Chapitre 101
« Je ne sais vraiment pas comment ce Chu Feng a pu avoir autant de chance. Il a réussi à se rapprocher de dame Su Rou ! Elle l’a aidé en secret, mais ne m’a même pas autorisé à lui dire qu’elle lui donnait un coup de main. »
Le visage de l’officier s’emplit d’admiration tandis qu’il songeait au doux et beau visage de Su Rou, à sa silhouette parfaite, à son talent supérieur à celui des autres et à ses origines stupéfiantes. C’était tout bonnement une déesse avec laquelle d’innombrables personnes rêvaient de nouer des liens.
« Ils étaient tous les deux à l’École du Dragon Azur ; il est donc normal qu’ils se connaissent. Chu Feng est jeune, mais sa détermination inébranlable est rare. À bien des égards, c’est un génie, expliqua Chen Hui.
— Même s’il est un génie, il est trop jeune. J’ai vérifié son aura : il n’était qu’au septième niveau du Royaume de l’Esprit. Si nous lui réservons une place à l’Assemblée des Nouveaux Éminents, il sera certainement un boulet pour notre cité dorée-pourpre, se plaignit l’officier.
— Pourquoi n’as-tu pas dit ça devant dame Su Rou ? Tu as vu toi-même l’insigne de commandement, et elle est bel et bien la fille du seigneur de la cité. Aurais-je pu refuser d’accorder une place à Chu Feng après qu’elle me l’a demandé ? Chen Hui n’était guère satisfait.
— Monseigneur… Je… Je pense simplement que dame Su Rou a demandé une place pour Chu Feng parce qu’il pourrait peut-être aider notre cité dorée-pourpre à remporter la première place et nous tirer d’affaire. À mon avis, elle surestime Chu Feng.
— Après tout, à l’Assemblée des Nouveaux Éminents, toutes sortes de gens exceptionnels venus des quatre coins du pays se rassemblent en foule. Avec le niveau de cultivation de Chu Feng, il est bien trop faible. Sans même parler de la première place, il finirait bon dernier.
— J’ai moi aussi réfléchi à la question. Peut-être que dame Su Rou me rappelle de prendre cette Assemblée des Nouveaux Éminents au sérieux.
— J’ai entendu dire que l’Assemblée des Nouveaux Éminents de cette année serait très particulière. La cité qui remportera la première place sera exemptée d’impôts. Ce ne sont que des rumeurs, mais, à en juger par les paroles de dame Su Rou, elles sont peut-être fondées. Chen Hui se plongea dans ses pensées.
— Monseigneur, vous ne comptez tout de même pas placer vos espoirs en Chu Feng ? demanda l’officier, inquiet.
— Bien sûr que non. Chu Feng est un génie, mais comme tu l’as dit, sa force est encore trop faible. Si nous voulons remporter la première place cette année, il semble que le moment soit venu de rappeler Wanxi. Le regard de Chen Hui se teinta de nostalgie.
— Mademoiselle ? C’est effectivement une génie rare, et elle est déjà disciple principale à l’École Lingyun. Si elle revient, elle pourra certainement remporter la première place à cette Assemblée des Nouveaux Éminents.
— Mais… Mademoiselle est partie de très mauvaise humeur, cette année-là. Elle n’a jamais participé aux précédentes Assemblées des Nouveaux Éminents. Reviendra-t-elle cette année ? L’officier semblait quelque peu inquiet.
— Les temps ont changé. À moins qu’elle puisse supporter de me voir, moi, son père, dans une situation désespérée sans rien faire, elle reviendra certainement. À ces mots, Chen Hui ne put s’empêcher de fermer les yeux ; les événements de cette année-là résonnèrent dans son esprit.
En une seule journée, Chu Feng mena plusieurs forces et écrasa ses anciens ennemis de la région montagneuse.
Il élimina ainsi des menaces cachées, mais fit également étalage de sa puissance. Tous comprirent quel sort attendait ceux qui s’opposaient à la famille Chu.
Après ces événements, tous les habitants de la région montagneuse virent Chu Feng d’un œil entièrement nouveau. Son talent était impressionnant, mais ses méthodes n’avaient rien d’ordinaire. Il suscitait à la fois l’admiration et la crainte. S’il était capable d’accomplir tout cela à son âge, ses réussites futures seraient incommensurables.
Une fois toutes les affaires réglées, la famille Chu entreprit de reconstruire le Bourg de la Montagne inclinée. Chu Feng ne retourna pas à l’École du Dragon Azur ; il se prépara plutôt à l’Assemblée des Nouveaux Éminents, qui aurait lieu dans quelques jours.
Cinq mille perles spirituelles. Pour Chu Feng, elles exerçaient un attrait irrésistible. Et lorsqu’il se remémorait le combat qui l’attendait dans un an et le compte à rebours qui avait déjà commencé, son désir de puissance se faisait plus intense encore.
Il devait gagner dans un an. Il lui fallait donc devenir fort au cours de cette année. Même s’il ne parvenait pas au Royaume du Profond, il devait être capable de vaincre ceux qui s’y trouvaient.
Or, il n’était encore qu’au Royaume de l’Esprit. Il n’avait même pas atteint le Royaume de l’Origine, et les défis qui l’attendaient s’annonçaient extrêmement redoutables.
Mais Chu Feng prit cela pour une épreuve, une source de motivation. S’il avait osé dire « un an » auparavant, c’était parce qu’il avait une certaine confiance en lui.
Son corps étant particulier, il lui suffisait d’avoir assez de perles spirituelles pour franchir les paliers sans difficulté. Voilà pourquoi les ressources de cultivation étaient ce qui lui manquait le plus. Il s’employait sans relâche à rassembler des perles spirituelles et ne laissait passer aucune occasion d’en obtenir.
À cet instant, Chu Feng cultivait dans les montagnes, derrière le Bourg de la Montagne inclinée.
Son aura s’épaissit encore considérablement. Il perça, et, grâce aux mille perles spirituelles que Chen Hui lui avait données, atteignit enfin le huitième niveau du Royaume de l’Esprit. Selon ses estimations, s’il remportait les cinq mille perles spirituelles de l’Assemblée des Nouveaux Éminents, il pourrait sans difficulté atteindre le neuvième niveau du Royaume de l’Esprit.
Cependant, l’Assemblée des Nouveaux Éminents réunirait des génies minutieusement sélectionnés dans toutes les villes. Chu Feng n’était pas certain à cent pour cent de pouvoir remporter la première place.
À l’École du Dragon Azur, parmi les moins de dix-huit ans, Chu Feng comptait toujours parmi les disciples les plus remarquables. Mais il ne pouvait pas savoir s’il était le plus fort de toute la région sous l’autorité de la Cité de l’Oiseau Vermillon.
Pour garantir sa victoire, il devait devenir plus fort. Chu Feng s’entraînait donc avec l’Arc des Cent Métamorphoses. C’était le seul moyen dont il disposait alors pour gagner en puissance.
Fff, fff, fff
Dans les mains de Chu Feng, une pique dorée lançait des éclats lumineux. On aurait dit qu’elle pouvait aisément transpercer même le fer noir. Elle était bien plus puissante que les armes que Chu Feng créait avec le troisième des Trois Styles du Tonnerre.
Dans les mains de Chu Feng, la pique était d’une férocité extrême. Pareille à un serpent, elle balayait les environs avec une majesté et une vigueur impressionnantes. Lorsqu’il la pointait vers l’avant, le simple souffle de son mouvement pouvait percer un arbre immense à distance.
L’Arc des Cent Métamorphoses. Chu Feng le maîtrisa en trois jours. Voilà ce qui faisait sa terrifiante capacité.
Qu’était-ce qu’un génie ? Chu Feng était un véritable génie. Face à lui, si difficile que fût une technique martiale, il parvenait à la comprendre. Seules les ressources lui manquaient.
« Qui est là ? »
Cependant, Chu Feng sentit soudain quelqu’un s’approcher discrètement. Cette personne dissimulait son aura, mais le pouvoir spirituel de Chu Feng la détecta malgré tout.
Quelqu’un l’observait en secret et dissimulait très bien son aura. Sa force dépassait certainement celle de Chu Feng, ce qui le tendit. Il fixa d’un regard sévère la forêt au loin.
« Tu as bel et bien un pouvoir spirituel, et il est d’une acuité remarquable. Pas étonnant que ce vieux ait eu une si bonne opinion de toi. »
À cet instant, un rire étrange retentit soudain dans la forêt. Puis, après ces paroles, quelqu’un entra à son tour sans se presser dans le champ de vision de Chu Feng.
L’homme n’était pas très âgé ; il avait tout au plus quelques années de plus que Chu Feng. Plutôt beau, il affichait même un léger sourire. Il semblait affable, mais Chu Feng sentit une intention meurtrière dans son regard.