Chapitre 262
« Maintenant, la voix », dis-je.
Les oreilles du renard se dressèrent si vite que je les entendis fendre l'air. « Oh ! Oh ! Laisse-moi faire ! »
Je clignai des yeux. « Quoi ? »
« La voix... Tu fabriques une alarme, n'est-ce pas ? Laisse-moi être la voix. » Elle gonfla le torse, sa fourrure argentée se hérissant d'importance. « Je suis un Renard Lunaire. J'ai de la dignité, j'ai de la prestance. J'ai... »
« Tu as une tendance à mâchouiller mes affaires. »
Elle m'ignora. « Je peux dire quelque chose de grandiose qui frappera de terreur le cœur des démons et inspirera du courage à celui de tes alliés. Quelque chose comme... »
« Sale cabot ? »
Elle se dégonfla. « C'était une seule fois, et je venais de naître. N'oublie pas que c'était la voix de ta sœur. Je ne faisais que... goûter. »
Je soupirai. « Cette alarme n'est pas faite pour me réveiller », je poussai le chevalier mort-vivant du pied, « C'est à ça que sert celui-ci. Elle est là pour me rappeler qu'il y a encore une raison de continuer. J'ai besoin qu'elle évoque la maison. »
Les yeux bleus du renard s'adoucirent. Elle s'approcha et pressa son museau contre ma main.
« Je peux évoquer la maison », dit-elle doucement. « Je peux être la maison... pour toi. »
Je la regardai et je vis une petite créature argentée qui m'avait suivi à travers la mort et les ténèbres, depuis l'instant de sa naissance, et qui n'avait jamais rien demandé en retour.
« Très bien », dis-je, la voix un peu rauque. « Tu seras la voix. »
Ses queues s'agitèrent si vite qu'elles devinrent un flou. « Vraiment ?! »
« Vraiment. Mais il faut que ce soit utile ; tu es parfois un peu trop espiègle. Pas de bruit aléatoire ou de blagues bizarres. »
Elle s'assit et pencha la tête, réfléchissant. Ses oreilles frémirent, et je pouvais presque entendre les rouages tourner dans son esprit.
« J'ai trouvé », dit-elle. « Je dirai : "Elric. Réveille-toi, le plus grand Renard Lunaire du monde a faim." »
Je la fixai. « Ce n'est pas utile, et je suis sûr que c'est même faux. Tu n'as pas faim. »
« Peut-être que si. Peut-être que je suis juste très douée pour le cacher. »
« Ton estomac n'existe même pas. J'ai vu à l'intérieur de toi. »
« Tu n'as pas... attends, tu as vu à l'intérieur de moi ?! »
« J'ai le lien. Je vois à l'intérieur de tout. »
Le poil du renard se hérissa. « C'est profondément intrusif. »
« Bienvenue dans le lien. Tu regardes dans mon esprit, et je regarde dans ton corps. »
Elle souffla, puis retourna à ses pensées, ses yeux s'illuminant quand elle comprit sans doute que j'avais menti sur le fait de regarder dans son corps. Puis elle se souvint de la tâche en cours, et sa queue retomba de façon spectaculaire, portrait craché de la dignité blessée.
« Très bien », dit-elle. « Que dirais-tu de : "Elric. Réveille-toi. Le plus beau des Renards Lunaires s'ennuie." »
« Je ne savais pas que c'était possible, mais c'est encore pire. »
Le renard se hérissa : « Elric. Réveille-toi. Le plus stupéfiant des Renards Lunaires pense à te mordre. »
« Ce n'est pas un réveil, tout le monde conviendrait avec moi que c'est une menace. »
« Elric. Réveille-toi, le Grand et Terrible Renard Lunaire, Mangeur de Foudre, Tueur de... » elle s'arrêta là, se rappelant qu'elle n'avait, en fait, tué personne justifiant un tel titre, se tut, puis ajouta : « On peut travailler le titre. »
Je commençais à en avoir assez de son narcissisme et je la coupai : « Dis juste "réveille-toi". C'est simple et direct. Il ne doit y avoir aucune menace ni aucune autre idiotie ; "réveille-toi" suffit. »
Le renard parut profondément déçu. « C'est tellement ennuyeux. »
« C'est fonctionnel. »
« Fonctionnellement ennuyeux. »
Je soupirai à nouveau. « Si tu veux, tu peux ajouter quelque chose à la fin. Que ce soit pour toi, pour que tu fasses partie de ma maison. »
Ses oreilles se dressèrent. « Quelque chose comme : "Réveille-toi, sale cabot" ? »
« N'ose même pas. »
« Trop tard. J'y pense déjà. Ça habite mon esprit. C'est... »
« Tu... tu... » je bafouillai de colère, et le maudit renard eut un sourire en coin ; je réalisai qu'elle me tenait.
« Très bien », dit-elle. « Je vais retirer toutes les auto-félicitations ; c'est de ta faute si tu ne m'as pas donné de nom plus tôt, Elric, si ce n'est pas assez clair. Oh, eh bien, je dirai... "réveille-toi, le renard est là". »
Je fis une pause ; ce n'était pas forcément ce que je voulais, mais cela ferait l'affaire. De toute façon, si je meurs, je recommencerai tout depuis le début, et il y aura toujours une chance de créer quelque chose de nouveau.
« Le renard est là », répétai-je.
« C'est joli », dit-elle. « C'est vrai. Et ça me donne l'impression d'être importante. »
Je tendis la main et touchai sa tête, frottant la fourrure douce entre ses oreilles. Elle s'appuya contre moi, les yeux mi-clos de contentement.
« C'est parfait », dis-je.
Je me tournai vers l'orbe. Je gravai l'inscription finale, celle de la voix, et tins l'orbe près du renard, lui disant de chuchoter dedans, ce qu'elle fit. L'orbe pulsa une fois, deux fois, puis s'immobilisa.
« Teste-le », dit le renard, vibrant.
« Doucement. »
« Teste-le. »
« Très bien », dis-je. « Testons-le. »
Je tapotai l'orbe du doigt, déclenchant l'inscription, m'attendant à la voix douce du renard qui ressemblait à celle de ma sœur, mais ce qui en émergea fut un coup de tonnerre qui fit trembler les cuves et envoya le chevalier mort glisser sur le sol.
« RÉVEILLE-TOI, ELRIC. LE RENARD EST LÀ. ET ELLE EST TRÈS, TRÈS ÉNERVÉE. »
La voix du renard fut amplifiée par une centaine d'inscriptions de lien jusqu'à ce qu'elle frappe le plafond voûté à deux cents mètres au-dessus et redescende en écho, déclenchant à son tour l'écho suivant, et tout l'endroit résonna comme l'intérieur d'une cloche frappée.
Le renard poussa un cri et disparut dans mon col. Je lâchai l'orbe, et bien que n'ayant gravé aucune inscription d'air dessus, il flottait toujours, maintenu par mon Anima et la voix tonitruante du renard qu'il répercutait.
Je fixai l'orbe, ses inscriptions brillant d'une intensité qui, je le pensais, pourrait alimenter une petite maison.
« ...Oups », dis-je.
Les queues du renard étaient si gonflées qu'elles ressemblaient à un nuage argenté.
« Oups ?! » cria-t-elle. « C'était magnifique ! »
« Magnifique ? C'était assez fort pour réveiller les morts. Ce qui, je devrais le souligner, est un problème, car les morts sont déjà réveillés ici. »
Comme pour répondre, je sentis une vague de froid me submerger, et je compris que l'attention du Souverain venait de se porter sur moi.
« Nous devons partir », dis-je.
Le renard attrapa l'orbe dans sa gueule et sauta sur mon épaule. « Je garde ça », dit-elle, sa voix étouffée par le métal.