Chapitre 138
Zhang Heng cracha deux molaires en un « pouf », son visage devint livide. Il hurla en pointant Ye Ming : « Putain ! Tu oses me frapper, tuez-le ! »
Les huit hommes crièrent en chœur et se ruèrent en un chaos désordonné vers Ye Ming. Celui-ci ricana froidement. Le plus puissant d’entre eux n’était qu’un guerrier de rang 5, à ses yeux, ils étaient à peine plus forts que des enfants.
Il posa son pied et enchaina les pas rapide, tel un nuage insaisissable flottant entre les huit assaillants. On entendit alors les cris de douleur éclater un à un. En seulement trois respirations, les huit élèves étaient tous à terre, ne pouvant que grogner, incapables de bouger.
Ye Ming s’avança jusqu’à Zhang Heng, leva le pied et écrasa sa tête, puis demanda froidement : « Qui es-tu ? »
Zhang Heng, les larmes aux yeux, n’en pouvait plus face à la puissance de son adversaire. À cet instant, il savait qu’il n’y avait aucune chance de vaincre, ni maintenant, ni jamais. Il sanglota : « Pardonne-moi, grand frère, j’ai été aveugle, je te présente toutes mes excuses ! »
À ce moment, une voix retentit.
« Ye Ming, j’arrive ! »
Il se tourna et vit Bao Bufan arriver en courant, suivi d’une dizaine d’hommes. À la vue de la scène, tous restèrent stupéfaits. Bao Bufan s’écria : « Ye Ming, tu es vraiment trop fort ! »
Ye Ming acquiesça discrètement, il semblait que Bao Bufan était un gars loyal, un autre se serait probablement enfui à la vue de Zhang Heng, qui avait clairement un puissant soutien. Il sourit et déclara : « Ces idiots ne savent pas encaisser, ils sont tombés en un rien de temps. »
Puis il pencha la tête et dit froidement : « Zhang la vipère, tu disais que tu voulais t’excuser auprès de moi ? »
Zhang Heng répondit en balbutiant : « Oui, oui, je veux m’excuser ! »
« Très bien, j’accepte tes excuses, mais comment comptes-tu montrer ta sincérité ? » demanda Ye Ming avec froideur. Dans l’Académie de Dongqi, le poing est la loi. Sa force dépassant celle des huit réunis, ils n’avaient guère le choix : soit accepter, soit risquer qu’il ne les tue tous. Quelques-uns tués, il suffisait d’enterrer les corps dans un coin discret, personne ne saurait qui était responsable.
Zhang Heng, habitué à tyranniser les autres, se montra rapidement servile et demanda aussitôt : « Grand frère, que souhaites-tu ? »
Ye Ming resta silencieux un moment, puis prit le sac de rangement de Zhang Heng et l’examina. Les objets à l’intérieur valaient environ 3 à 5 000 pièces martiales. Cela ne valait pas grand-chose à ses yeux, mais c’était un minimum pour la leçon qu’il voulait donner. Il demanda alors : « Je te donne deux choix. Premier : Je te passe un savon pour me défouler. Second : Tu me remets ce sac en guise d’excuse officielle. »
À la surprise générale, Zhang Heng afficha un sourire : « Grand frère, fais comme il te plaît. Tu peux me frapper d’abord, puis prendre le sac. »
Ye Ming fut stupéfait, se demandant si ce type avait été sonné par la gifle qu’il lui avait donnée. Les acolytes de Zhang Heng sourirent eux aussi : leur chef devenait fou, il voulait recevoir des coups puis encore donner de l’argent ?
Ye Ming plissa les yeux et fixa Zhang Heng : « Tu es vraiment d’accord ? »
« Oui, je le suis, dix mille fois d’accord. » répondit Zhang Heng d’un air baveux. « Être avec toi, grand frère, c’est un honneur ; je suis heureux d’être un serviteur fidèle. »
Ye Ming ricana : « Et depuis quand suis-je ton grand frère ? » Malgré ses mots, il retira son pied.
Zhang Heng, surpris, se releva et s’effondra à genoux devant Ye Ming, un large sourire aux lèvres : « Même si tu ne me reconnais pas comme ton serviteur, dans mon cœur, tu es mon grand frère. Je ferai tout ce que tu me demandes, sans discuter. »
Tous regardèrent Zhang Heng comme un idiot complet, se disant qu’il devait être vraiment débile.
Ye Ming ne se laissa pas duper et ricana : « Parle, dis-moi ce que tu as en tête. »
Zhang Heng rit : « Si je ne me trompe pas, en seulement trois respirations tu as mis à terre huit personnes. Une telle force dès le commencement, c’est rare, voire inédit dans l’histoire de l’Académie de Dongqi. »
Les sept autres comprirent soudain. Ils n’avaient même pas vu le visage de celui qui les terrassait, et se remémorant la scène, un frisson courut dans leur dos : cette personne est terrifiante !
Zhang Heng continua : « Je suis certain que tu deviendras exceptionnel, au point que même l’Académie de Dongqi ne pourra te retenir. »
Cela expliquait sa soumission volontaire. Ce genre d’arrangement n’était pas rare dans les académies, sectes ou clans : certains se savent incapables d’aller plus loin dans la voie martiale. Ils cherchent alors à s’accrocher à un prodige pour récolter les fruits à venir.
Un génie finira toujours par éclore, et ses partisans profiteront de la puissance de leur maître pour vivre comme ils l’entendent. Ces émules ressemblent à des lianes, ayant besoin d’un grand arbre pour s’épanouir et prospérer.
Les figures légendaires de l’Histoire ont toujours été entourées de nombreux suiveurs. Ceux-ci n’ont pas forcément une grande force, mais ils contribuent à propulser les génies vers le sommet.
Ye Ming n’avait jamais officiellement accepté de compagnons, alors voir Zhang Heng ainsi le fit hésiter. Il ne savait pas vraiment qui il était, et installer quelqu’un d’inconnu à ses côtés lui semblait imprudent.
Soudain, Beiming prit la parole : « Maître, ce type a quelque chose d’étrange en lui. Même si il dispose d'un avatar trésor, une puissante force scelle ses talents. »
Ye Ming s’interrogea : « Ah ? Avatar trésor ? À quel niveau ? »
« Probablement un avatar trésor de haut rang. » répondit Beiming. « Il semble avoir un potentiel moyen. »
Ye Ming fut impressionné. Un avatar trésor de haut rang était déjà exceptionnel, avec un potentiel assez bon en plus !
Après réflexion, il ricana volontairement : « Un looser comme toi, prétendre devenir mon serviteur ? » Puis il donna un coup de pied pour faire tomber Zhang Heng, affichant un mépris total.
Zhang Heng, arrogant et habituellement dominateur, n’avait jamais été humilié de la sorte. Son visage rougit, des larmes apparurent dans ses yeux. Néanmoins il baissa la tête et déclara d’une voix grave : « Grand frère, bien que mon potentiel soit faible, ma loyauté envers toi est sans faille. Tu peux demander à mes frères : Zhang Heng n’a pas d’autre qualité, sauf la loyauté ! »
Sept voix confirmèrent aussitôt. Mais sous le regard glacé de Ye Ming, ils se turent prestement.
Ye Ming se baissa et fixa Zhang Heng droit dans les yeux : « Donne-moi une raison pour t’accepter. Ne me sors pas ces conneries de loyauté et de fidélité. »
Hésitant un instant, Zhang Heng serra soudain les dents et répondit : « Grand frère, il y a des choses que je ne peux dire qu’à toi. »
Ye Ming hocha la tête et les autres, y compris Bao Bufan, se tenaient à distance respectueuse.
Zhang Heng jeta un œil autour de lui, puis soupira : « Grand frère, pour être honnête, même si je suis arrogant à l’Académie de Dongqi, je ne m’attaque qu’aux nouveaux sans soutien ni force. Ma destinée est limitée, car je suis né avec le méridien des cadavres. Au mieux, je ne pourrai atteindre que le rang de guerrier. »
« En vérité, mon potentiel aurait dû être meilleur. Mon père disait que sans le méridien des cadavres, je serais peut-être un génie. »
« Hélas, on ne commande pas au destin. Mais même si je me rends, cela ne signifie pas que je ne veuille pas progresser. Je sais que tu es quelqu’un d’exceptionnel, maintenant et à l’avenir. Peu importe ce que je pourrai faire pour toi après, au moins à l’Académie de Dongqi je saurai mieux soutenir ta croissance que les autres. »
Ye Ming le fit répéter à Beiming dans son esprit : « Tu dis qu’il a les méridiens du cadavres ? »
Zhang Heng soupira encore : « C’est cette foutue lignée des cadavres ! Ma vie est à jamais bloquée ! Tu sais à quel point cela me déprime ? C’est pour ça que je cherche des ennuis et tyrannise les autres. En réalité, je suis quelqu’un de gentil, mais je suis tellement frustré que j’ai besoin d’un moyen d’évacuer ma rancoeur. Et c’est ma chance de tomber sur un génie comme toi, j’espère que tu m’accepteras comme serviteur ! »
Ye Ming ricana : « Tout à l’heure tu voulais me tuer, maintenant tu me voues allégeance, quel retournement rapide ! »
Zhang Heng fit un rire forcé : « Tu vas rire de moi. Je suis violent mais je n’ai jamais tué personne, au plus j’ai cassé trois jambes. Eh… naturellement, je ne peux pas te battre. »
Ye Ming communiqua de nouveau discrètement avec Beiming, qui expliqua que les méridien du cadavre était une lignée sanguine. Dans les temps anciens, un héros légendaire nommé le Grand Empereur des Trois Cadavres avait dominé le monde. Il avait fondé la voie des cultivateurs des cadavres. Il laissa de nombreux descendants mais la plupart ne purent réveiller cette lignée.
Cependant, ceux qui l’avaient réveillée n’avaient pas de réels avantages ; bien au contraire, c’était une malédiction. En effet, le texte sacré de leur école, le “Sutra des Trois Cadavres”, était perdu depuis plusieurs centaines de milliers d’années, personne ne connaissait le moyen de progresser. Ceux qui tentaient une voie classique restaient bloqués au stade de guerrier, sans progrès possible toute leur vie.
Ye Ming déclara : « Zhang Heng fait donc partie de ces pauvres hommes. »
« Sans vous, maître, oui, il est pitoyable. Mais maintenant qu’il vous a rencontré, il pourra s'élever. » répondit Beiming.
Ye Ming fut surpris : « Pourquoi dis-tu ça ? »
« Le Patriarche Errant du Ciel était fasciné par la collecte des techniques extraordinaires, dont le ‘Sutra des Trois Cadavres’. Avec vous, maître, il pourra apprendre ces techniques par étapes. Avec son potentiel, il progressera rapidement et deviendra un atout précieux. Cependant, avant toute chose, il devra signer un contrat spirituel pour qu'il vous reste fidèle. »
Ye Ming fut très surpris, il ne s’attendait pas à ce que Beiming possède le Sutra des Trois Cadavres.
Il regarda Zhang Heng à nouveau, dont le regard suppliant était braquée vers lui et réveillait en lui une certaine compassion. Il pensa à lui-même jadis, lorsque ses méridiens avaient été détruits et qu’il était au désespoir, semblable à Zhang Heng.
Après une longue réflexion, il dit calmement : « Zhang Heng, si je te disais que posséder la lignée des cadavres n’est pas une malédiction, tu me croirais ? »
Zhang Heng resta figé, se grattant la tête : « Ce n’est pas une malédiction ? Mais je ne peux plus progresser. Mon père disait que si le ‘Sutra des Trois Cadavres’ n’avait pas été perdu, ma vie aurait été différente. Mais à quoi bon ? Il n’existe plus ! »
Ye Ming déclara : « Je peux t’enseigner le Sutra des Trois Cadavres, mais tu devras signer un contrat d’âme avec moi. Si un jour tu me trahis, je te tuerais d'une seule pensée ! »
Zhang Heng bondit comme s’il s’était fait piquer la queue, le visage rayonnant de joie, criant : « Quoi ? Grand frère, tu possèdes le Sutra des Trois Cadavres ? C’est vrai ? »