouvoir des Formations spirituelles avant de l’utiliser.
Pour se relier au Monde des Esprits, il fallait employer sa propre puissance spirituelle afin de créer un Espace des Esprits du Monde dans son monde spirituel.
Dès lors qu’un Espace des Esprits du Monde était créé, on pouvait ouvrir les portes du Monde des Esprits et utiliser le pouvoir des Formations spirituelles. Chu Feng devait donc concentrer sa puissance spirituelle et créer son Espace des Esprits du Monde.
Cette méthode exigeait une maîtrise extrême. Il fallait contrôler suffisamment sa puissance spirituelle, et le processus en consommait une grande quantité. C’était une entreprise particulièrement ardue.
C’était comme bâtir une maison en prenant la puissance spirituelle pour matériau. La qualité de cette maison dépendait de la maîtrise que l’on avait de sa puissance spirituelle.
Or, au moment même où Chu Feng s’apprêtait à employer cette méthode et pénétrait dans son monde spirituel pour y créer son propre Espace des Esprits du Monde…
Il découvrit avec stupeur qu’un Espace des Esprits du Monde avait déjà été construit dans son monde spirituel.
« Qu’est-ce que c’est ? » À cet instant, Chu Feng se trouvait déjà dans son monde spirituel.
C’était un monde immense et sans limites, où il avait l’impression de flotter parmi les étoiles. Pourtant, les lueurs qui l’entouraient n’étaient pas des étoiles, mais des volutes de gaz en suspension.
Chu Feng pouvait marcher dans les airs et vagabonder à sa guise dans ce monde. Il pouvait atteindre n’importe quel endroit : tout était à sa portée.
Devant lui, non loin, se dressait un immense palais. D’une beauté extraordinaire, il resplendissait de couleurs éclatantes et de lumières éblouissantes, comme s’il était fait de cristal.
Sa forme était également des plus étranges. Impossible à décrire, cette construction singulière se dressait au cœur de son monde spirituel sans limites. Elle s’élevait si haut qu’on n’en voyait pas le sommet, comme si elle pénétrait dans un autre monde.
Chu Feng comprit qu’il s’agissait de l’Espace des Esprits du Monde. Pourtant, il ne parvenait pas à comprendre comment un espace aussi vaste avait pu apparaître dans son propre monde spirituel.
Quelle quantité de puissance spirituelle avait-il fallu pour créer un Espace des Esprits du Monde pareil ? Quel degré de maîtrise fallait-il pour y parvenir ? Lui-même en était incapable, c’était certain.
« Hé, à quoi tu penses ? Pourquoi tu n’entres pas, espèce d’idiot ? Tu vas me faire attendre encore combien de temps ? »
Alors que Chu Feng ne savait plus quoi penser, une voix douce retentit soudain dans l’Espace des Esprits du Monde. Elle était si mélodieuse que c’était la plus belle voix que Chu Feng eût jamais entendue.
Mais, lorsqu’elle résonna, Chu Feng fut profondément choqué : il l’avait déjà entendue. C’était lorsqu’il avait cru rêver.
« Alors, tout était réel ? » Chu Feng trouvait cela inconcevable, mais il se précipita tout de même dans l’Espace des Esprits du Monde.
Vu de l’extérieur, l’Espace des Esprits du Monde ressemblait à un palais. Mais, à vrai dire, c’était plutôt une haute tour qui transperçait les cieux. Elle n’avait pas de porte ; pourtant, Chu Feng pouvait traverser ses murs pour y entrer.
Une fois à l’intérieur, Chu Feng perdit rapidement la faculté de se déplacer à sa guise et de vagabonder jusqu’à l’horizon. Il retomba fermement sur le sol.
Chu Feng avait déjà vu la scène qui s’étendait devant lui : un mur semblable à du cristal, qui montait si haut qu’on n’en voyait pas la fin.
Sur l’un des murs se trouvait une immense porte étrange. Des chaînes la recouvraient en plusieurs couches, et une aura terrifiante s’en échappait.
Mais surtout, un énorme œuf noir se trouvait non loin. À cet instant, il jacassait sans arrêt en criant après Chu Feng.
N’était-ce pas tout ce que Chu Feng avait vu ce jour-là dans son rêve ? Pourtant, il savait qu’il ne se trouvait pas dans un monde onirique. C’était son Espace des Esprits du Monde.
« Ah, idiot de Chu Feng, tu as enfin réussi à revenir ! »
« Tu es tellement stupide ! Tu sais depuis combien de temps je t’attends ? Quinze ans ! »
« Bon sang, espèce d’idiot. Hum, tu n’as pas beaucoup de talent pour comprendre, hein ? Tu es carrément catastrophique. »
Cette voix mélodieuse résonnait sans cesse depuis l’intérieur de l’immense œuf noir. Ses paroles partaient dans tous les sens, mais sa voix était ravissante. On aurait dit une enfant difficile à vivre.
Mais surtout, elle connaissait non seulement le nom de Chu Feng, mais affirmait aussi l’avoir attendu pendant quinze ans. Cela le stupéfia au plus haut point.
« Qu’est-ce que tu es ? Comment connais-tu mon nom ? » demanda Chu Feng en examinant l’œuf noir à distance, sans s’approcher.
« Qu’est-ce que tu es, toi ? Appelle-moi “Ma Reine”. Ma Reine, compris ? »
« J’ai partagé ta vision et ton ouïe dans ton monde spirituel. J’ai vécu tout ce que tu as vécu au cours de ces années. Comment pourrais-je ignorer ton nom ? Je sais même tout ce que tu as fait ! » Une voix mécontente s’éleva de l’œuf noir.
« Dans mon monde spirituel ? Tu dis que tu m’y as attendu pendant quinze ans ? Comment es-tu entrée dans mon monde spirituel ? » Chu Feng était abasourdi.
« Comment veux-tu que je le sache ? Quand je me suis réveillée, j’étais dans ton monde spirituel. En plus, cette satanée Formation spirituelle m’a scellée, et je ne peux même pas bouger. »
[N.d.T. : quand elle dit « je », elle parle d’elle-même en tant que « reine ».
« C’est sûrement l’œuvre de tes fichus parents. » L’œuf noir continua de crier.
« Alors, tu sais qui sont mes parents ? Comment ils s’appellent ? D’où ils viennent ? Où ils sont maintenant ? » insista Chu Feng.
« C’est justement ce que je voulais te demander. Mieux vaut ne pas me laisser découvrir qui ils sont, sinon je leur ferai payer. Ils ont osé me sceller dans ton monde spirituel puant ! Bon sang ! »
Bien que sa voix fût très mélodieuse, Chu Feng entendit que l’œuf noir, qui se faisait appeler « Ma Reine », était furieux. Il pouvait même l’entendre grincer des dents.
« Alors, mes parents ont construit cet Espace des Esprits du Monde pour moi ? » En entendant les paroles de l’œuf noir, Chu Feng se plongea à son tour dans ses réflexions.
« Quelle sottise ! Si quelqu’un ne l’avait pas construit pour toi, tu l’aurais fait toi-même ? Tu serais seulement capable de bâtir un Espace des Esprits du Monde aussi impressionnant ? » L’œuf noir rabroua Chu Feng.
« Donc, la personne qui m’a aidé à construire cet Espace des Esprits du Monde doit être très puissante, et ce doit aussi être un Esprit du Monde ? » demanda Chu Feng.
« Bien sûr que la personne capable de créer cet Espace des Esprits du Monde était puissante. Attends, qu’est-ce que tu veux dire ? Tu insinues que je suis faible ? »
« Je te le dis : si je n’avais pas été blessée, personne n’aurait pu me sceller. Peu importe la puissance de la personne qui t’a aidé, dès que je saurai qui c’est, je lui ferai payer. Je le ferai. »
« Eggy, je ne t’ai jamais prise de haut. J’étais simplement curieux. »
« Curieux ? Qu’y a-t-il de curieux ? Attends… Eggy ? Tu m’appelles Eggy ! Tu me prends pour un œuf de poule ! Un œuf de chien ! Espèce d’idiot ! Tu dois m’appeler “Ma Reine”. »
« D’accord, Eggy. Tu peux me dire comment tu t’appelles ? D’où viens-tu ? »
« Ouste ! N’espère même pas me soutirer des informations !!! »
[N.d.T. : dans le texte anglais, « idiot » et « ouste » contiennent tous deux le mot « œuf ».
Au début, Chu Feng voulut voir s’il pouvait soutirer quelque chose à l’œuf noir, mais finit par comprendre qu’à chaque question, elle répondait qu’elle ne savait pas trois fois de suite.
Elle gardait aussi sa langue bien serrée et refusait de révéler son identité. Chu Feng estima toutefois que si quelqu’un l’avait délibérément scellée dans son monde spirituel, cela devait cacher une raison particulière.
Au moins, cette personne ne voulait pas lui faire de mal. Avec ses moyens, elle aurait pu le tuer bien avant.
Pourquoi se donner la peine de l’aider à bâtir un Espace des Esprits du Monde, puis y sceller quelque chose qui risquait de lui nuire ? C’eût été un effort parfaitement inutile…
Chu Feng en conclut donc que cette personne ne lui voulait aucun mal. Au contraire, elle cherchait à l’aider, et il pensa qu’il s’agissait probablement de quelqu’un de sa famille.