Chapitre 812
Bien sûr, certains clans, soit sous la contrainte des Protoss, soit séduits par eux, refusèrent finalement de rejoindre le camp de l’humanité. Mais quoi qu’il en soit, en une seule année, obtenir un tel résultat satisfaisait pleinement Ye Ming. Ainsi, même si les Protoss s’étaient emparés de la Roue de la Vie, les bénéfices qu’ils pourraient en tirer restaient limités.
En effet, dès qu’un être vivant du camp humain mourait, ses particules spirituelles étaient absorbées par la Petite Roue de la Vie de l’humanité, et non par celle désormais contrôlée par les Protoss. Ces derniers n’en tiraient donc que peu d’avantages, tout en s’attirant la haine de la grande majorité des races.
Faire venir toutes ces races pour vivre sur le territoire humain n’était pas une mince affaire : rien que les déménagements prendraient plus de dix ans, voire plusieurs décennies. Heureusement, grâce à « Tian », Ye Ming pouvait tout organiser rationnellement et exécuter le plan étape par étape.
Parmi toutes les races, les plus puissantes restaient les créatures du chaos. Pour les convaincre, Ye Ming envoya Vieux Huang et Niu Potian parcourir les régions. Mais les créatures du chaos étaient d’une fierté extrême : même avec l’intervention de Vieux Huang, très peu acceptèrent de venir.
Ce jour-là, alors que Ye Ming envisageait de se rendre à la mer de l'Ouest pour sonder le Clan des Dragons, Niu Potian arriva soudainement.
« Maître ! » Niu Potian déboula, manifestement pressé.
Ye Ming le regarda : « Pourquoi tant de précipitation ? »
Niu Potian afficha un large sourire : « Maître, aujourd’hui c’est le Grand Tournoi du Chaos, voulez-vous y assister ? »
Ye Ming s’étonna : « Le Grand Tournoi du Chaos ? Qu’est-ce que c’est ? »
Vieux Huang apparut alors, prenant la parole : « Ce gamin veut se faire valoir devant toi. Depuis qu’il cultive la Voie Martiale, il a énormément progressé et pense pouvoir obtenir un excellent classement au Grand Tournoi du Chaos. »
Niu Potian rit : « Vieux Huang connaît bien mon cœur ! Oui, je veux que Maître voie mes progrès. Ce tournoi réunit toutes les créatures du chaos de deuxième et troisième génération, presque tous les clans du chaos y participent. Les cent premiers reçoivent de lourdes récompenses, et les dix premiers font même envie à tous les grands clans du chaos. »
Vieux Huang poursuivit : « Le but de ce tournoi est de motiver les jeunes générations du chaos à s’entraîner, pour éviter qu’elles ne dégénèrent. En vérité, les créatures du chaos sont de moins en moins brillantes à chaque génération, c’est inévitable. »
Ye Ming acquiesça : « C’est une bonne occasion de montrer aux créatures du chaos l’intérêt de rejoindre mon école. Potian, avec ton niveau actuel, peux-tu entrer dans le top dix ? »
Niu Potian se frappa la poitrine : « Maître, soyez tranquille, non seulement le top dix, mais même le top cinq est à ma portée ! »
Vieux Huang : « Autrefois, Niu Potian aurait eu du mal à entrer dans le top cent. La race des Siyi n’est pas réputée parmi les créatures du chaos. »
Niu Potian ne s’en formalisa pas : « Maître, si ces jeunes voient mes progrès, ils voudront tous devenir vos disciples ! »
Ye Ming acquiesça : « Bien, Vieux Huang, nous n’avons rien d’urgent, allons-y ensemble ? »
Vieux Huang : « Cela fait des années que je n’y ai pas assisté, allons voir. »
La dernière fois que Ye Ming avait participé à l’Assemblée du Chaos, il avait trouvé chaque créature du chaos terrifiante. Mais cette fois, il était déjà un expert du troisième rang du Dao Martial, et rares étaient les créatures du chaos plus fortes que lui. Même Vieux Huang n’osait plus prétendre lui être supérieur.
Le Grand Tournoi du Chaos dépassait les attentes de Ye Ming en solennité. L’ancien Huntian était présent, accompagné de plusieurs créatures du chaos de son niveau, toutes des puissances du stade Fusion avec le Dao. Ye Ming et Vieux Huang prirent place parmi les invités d’honneur.
Niu Potian resta du côté de la race des Siyi, dont les membres semblaient excités, sans doute conscients de la force actuelle de Niu Potian.
Vieux Huang fixait le groupe de Huntian : « Voici les géants du chaos : Huntian, Wujin, Cangji, Xuanming. Tous sont au stade Fusion avec le Dao, voire proches du Royaume de la Genèse Céleste. »
Ye Ming demanda : « Vieux Huang, les créatures du chaos sont censées être les véritables enfants du ciel. L’un d’entre vous a-t-il atteint le Royaume de la Genèse Céleste ? »
Vieux Huang eut un sourire amer : « Atteindre la Genèse Céleste est d’une difficulté extrême. À ma connaissance, personne n’y est parvenu. Pour tout dire, naître aussi fort n’est pas forcément un bien : cela nous rend paresseux dans la cultivation. En grandissant, notre puissance augmente naturellement. Moi, par exemple, je n’ai jamais vraiment cultivé. Devenu adulte, j’ai naturellement acquis mes Pouvoirs surnaturels et atteint le royaume de l’Éternité. Si j’avais cultivé sérieusement, atteindre la Fusion avec le Dao n’aurait pas été difficile, et j’aurais peut-être pu percer jusqu’à la Genèse Céleste. »
Vieux Huang le regrettait manifestement, mais il était trop tard.
Ye Ming : « Et ces quatre-là ? Huntian, Wujin, eux non plus n’ont pas cultivé ? »
Vieux Huang hocha la tête : « Bien sûr. Imagine : un enfant qui n’a jamais manqué de rien, songerait-il à cultiver la terre ou le coton ? Nous, jeunes, ne pensions qu’à bien manger, bien jouer, et tyranniser ceux qu’on n’aimait pas. Héhé, la cultivation ne nous effleurait même pas l’esprit. »
Ye Ming secoua la tête. Les créatures du chaos auraient pu dominer cette ère, mais elles avaient gaspillé leur talent !
Le tournoi était présidé par Huntian, qui n’était qu’une masse de lumière blanche, sans forme discernable. La lumière cligna, et une voix âgée retentit : « Il semble qu’un grand sage humain soit parmi nous. Les créatures du chaos vous souhaitent la bienvenue. »
Ye Ming, qui discutait avec Vieux Huang, se leva aussitôt et salua les quatre puissants : « Ye Ming de l’humanité, salue les quatre maîtres. »
« J’ai entendu parler de toi, » répondit une masse de lumière meurtrière, Wujin. « Récemment, votre humanité voulait que les créatures du chaos vous rejoignent ? »
Ye Ming ne nia pas : « Une alliance serait bénéfique à tous. Les Protoss ont volé la Roue de la Vie, et à ma connaissance, les créatures du chaos ne possèdent pas de Petite Roue de la Vie. »
Wujin demanda : « Voulez-vous que nous soyons vos maîtres ? »
Ye Ming sentit la colère monter, mais la réprima : « C’est tout le contraire. Les créatures du chaos devront respecter les règles humaines et occuper une position inférieure. Quant à devenir les maîtres, vous rêvez. »
Wujin éclata de rire : « Voilà bien longtemps que personne n’osait me parler ainsi, surtout pas un humain. »
« Et alors ? » Ye Ming haussa un sourcil. « D’ici mille ans, l’humanité anéantira les Protoss. Les créatures du chaos en sont-elles capables ? »
Wujin se tut. Vieux Huang intervint vite : « Ye Ming est notre invité. Wujin, j’ai longtemps vécu chez les humains, je sais combien ils sont puissants. Nous, créatures du chaos, devons regarder la réalité en face et choisir la voie la plus avantageuse. »
« Assez, aujourd’hui c’est le tournoi, pas de débats, » trancha Huntian. « Que le tirage commence. »
Ye Ming se rassit. Il vit des dizaines de milliers de créatures du chaos de deuxième et troisième génération s’avancer et tirer une boule de jade d’un immense chaudron de pierre. Quand Niu Potian tira la sienne, elle s’illumina et afficha un nom : Jingang. Jingang était un autre représentant de la troisième génération, qui serait donc son premier adversaire.
Le terrain était immense, permettant des milliers de combats en simultané. Ce premier tour était éliminatoire : les perdants n’avaient aucune chance d’accéder au second tour. Ye Ming et Vieux Huang se placèrent près de l’arène de Niu Potian.
Jingang, recouvert de poils noirs, était un Saint Singe primordial, d’un rang supérieur à celui des Siyi. Il frappa sa poitrine à mains nues et poussa un hurlement vers le ciel. Niu Potian, lui, arborait un sourire détendu, l’air serein.
« Hou ! »
Dans un grand cri, Jingang se jeta sur lui, misant tout sur la force brute. Niu Potian s’élança, attrapa, détourna, puis projeta son adversaire hors de l’arène d’un seul mouvement.
« Niu Potian est vainqueur, » annonça l’arbitre. Jingang, furieux, rugit encore, mais fut expulsé d’un coup de pied.
Ye Ming était satisfait : « La “Grande Technique d’Attraction” de Potian est déjà magistrale. Son adversaire était plus fort, mais il l’a vaincu en un seul coup. »
Vieux Huang : « Voilà l’état d’esprit des créatures du chaos : elles ne veulent pas cultiver, elles ne jurent que par la force, et rares sont celles qui réfléchissent à l’art du combat. »
Ainsi, Niu Potian franchit les tours éliminatoires sans difficulté, remportant chaque combat en moins de dix coups. Il attira vite l’attention de Huntian et des autres.
« Intéressant, ce petit Siyi cultive les techniques humaines, et il s’en sort bien, » fit remarquer Beiming, une silhouette auréolée de ténèbres, à l’aura insondable.
Huntian : « On sent que son énergie est déjà très puissante. Peut-être percera-t-il au royaume de l’Éternité. »
« Et alors ? Les créatures du chaos vivent presque éternellement. Tant qu’il n’y a pas de Grand Cataclysme, peu meurent, » répliqua Wujin, indifférent.
« Pas si simple, » répondit Huntian. « Ce n’est qu’au royaume de l’Éternité qu’on peut espérer fusionner avec le Dao, et ensuite viser la Genèse Céleste. Nous quatre, nous devons beaucoup à la chance. »
Après plusieurs tours, il ne restait plus qu’un millier de créatures du chaos, toutes puissantes. Désormais, ce n’était plus des éliminatoires, mais des défis : chaque participant pouvait défier qui il voulait pour gagner des points, le classement final dépendant du score.
Niu Potian balaya la foule du regard et repéra vite un jeune à l’aura sinistre : Jiudu, troisième génération du crapaud venimeux ancestral, passé maître dans l’art du poison. Dans son enfance, Niu Potian avait souvent été malmené par lui, manquant d’y laisser la vie. Maintenant qu’il avait progressé, il voulait le défier en premier.
Niu Potian s’avança d’un pas décidé : « Jiudu, je te défie ! »
Jiudu n’avait pas forme humaine, ressemblant à une boule de chair surmontée d’une tête humaine couverte de tumeurs, un spectacle effrayant. Il ricana d’une voix stridente : « Niu Potian, tu veux mourir ? »
Niu Potian répliqua froidement : « Ne fais pas le malin. Si je n’étais pas sûr de moi, je ne te défierais pas. »
Jiudu hocha la tête, sa masse sphérique avançant de deux pas : « Puisque tu veux mourir, je vais t’exaucer. »
À cet instant, Niu Potian souffla soudain une bouffée de fumée noire. Jiudu fut surpris : « Tu as brisé ma technique de poison ? »
Niu Potian le toisa avec mépris : « Tu appelles ça une technique de poison ? » Il agita la main, et une pluie de lumière multicolore enveloppa Jiudu.
Jiudu s’écria : « Quel est ce poison ? »
« C’est un Pouvoir surnaturel que m’a transmis mon Maître, la Grande Technique du Poison Suprême. Qu’en penses-tu ? » tonna Niu Potian.
Jiudu ricana, ouvrit la bouche et aspira toute la lumière colorée : « Tu es idiot ? Je suis l’ancêtre du poison, tu veux m’empoisonner ? Ridicule ! »
Fou de rage, Jiudu leva la main, et une nuée d’aiguilles noires jaillit vers Niu Potian. Celui-ci disparut soudain, réapparaissant dans son dos, et lança un coup de poing dévastateur.
« Pouf ! »
Jiudu hurla, projeté hors de l’arène, incapable de se relever.
Niu Potian examina son poing, recouvert d’une brume noire : Jiudu avait contre-attaqué en l’empoisonnant.
Jiudu, crachant du sang noir, ricana : « Niu Potian, tu as reçu mon poison ultime, tu mourras dans dix souffles ! »
Niu Potian souffla à nouveau, expulsant un rayon noir, et la brume disparut de son poing. Il lança froidement : « J’ai oublié de te dire que mon Maître m’a aussi transmis une technique de purification. Ton poison n’est pas à la hauteur ! »
Jiudu resta hébété : « Impossible ! Tu es une créature du chaos, pourquoi apprendre ces techniques humaines ? Pourquoi ne pas utiliser tes Pouvoirs innés ? »
Niu Potian l’ignora, car l’arbitre venait de proclamer : « Niu Potian est vainqueur ! »
Pendant que Ye Ming observait, il sentit soudain une présence à ses côtés. Se retournant, il vit Ye Shaobai arriver avec Susu. Il s’étonna : « Shaobai, quand es-tu arrivé ? Comment es-tu entré ? »
Ye Shaobai sourit malicieusement, désignant Niu Potian : « Je suis venu voir Frère Niu, en fait je suis arrivé avant toi, père. »
Ye Ming le foudroya du regard : « Imbécile ! Que fais-tu ici ? »
Ye Shaobai répondit : « Père, j’ai demandé à Frère Niu, ce tournoi du chaos, je peux aussi y participer. »
Ye Ming rit : « Tu veux participer ? Dommage, le tournoi a déjà commencé, inutile d’y penser. »
Mais Vieux Huang intervint : « Même si les éliminatoires sont terminés, tant que Shaobai ose défier l’un des cent premiers, il peut entrer en cours de route. »
« Non. » Ye Ming refusa net, inquiet pour la sécurité de Ye Shaobai.
« Père… » Ye Shaobai se mit à pleurnicher, s’accrochant à la jambe de Ye Ming, « Je veux juste me battre un peu ! Ma force n’est pas inférieure à celle de Frère Niu, s’il peut combattre, pourquoi pas moi ? »
Ye Ming : « Niu Potian est une créature du chaos… » Il allait ajouter tu n’en es pas une, mais se ravisa. Après tout, Shaobai n’était pas moins fort qu’eux.
À cette pensée, il changea d’avis et dit calmement : « Très bien, tu peux participer, mais tu dois m’obéir et ne rien faire sans mon accord. »
Ye Shaobai, fou de joie, acquiesça vivement : « Oui, oui, oui, j’écouterai tout ce que dira père ! »