Chapitre 105
Le Dominateur Martial possédait une volonté martiale, dont la puissance spirituelle était incroyable : de sa simple volonté, le vent et les nuages se mouvaient, et contrôler l’âme d’une personne était un jeu d’enfant. Le troisième prince devint aussitôt comme une marionnette manipulée à distance. Obéissant docilement, il sortit de sa bague de stockage le sceau du commandement militaire, le sceau royal, ainsi qu’une clé en or ornée de motifs complexes.
Cette clé n’était manifestement pas ordinaire, son motif finement agencé fonctionnait comme un code. Sans cette clé, même un Dominateur Martial ne pouvait pas ouvrir la solide porte du trésor royal, à moins d’être un Maître Suprême… Mais ces derniers, généralement chefs d’ordres ou maîtres de sectes, ne risqueraient jamais de perdre la face en venant piller le petit royaume de Yan.
Yan Hao saisit ces trois objets et remit le sceau de commandement militaire à Ye Ming : « Grand frère Ye, je suis trop jeune pour m'occuper des affaires militaires. Yan n’est pas encore une province, je suis toujours roi de Yan, mais à partir de maintenant, je t’investis du titre de Grand Maréchal, commandant de toute l’armée de Yan. Tu peux commander tous les soldats et la cavalerie de l'état de Yan. »
Ye Ming sourit, s’inclina : « Compris, Votre Majesté ! »
Le regard vif, Yan Hao balaya la salle du regard, puis demanda sèchement aux conseillers civiles et militaires : « Fonctionnaires civils et militaires, avez-vous quelque chose à dire ? »
« Longue vie à notre souverain ! Mille fois longue vie ! » Les conseillers acclamaient, leurs expressions mêlaient crainte et calcul. Face à la réalité, ils mirent de côté le troisième prince et reconnurent de nouveau Yan Hao comme leur souverain.
Yan Hao prit place sur le trône, puis déclara avec fermeté : « Dans quelques jours, notre état sera rétrogradé en province du marquisat de Dongqi. J'espère que vous pourrez coopérer pour préparer cette transition. Après la transformation en province, je serai le gouverneur et vous allez continuer à me servir, il n'y aura pas d'impact sur le pouvoir sauf pour le changement de titre. »
En effet, la charge du gouverneur provincial conférait un grand pouvoir, incluant la liberté de nommer ou révoquer les fonctionnaires locaux. Généralement, les provinces jouissaient d’une large autonomie, versant seulement des impôts annuels et appliquant les lois impériales.
Les conseillers furent soulagés, le passage du royaume de Yan à la province de Yan signifiaient peu de différences pour eux, tant qu’ils pouvaient conserver leurs fonctions. Tous jurèrent un soutien total. Yan Hao fit rédiger un décret officiel diffusé dans tout le royaume, informant le peuple de la prochaine annexion sous la dynastie Dragon Azur.
Ye Ming, désormais Grand Maréchal, convoqua rapidement les sept généraux les plus influents afin de s’enquérir de la situation militaire. Ces derniers détenaient le vrai pouvoir, mais ne sous-estimaient pas Ye Ming — après tout, ils savaient par le sort du troisième prince que défier un Dominateur Martial était futile.
À travers ses investigations, Ye Ming constata que la force armée de Yan était désorganisée, composée de l'armée Yuanlin, l’armée Feng, le bataillon Shenji, la garde royale, l’armée de l’ouest et celle de l’est, totalisant plus de 800 000 soldats. La majorité étaient de simples combattants, 10% d’entre eux étaient des guerriers, tandis que le nombre de Maîtres Martiaux se limitait à moins d’un millier.
La future province de Yan n’aurait guère besoin de faire la guerre, personne n’osant attaquer la dynastie Dragon Azur. Ye Ming décida donc de conserver la structure militaire actuelle, tout en répartissant les troupes dans les différentes villes et cantons pour maintenir la paix et l’ordre civil. Cette proposition fut laissée à l’appréciation des fonctionnaires locaux.
Jeune mais décidée, Yan Hao réussit à régler la plupart des affaires ce matin-là. Il laissa les fonctionnaires gérer la suite et prit son mal en patience pour attendre les résultats.
Après la séance, Yan Hao conduisit Ye Ming au trésor royal, sans escorte, en privé. Voyant l’absence de témoins, il dit à voix basse : « Grand frère Ye, tant que j'ai encore du pouvoir, viens avez moi au trésor public et prends ce que tu veux. »
Ye Ming sourit intérieurement, trouvant le jeune homme à la fois consciencieux et malin. Il savait que l’annexion rimerait avec un inventaire minutieux ; l’accès facile au trésor serait un luxe bientôt disparu. L’accord de Yan Hao pour lui laisser emporter certaines choses était une faveur délicate ; il ne resterait pas avare si des besoins surviennent plus tard.
« Très bien, je vais regarder. »
L’entrée du trésor était bloquée par une porte de fer d’un mètre d’épaisseur, commandée par un mécanisme complexe ne s’ouvrant qu’avec une clé. Yan Hao inséra la clé en or, tourna doucement, et un bruit métallique résonna tandis que la porte s’écartait lentement, dévoilant un passage sinueux.
Ils pénétrèrent dans le passage, derrière eux la porte se referma automatiquement et se verrouilla, nécessitant la clé pour pouvoir ressortir.
Le couloir tournait, débouchant sur une large salle bordée d’arcades. Derrière chaque arcade se trouvait un entrepôt où divers objets précieux étaient soigneusement classés. Devant chaque entrepôt reposait un registre, signalant les contenus et les mouvements d’objets. Certains entrepôts contenaient des herbes médicinales, d’autres des pierres spirituelles, ou encore des techniques martiales, distribuées avec rigueur.
On devinait que les générations royales de Yan avaient consacré beaucoup d’efforts à l’organisation de ces trésors.
Devant tant de richesses, Yan Hao souffla : « Toutes ces richesses étaient sensées me revenir de droit, mais tout va bientôt être la possession de l'état de Dongqi. »
« On perd quelque chose pour en gagner autre chose, » répondit Ye Ming calmement. « Sans l’annexion de Dongqi, tu serais encore en fuite. »
Yan Hao hocha la tête, sur le point de répondre, quand Ye Ming s’arrêta devant un entrepôt particulier. Il s’avérait que Beiming scrutait l’intérieur avec son âme martiale, cherchant des trésors intéressants.
« Maître, qui aurait cru que ce coin reculé de Yan contiendrait deux ouvrages antiques, les « Inscriptions du Ciel » et les « Runes de Cadre ». »
« Selon les souvenirs de Ji Tianpeng, l'auteur des Inscriptions du Ciel est inconnu et le livre existe depuis bien avant la dynastie des 5 éléments, en théorie il devait être conçu par un maître des inscriptions. Il était perdu, je ne m'attendais pas à ce qu'il soit ici.» expliqua Beiming, surprise.
« Pour les runes de Cadre, il est encore plus ancien et est écrit en texte antique, qui est inconnu de la génération actuelle. Maître, si vous comprenez ces 2 ouvrages en profondeur, vous pourrez accomplir de grandes techniques de déploiement de formation.» continua Beiming.
« Comment des choses si intéressantes ont pu être laissées ainsi comme si c'était des déchets ? » s'étonna Ye Ming.
Ye Ming pénétra alors dans l’entrepôt et en tira ces deux imposants ouvrages, pour les ranger dans sa bague de stockage.
Yan Hao fit la moue : « Grand frère Ye, ces livres sont précieux, mais personne à Yan ne sait les lire. Pourquoi les prendre ? »
« Pour les collectionner. » Ye Ming sourit. « J’aime conserver des livres rares. »
Yan Hao fut sincèrement admiratif ; en ce temps où la plupart préféraient le combat, ceux qui consacraient du temps à la lecture étaient des érudits respectés.
Beiming choisit ensuite pour Ye Ming trois autres objets : un pinceau émoussé, un métal d’une légèreté comparable à une plume, et un manuel martial nommé « Technique d'affinage du Ming Jin ». Le pinceau et le métal demeuraient mystérieux, mais Beiming affirma que le manuel aiderait Ye Ming à travailler finement son énergie martiale, utile pour son entraînement futur.
C’est ainsi que Ye Ming quitta l’entrepôt. Bien que le trésor contenait aussi des pièces et des talismans, Ye Ming évita de les prendre afin que Yan Hao puisse rendre compte à Dongqi sans soupçons.
Yan Hao ouvrit la porte de fer avec sa clé. Au moment où la porte s’ouvrait, cinq silhouettes surgirent comme l’éclair ; deux foncèrent vers Ye Ming et Yan Hao, leur aura martiale éclatante, prêts à tuer.
« Fshu ! » Ye Ming attrapa Yan Hao, se scindant en trois illusions et s’échappa du trésor.
Les attaquants, stupéfaits par la rapidité de Ye Ming, revinrent à la charge. Ye Ming, implacable, prit aussitôt une formation de combat Yin Yang mineure, l’activant pour emprisonner les cinq assaillants sous un dôme létal.
La lourde porte se referma automatiquement. Chen Yuanliang, alerté par le cri de Ye Ming, accourut. Jetant un œil à la formation, il acquiesça, puis demanda à Yan Hao : « Gouverneur, vous allez bien ? »
Yan Hao répondit calmement : « Cela ne fait rien. Ces gens voulaient voler ma clé afin de piller le trésor. Chen je compte sur toi pour les interroger. »
« Bien reçu ! »
Chen Yuanliang fit un geste, et les cinq assassins furent projetés hors de la formation. Sans utiliser de méthodes spéciales, ils tombèrent au sol en hurlant, visiblement soumis à une douleur atroce.
Ye Ming ne s’attarda pas à leur interrogatoire et emmena Yan Hao dans le bureau impérial. Zhong Shenxiu et d’autres membres du Soleil Rouge y étaient déjà réunis. À son arrivée, il remarqua plusieurs visages inconnus et lança un regard interrogateur à Fu Biao, près de la porte.
Fu Biao transmit mentalement : « Les maîtres des sectes Vent Foudroyant et Violet Virtuel sont venus. Ils négocient avec le chef à propos de la fusion avec la secte du Soleil Rouge. »
Ye Ming demanda : « Ils ont renoncé à leur nom de secte ? »
Fu Biao répondit : « Simple changement de nom. Pour survivre, ils n'auront pas le choix. »
Fei Zhengyi, d’une voix forte et furieuse, déclara : « Zhong Shenxiu, on est censé être de vieux amis… Tu ne crois pas que la secte du Soleil Rouge va trop loin à profiter de nous d'une telle manière ? »
Zhong Shenxiu ricana : « Profiter de vous ? Tu ne disposes que de 2 choix. Si tu ne veux pas te joindre à la secte du Soleil Rouge, tu n'as qu'à aller chez la secte Tianyi, et on verra si vous vous faites manger tout crus par la secte du Soleil Levant qui est dérrière elle ! »
Fei Zhengyi resta bouche bée, sachant très bien que si le Soleil Rouge n'arrachait qu'un petit morceau de sa secte, la secte du Soleil Levant serait bien plus vorace, ne laissant rien du passer glorieux de sa secte.
Zhong Shenxiu ajouta : « Il n’y a que deux places, la secte du Soleil Levant est le plus puissant, impossible de l’en priver. Le siège légitime a été donné à Tianyi, en réalité il revient au Soleil Levant. »
Une voix profonde s’éleva : « Ce dernier siège ne devrait pas être gardé par le Soleil Rouge non plus. » Dit un homme d’âge mûr vêtu d’une armure, entouré d’une aura pourpre. C'était Lin Qiong, le maître de la secte du Vent Foudroyant, un Grand Maître Martial réputé.
Face à Lin Qiong, Zhong Shenxiu dut sérieusement prendre la mesure. Le Vent Foudroyant était la secte la plus petite des 7, avec moins d’un dixième des disciples par rapport au Soleil Rouge. Pourtant la technique interne du Vent Foudroyant, le « Zixu Gong », était une technique d'entrainement physique incroyable, qui leur conférait une force exceptionnelle au combat. Le chef de secte Lin Qiong avait maitrisé cet art, lui permettant de s'élever au rang de Grand Maître Martial, devenant quasiment l'égal d'un Gourou Martial, au point d’intimider la secte du Soleil Levant.