Chapitre 94
Jin Hu sourit : « Frère Ye, commandez les plats. Au Pavillon Impérial, les mets sont préparés avec des bêtes démoniaque de rang 4 au minimum, et pouvant aller jusqu'au rang 6. »
Ye Ming ne fit pas le timide et commanda d’un coup dix plats. Les autres en prirent chacun un ou deux, puis ils demandèrent une jarre de vin nommé « Dragon enivré ». Il calcula rapidement que le tout devait coûter au moins 3 000 pièces martiales. S’il avait été à sa place, il n’aurait jamais osé se permettre une telle dépense.
Au Pavillon Impérial, la préparation des plats était complexe et il fallut attendre un moment avant de pouvoir manger. Les convives interrogèrent Ye Ming sur son passé. Il raconta sa rencontre avec Ouyang Zhi et la partie d’échecs avec le jeune marquis, sans révéler qu’il avait gagné.
Jin Hu dit : « Frère Ye, tu es vraiment impressionnant. Après ton entrée à l’académie de Dongqi, je suis sûr que tu deviendras une figure majeure. Bientôt, tu intégreras sans doute l’académie du Dragon Azur, où se cachent de nombreux talents. »
Parlant de l’académie du Dragon Azur, Ye Ming demanda : « Puisque vous venez tous de familles d’argent, vous avez dû étudier là-bas, non ? »
À sa question, Jin Hu et les autres soupirèrent d’un même souffle. Fang Yibai expliqua : « Entrer à l’académie du Dragon Azur n’est pas si facile. À moins d’avoir un talent exceptionnel, il est quasiment impossible d’intégrer cet endroit. »
Ye Ming fut surpris : « Vous êtes tous des prodiges dotés d’avatar spirituel, ne pouvez-vous vraiment pas y entrer ? »
Fang Yibai répliqua : « L’académie du Dragon Azur est la pierre angulaire de la dynastie du Dragon Azur, et la sélection est très rigoureuse. Seule une petite minorité, notamment des membres royaux, bénéficie d’admission sans examen. Les autres doivent passer un concours sur leur véritable potentiel. Nous disposons certes d’avatar spirituel, mais l’académie valorise surtout le potentiel. Sans potentiel, il est impossible d’y être admis, peu importe nos avatars. »
Ye Ming acquiesça, ne s’attendant pas à une telle difficulté pour entrer dans l’académie du Dragon Azur.
Liu Fen approuva : « C’est vrai. Ye Ming, sais-tu que derrière l’académie se tient non seulement la dynastie du Dragon Azur, mais aussi trois Terres Saintes ? »
« Quoi ? Trois Terres Saintes ? » Ye Ming était étonné. « Quel lien ont-elles avec la dynastie du Dragon Azur ? »
Yi Zhongnan toussa légèrement : « Laisse-moi t’expliquer. Regarde la carte : tout le continent de Tianyuan est dominé par 5 grands empires. En dehors de la dynastie du Dragon Azur, les 4 autres contiennent chacune une Terre Celeste. Cela signifie que ces 4 dynasties subissent donc l’influence de ces Terres Celestes. »
« Seul la dynastie du Dragon Azur fait exception, car son territoire ne compte aucune Terre Celeste. Pourtant, parmi les 9 Terres Saintes, 3 sont situées dans l’Empire du Dragon Azur. Sans l’ingérence des Terres Celestes, ces 3 Terres Saintes exercent un contrôle très fort sur l’empire. En fait, on peut dire que leurs intérêts sont étroitement liés. »
Ye Ming demanda : « Qu’entends-tu par là ? »
Yi Zhongnan : « C’est compliqué. Depuis la désintégration de la Dynastie des Cinq Éléments, les grandes puissances se sont affrontées pendant plus de 150 000 ans, éradiquant d’innombrables factions pour parvenir à l’équilibre actuel. Les grandes sectes contrôlent un grand nombre de sectes affiliés, qui eux-mêmes se situent au sein des 5 grandes dynasties, dont elles dépendent. D'autre part, les divinités de chaque secte doivent recevoir la reconnaissance d'une des 4 Terres Celestes »
« Enfin, les 9 Terres Saintes, connues pour débusquer des lignées ancestrales puissantes, entretiennent aussi de multiples liens étroits avec les dynasties. Elles contrôlent aussi beaucoup de grandes sectes, formant ainsi une force redoutable. »
Fang Yibai reprit : « En résumé, toutes ces puissances s’entrelacent et s’équilibrent. Si tu coupes un cheveu, tout bouge. Tuer l’une sera extrêmement difficile. Malgré cela, le continent Tianyuan reste divisé en 5 alliances régionales. La dynastie du Dragon Azur forme une alliance avec les trois Terres Saintes situées en son sein, tandis que les 4 autres forment les alliances restantes. Au loin, sur l’immense océan, réside l’océan divin originel, indifférent aux affaires terrestres. »
Ye Ming trouva cela très instructif et demanda : « Quelle est la différence entre une Terre Celeste et une Terre Sainte ? Est-ce que les Terres Celestes abritent des Dieux Martiaux tandis que les Terres Saintes ne possèdent que des Saints Martiaux ? »
Liu Fang éclata de rire : « Ye Ming, tu fais trop de suppositions. Le principal avantage des Terres Celestes est qu’elles contrôlent une partie de la volonté céleste et peuvent ainsi introniser des divinités. »
Ye Ming ouvrit grand les yeux : « Quoi ? Intrôner des divinités ? C’est possible ? »
Liu Fang réfléchit un instant et continua : « Grosso modo, les divinités dans le monde peuvent être classées en trois origines. La première est celle des dieux intronisés par la volonté Céleste, via les Terres Saintes ou les dynasties impériales. La plupart des divinités des grandes sectes appartiennent à cette catégorie. La seconde est celle des divinités s’étant formées naturellement, très rares et souvent indifférentes aux affaires humaines. La troisième catégorie, sans registre officiel, comprend les divinités autonomes qui se sont élevés par leur propre cultivation ou ont été créées par la foi du peuple. Ces deux dernières catégories échappent à tout contrôle des Terres Celestes ou des empires, en particulier la dernière, qui peut parfois provoquer de grandes catastrophes. »
Ye Ming pensa alors à la secte Haotian : «Tu fais référence à la religion Haotian ?
Liu Fang soupira : « Oui, la religion Haotian. Autrefois, certains prêchaient dans la dynastie divine et ont ainsi créé de toutes pièces un Dieu du Ciel, capable de capturer une grande partie de la volonté Celeste. Il peut introniser des divinités locales comme les Terres Saintes et a beaucoup d’adeptes. »
Ye Ming comprenait : Les divinités sans registre officiel sont donc des traîtres au système, détestés par les Terres Saintes et les dynasties, voilà pourquoi ils répriment aussi violemment la secte Haotian.
Ye Ming demanda : « Les Dieux Martiaux sont-ils aussi des divinités ? Ont-ils besoin de la foi pour exister ? »
Fang Yibai répondit : « Les Dieux Martiaux sont des Dieux car ils peuvent rivaliser avec les divinités et même comprendre la volonté Celeste. Il s’agit d’un grand palier de cultivation, découpé en plusieurs subdivisions qui nous échappent. Tu as raison, il y a des Dieux Martiaux dans les Terres Celestes, en nombre important. Mais ils existent aussi parmi les 9 Terres Saintes et les 5 dynasties. »
« En particulier les 9 Terres Saintes, qui possèdent les talents pour explorer les lignées ancestrales et disposent de méthodes de cultivation secrètes. Leurs hérities saints peuvent éveiller totalement ces lignées, ce qui accroît grandement leur puissance, leur vitesse de cultivation et leur permet de développer des techniques liées à leur lignées anciennes. Ces techniques ont un pouvoir rivalisant avec les divinités, un danger sérieux. »
Ye Ming acquiesça : « Je vois, c'est effectivement compliqué. »
À ce moment, les plats arrivèrent ; ils se régalèrent, en particulier Ye Ming qui dévora presque la moitié des plats à lui seul. Ce n’est pas que les autres avaient peu d’appétit, mais la viande des bêtes démoniaques contenait tant d'énergie spirituelle que les convives se sentaient rassasiés bien plus vite, montrant que sa constitution physique était bien supérieure à la leur.
Fang Yibai demanda : « Frère Ye, quels sont tes projets ? Pars-tu demain pour l’académie de Dongqi ? »
Ye Ming secoua la tête : « Je suis venu à Guyang City pour accompagner un enfant, et je ne comptais pas m’y attarder. Après tout, je suis avant tout un disciple de la secte du Soleil Rouge, rejoindre l’académie de Dongqi est une décision importante et je dois d’abord en informer mon maître de secte. »
Yi Zhongnan réfléchit un instant : « La famille Yi a un certain impact sur le royaume de Yan. Si besoin, frère Ye, n’hésite pas à me solliciter. »
Ye Ming répondit : « Merci, frère Yi. Si besoin, je n’hésiterai pas. »
Jin Hu plaisanta : « Frère Ye, tu viens d’arriver à Guyang City. En tant qu’hôtes, nous ne pouvons pas te laisser repartir aussi vite. Viens, on t’accompagne quelques jours pour en profiter un peu. La ville regorge de bons endroits où s’amuser, tu ne le regretteras pas. »
Liu Fang cracha : « Tu vas sûrement l’emmener dans ce genre d’endroits. Tu n’as pas peur que ta fiancée soit jalouse ? »
À l’évocation de sa fiancée, Jin Hu frissonna et répondit en souriant gêné : « Je vous en prie, gardez cela secret. Ne lui dites rien, sinon je suis fichu. »
Ye Ming, curieux, demanda : « Qui est la fiancé de Jin ? Est-elle très influente ? »
Fang Yibai rigola : « Cette personne est une célèbrité, c'est la fille d'une famille d’or du royaume de Jin. Elle est très belle, mais aussi plutôt féroce, au point que Jin Hu est complètement dominé par elle. »
Pourtant, Jin Hu n’avait pas l’air dépité, mais au contraire enthousiaste : « Frère Ye, ma future femme est non seulement belle, mais son potentiel dépasse le mien. »
Ye Ming rit doucement et le complimenta pour sa chance.
Le repas dura jusque tard dans la soirée. Les sœurs Liu, pleines de tact, se retirèrent, tandis que Jin Hu et les autres emmenèrent Ye Ming au quartier de divertissement le plus célèbre de Guyang City, Soft Jade Pavilion. Ce lieu était un établissement de haut standing où toutes les jeunes femmes étaient d’une beauté exquise et possédaient de nombreux talents : musique, échecs, calligraphie et peinture, chacune brillait dans son art.
Devant l’entrée du Soft Jade Pavilion, la foule affluait : jeunes et vieux, beaux et laids, grands et petits y entraient joyeusement. Sur les balustrades, de somptueuses jeunes femmes, tantôt timides, tantôt audacieuses, invitaient les passants.
Jin Hu et ses compagnons étaient des habitués. Dès leur apparition, une jeune femme vêtue de bleu s’approcha avec un joli sourire, c’était la tenancière.
« Oh, ma foi, ça fait battre mon cœur ! Nos chers petits ancêtres sont arrivés ? Et voilà un jeune homme inconnu. De quelle noble lignée viens-tu, jeune monsieur ? » La tenancière souriait comme une fleur, son parfum de fard flottait dans l’air.
Jin Hu répondit avec entrain : « Madame, voici notre bon ami, le jeune maître Ye. Fais venir notre vedette pour qu’elle s’occupe bien de lui. S’il est satisfait, tu peux être sûr d’une belle récompense de ma part. »
La tenancière semblait embarrassée : « Chers petits ancêtres, vous êtes des invités précieux. Je dois avouer que notre vedette, Shui Xianzi, sert actuellement un client. Peut-on vous proposer plutôt Huo Xianzi ou Qin Xianzi ? »
Jin Hu éclata de rire : « Cesse de parler pour ne rien dire. Tu vas finir par faire fuir mes invités. Qui oserait nous conccurencer pour avoir droit à la compagnie de ta plus célèbre hotesse ? »
Ces hommes étaient tous héritiers de familles d’argent et, dans Guyang City, en dehors du manoir du Marquis, personne ne pouvait leur tenir tête ; tout le monde s’écartait sur leur passage.
La tenancière, dans l’embarras, sourit tristement : « Mes chers petits ancêtres ! Cette personne vient d’une lignée respectable, elle est disciple de la secte Tianhe... »
« Pfft ! Je croyais que c’était un prince ! Mais c’est juste un disciple de la secte Tianhe ? » s’exclama Jin Hu en se renfrogant. « Donne-lui dix secondes pour libérer Shui Xianzi ! »
Face à la colère de Jin Hu, la tenancière se tut immédiatement et se détourna pour exécuter ses ordres.
Ye Ming était bouche bée : Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Ils sont en train de s’arracher la vedette d’un bordel !
Fang Yibai murmura à l’oreille de Ye Ming : « La venue de Shui Xianzi est importante car c’est une novice. Elle a un corps intact, ce qui est rare. Ces filles impures ne valent pas la peine de s’occuper de toi. »
Ye Ming réfléchit : « Je n’ai jamais été dans un bordel, que fait-on là-dedans ? »
Jin Hu et les autres éclatèrent de rire : « Je te dis, frère Ye, personne ne se soucie de ce que tu fais. Tu peux faire ce que tu veux, que ce soit sur le lit ou par terre ! »
Ye Ming, probablement un homme sérieux, rougit un peu et répondit par un rire gêné.
Dans une salle privée au troisième étage du Soft Jade Pavilion, Ye Zisheng tenait doucement le menton fin d’une jeune fille, la dévisageant avec convoitise : « La vedette du Soft Jade Pavilion porte bien son nom. Shui Xianzi, quel est ton véritable nom ? »
La jeune fille avait un visage aussi doux et lumineux qu’une fleur, une peau blanche et lisse, des yeux fins et des sourcils élégants, sa chevelure noire formant un chignon aussi vaporeux que la brume. Sa robe légère était presque transparente, révélant subtilement la perfection de sa silhouette.
La jeune fille rougit et sourit timidement : « Monsieur, je... »
Toc, toc, toc...
On frappa à la porte.
Ye Zisheng fronça les sourcils et interrogea avec froideur : « Qui est là ? »
La tenancière entra en soupirant : « Jeune maître Ye, désolée, Shui Xianzi doit voir un invité important, donc... »
Ye Zisheng se leva brusquement, furieux : « Tu te moques de moi ? »
La tenancière s’empressa de dire : « Ne vous fâchez pas, jeune maître Ye. J’ai invité Chi Xianzi et Qin Xianzi pour vous servir, et ce sera gratuit. Qu’en pensez-vous ? »
Ye Zisheng répondit froidement : « Hum ! Tu veux emmener mon amie ? Très bien, fais venir ton invité. Je veux voir qui ose me défier ! » En tant que disciple interne de la secte Tianhe, il avait confiance en lui. Il ne faisait aucun cas des gens ordinaires.
Le visage de la tenancière se figea et devint glacial : « Jeune maître Ye, ce ne sont pas n'importe qui, mais des héritiers de 3 familles d'argent. Si vous ne voulez vraiment pas leur faire honneur, ce n'est pas grave, je vais simplement descendre les informer. »
Ye Zisheng fut eut un sursaut : Trois héritiers ? Même s’il révélait son statut de garde du palais du marquis, cela ne servirait à rien contre eux. Après un moment de réflexion, il serra les poings avec rage, mais finit par céder : « Puisqu’il s’agit des héritiers, il n’y a pas lieu de se disputer. » Il fit un geste pour laisser partir Shui Xianzi.