Chapitre 136
À l’extérieur de la pièce de méditation, la Fée Yuerou forma un sceau magique.
Son Sens spirituel se déploya depuis son centre, comme des rides à la surface de l’eau. Puis, peu à peu, il s’insinua dans le réseau qui protégeait la porte de la pièce, le pénétrant en silence toujours plus profondément.
Bientôt, elle aperçut Wang Ping à l’intérieur.
Assis en tailleur, il semblait en pleine cultivation. De temps à autre, des gouttes de sueur roulaient sur ses tempes. Ce spectacle arracha à la Fée Yuerou un ricanement méprisant.
Quel imbécile borné.
Qui s’obstine encore à cultiver par les méthodes classiques ?
Après avoir découvert de ses propres yeux les subtilités des Voleurs de vie, il devrait comprendre que, dans la Secte immortelle, suivre les règles à la lettre mène droit dans une impasse ! À quoi bon cultiver quand on n’a même pas de raccourci ?
J’ai gâché ces derniers jours pour rien, grommela la Fée Yuerou en elle-même.
Elle mobilisa discrètement son Sens spirituel et fit passer l’épingle à cheveux qu’elle tenait à travers le réseau de protection, la dirigeant droit vers le point entre les sourcils de Wang Ping.
Cette épingle était un artefact magique qu’elle avait raffiné au prix de nombreux efforts : le Clou rassembleur d’esprits. Spécialisé dans les attaques contre la mer de conscience des cultivateurs, il pouvait être lancé et rappelé à volonté. Sa vitesse dépassait les limites de perception du Sens spirituel, ce qui ne lui laissait aucune chance de rater sa cible. La Fée Yuerou cultivait la voie des tribulations depuis quelque temps déjà, et elle devait en grande partie sa survie à cet artefact magique.
Après tout, dans un Combat magique, les trésors magiques passent toujours en premier, et les Techniques divines en second.
Même si ta cultivation laisse à désirer, un artefact magique supérieur te permet de vaincre plus fort que toi. Et si tu possèdes aussi de puissantes Techniques divines, tu n’as pas d’égal parmi tes pairs.
Sinon, l’Institut des Armes divines n’oserait pas prétendre être le numéro un de la Secte immortelle.
« Meurs ! »
La Fée Yuerou forma un sceau et pointa le doigt, insufflant tout son Sens spirituel dans le Clou rassembleur d’esprits. Elle le lança sur Wang Ping. Une lumière éclatante et ardente jaillit un instant, puis disparut.
FLAC !
L’instant d’après, le sang gicla. Wang Ping, toujours assis en méditation, ne réagit pas quand sa mer de conscience fut transpercée. Ses yeux se voilèrent et toute trace de vie le quitta.
Tout s’était déroulé à la perfection, exactement comme la Fée Yuerou l’avait prévu. Sans plus accorder d’attention au cadavre de Wang Ping, elle rappela rapidement son Clou rassembleur d’esprits et son Sens spirituel. Puis elle se mit à disperser des talismans de feu véritable, prête à détruire le corps et à effacer ses traces en réduisant toute la demeure troglodytique en cendres.
« Un instant plus tard. »
BOUM !
Dans un rugissement assourdissant, la demeure troglodytique fut engloutie par des flammes déchaînées. La Fée Yuerou se tenait à distance. Après s’être assurée que tout était en ordre, elle monta sur sa Lueur de fuite et s’éloigna.
Elle arriva bientôt au pied d’un pic montagneux, là où les nuages rejoignaient le ciel.
« Ça s’est passé étonnamment facilement. »
Alors que sa Lueur de fuite se dissipait, la Fée Yuerou s’étonna quelque peu. « C’est si calme… Il n’y a aucune patrouille de la Secte immortelle pour contrôler les cultivateurs indépendants qui passent. »
Le doute effleura l’esprit de la Fée Yuerou, mais elle trouva vite une explication. Ce doit être parce qu’ils s’apprêtent à allumer le Four des Huit Trigrammes pour raffiner des trésors, se dit-elle. Un disciple de l’Héritage véritable a donné un ordre, et la plupart des autres disciples sont partis pour l’Institut des Armes divines. Forcément, il ne reste personne pour patrouiller.
Mais ça tombe à merveille.
Plus il y aura de monde autour du Four des Huit Trigrammes, plus il sera facile de mettre mon plan à exécution. Si cette affaire réussit, j’aurai vraiment une chance de franchir ma tribulation humaine !
« On dirait que tu es de bonne humeur. »
Une voix familière retentit à son oreille. La Fée Yuerou se retourna, le joli visage légèrement empourpré. « Vous devez me trouver amusante, grand frère martial. Yuerou ne faisait que penser tout haut. »
Elle vit un beau jeune homme.
En le regardant, elle se remémora aussitôt ce qu’elle savait de lui. Grand frère martial Guo, un disciple de la secte extérieure du Pic Jile. J’aimerais bien faire une cultivation en duo avec lui…
Non, non, oublie ça. Comment pourrais-je supporter son Pouvoir magique ? On dit qu’il a déjà divorcé quatorze fois, alors que je n’ai réussi que trois fois. Je suis bien trop faible en cultivation en duo. Si on s’y mettait vraiment, il me cultiverait jusqu’à me dessécher et je serais bonne à rien pour le restant de mes jours.
La Fée Yuerou chassa vite ces pensées importunes et répondit avec respect :
« Grand frère martial, Pingjiangzi n’a pas accepté. Yuerou n’a eu d’autre choix que de faire le ménage. J’ai bien peur qu’il nous faille trouver un autre cultivateur indépendant de la Maison Luohun. »
« Vraiment ? »
Le beau jeune homme hocha la tête. Sa réponse fut exactement celle que la Fée Yuerou avait imaginée. « Yuerou, voudrais-tu tenter une fois la cultivation en duo avec moi ? »
« Ne t’inquiète pas, je ne te viderai pas de ton énergie. »
En entendant ces mots, la Fée Yuerou fut submergée par cette faveur inattendue. Son visage prit malgré elle une expression pleine d’impatience… puis une lumière éclatante jaillit entre eux.
FLAC !
Le Clou rassembleur d’esprits fila comme un éclair, trop rapide pour que le Sens spirituel puisse le suivre. Le beau jeune homme n’eut pas le temps de réagir : l’arme le transperça de part en part.
Au même instant, la Fée Yuerou, qui affichait quelques secondes plus tôt une joie radieuse, avait effacé toute émotion de son visage. Une expression sinistre s’y dessinait à présent. « Ce n’était qu’une illusion. Est-ce l’Embranchement des rêves ou la Prière du cauchemar ? Pingjiangzi… Je n’aurais jamais cru t’avoir sous-estimé à ce point. Tu maîtrises donc la Respiration circulaire ? »
La Fée Yuerou réagit avec une rapidité extrême.
Elle avait déjà maîtrisé la Pensée communicante et le Corps véritable sans fuite, et pourtant Wang Ping avait réussi à la tromper par la magie. La seule explication était que sa cultivation dépassait la sienne.
Cependant, si elle avait pu détecter le royaume illusoire et s’en libérer, c’était que son niveau n’était pas beaucoup plus élevé. À tout le moins, il n’avait probablement pas encore condensé de Pouvoir magique.
Alors, il ne peut s’agir que de la Respiration circulaire.
C’était le sommet du Premier stade de la traversée des tribulations. À ce stade, il suffisait de condenser son Pouvoir magique pour franchir entièrement la tribulation humaine et être officiellement admis dans la Secte immortelle comme disciple de la secte extérieure.
Parmi les cultivateurs indépendants, ceux qui atteignaient ce niveau et possédaient quelques ressources pouvaient même devenir maîtres d’une Terre bénie. D’autres cultivateurs indépendants travaillaient alors pour eux et leur fournissaient des ressources pour avancer sur la Voie immortelle. Les maîtres de lieux bénis comme la Maison Luohun et la Crête de Yangyuan étaient de tels cultivateurs indépendants.
Mais la Fée Yuerou restait complètement perplexe.
« Avec une cultivation pareille, comment as-tu pu finir dans cet état ? Ou bien… tu n’es pas Pingjiangzi ? Serais-tu l’un de ces moines chauves qui se sont faufilés depuis le Royaume de Brahma ? »