Chapitre 117
Ce qui était à la fois fascinant et terrifiant dans le fait de se déplacer à une telle vitesse, c'est que l'on pouvait voir l'horreur absolue que l'on infligeait à son ennemi, alors même que son esprit était incapable de suivre nos actions. Le démon fixait toujours ma position précédente, et je me demandais s'il me voyait encore là alors que j'étais déjà à ses côtés.
La tête du bâton, désormais en forme de poing après avoir assimilé le Cristal de focalisation, transperça la membrane chitineuse qui protégeait la chambre vide du démon. Au moment où j'enfonçai mon bâton dans son corps, je déchaînai une Cascade de Foudre couplée à un Surge, injectant toute l'Anima possible dans cette compétence via le point d'entrée.
La Cascade se ramifia dans les organes internes du Sorcier, trouvant chaque canal de fils jaunes, chaque jonction de membrane, chaque conducteur dans son corps.
La chambre vide du Sorcier, ce creuset au centre de son thorax qui aurait dû être le moteur de sa magie, surchauffa et éclata.
Il restait trois secondes de Foudre Incarnée, et je réalisais tout juste que concentrer autant de puissance près de l'Essence de Flamme était le meilleur moyen de provoquer une explosion capable de me réduire en atomes.
Cela aurait été une façon bien embarrassante de mourir.
Sous ma forme de foudre, je sentis le cristal rouge au cœur de son crâne commencer à vibrer. Ses quatre yeux perdirent toute cohérence et roulèrent dans des directions opposées.
La bouche du Sorcier était ouverte, émettant des syllabes démoniaques qui ressemblaient presque à un nom.
Deux secondes.
Le Sorcier mourut.
Une seconde.
Je me matérialisai.
∞
Mon corps, qui n'était que foudre, se réassembla à l'endroit de l'impact. Ma main agrippait le bâton dont la moitié supérieure était enfoncée dans la poitrine du Sorcier.
Le corps du Sorcier était droit, mais il n'y avait plus aucune vie en lui.
L'étrangeté de retrouver mon corps charnel fut la partie la plus déconcertante de toute cette séquence.
J'avais été davantage, et maintenant, j'étais moins. Revenir à un seul corps, une seule position, une seule paire d'yeux après avoir été une sphère de tension électrique distribuée, donnait l'impression d'être enfermé dans une boîte.
Ma peau me semblait étroite, mes sens atrophiés. Je fus, brièvement, claustrophobe dans ma propre peau.
Je frissonnai, mais la sensation passa. La Foudre Incarnée était puissante, mais comme pour l'Avatar du Vide, cette compétence avait clairement des effets secondaires.
Mon corps ne subit aucun dommage, ce qui était une bonne chose puisque j'avais suivi les directives de la compétence, mais il y avait aussi un coût mental.
Cependant, avec la nature de la boucle et ma façon de gérer ma progression, je n'allais pas respecter cette règle de prudence. Chaque compétence serait poussée au-delà de ses limites jusqu'à ce que je sois brisé. Ce n'est qu'ainsi que je pourrais croître à des vitesses qui rendraient ma mort digne d'intérêt.
J'eus une illumination et je basculai rapidement vers mon état de vide, juste avant qu'un cri d'âme ne déchire le corps mort du démon.
Je titubai, mon cerveau comme lacéré par des lames, et je manquai de tomber à genoux.
J'étais vaguement conscient qu'autour de moi, sur des milliers de mètres, des démons Khaaz s'effondraient, leurs âmes brûlées par le cri agonisant du Sorcier.
Pendant trois minutes, je restai pétrifié, avec pour seule présence la conscience silencieuse de l'Avatar du Vide dans mon esprit.
Après un moment, la sensation s'estompa et je m'agenouillai à côté du démon, qui ne s'était pas totalement effondré, maintenu par mon bâton toujours planté dans sa poitrine.
Je me penchai vers le démon et murmurai sur un ton décontracté : « Tu aurais dû commencer par la construction d'ombre, ou mieux encore, rester dans les airs. Je ne peux pas voler... pour l'instant. »
Je fis pivoter le bâton et le retirai. La construction d'ombre aux côtés du démon, à moitié invoquée, s'effondra en un cube sombre qui rebondit deux fois sur l'herbe calcinée.
Je jetai un coup d'œil au visage du démon : il était figé dans la surprise. Je l'avais tué si rapidement que je n'étais même pas sûr qu'il ait réalisé sa propre mort.
Ce bâtard était mort trop vite.
« Bah, j'ai brûlé des mondes », fis-je en imitant le ton du démon, tout en crachant sur le côté, « Mais un gamin de seize ans t'a tué avant que tu puisses cligner des yeux. »
[Deuxième Porte de la Terre — Condition de déverrouillage remplie]
Je m'agenouillai près du cadavre et regardai mes mains ; elles tremblaient. J'ignorais si c'était l'adrénaline, les séquelles de la Foudre Incarnée, ou simplement le fait que je venais de tuer la chose qui hantait mes cauchemars depuis quinze boucles.
M'abstenant de déverrouiller la deuxième Porte de la Terre, car je ne voulais aucun facteur inconnu susceptible de déstabiliser ce que j'étais sur le point d'entreprendre, je commençai à rassembler les matériaux nécessaires à l'amélioration de Cor Telluris.
Il était difficile d'extraire le cristal rouge du crâne du démon sans une griffe de démon Khaazim, mais j'y parvins en injectant prudemment la puissance de la foudre dans le front du démon pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce que la tête explose sous la pression interne.
Saisissant le cristal démoniaque, je rapprochai le noyau d'ombre et les lambeaux d'essence de flamme que je pouvais récolter avec mon bâton contre ma poitrine.
Je sentis le noyau en moi pivoter, attirant les matériaux dans ma poitrine ; ils brûlèrent ma peau et mes muscles pour venir se loger dans mon cœur.
Une sueur froide perla sur mon front sous l'effet de la douleur. Bien que je fusse conscient, au fond de moi, que je pouvais supprimer cette souffrance en basculant dans mon état de vide, je ne le fis pas. Cette douleur était importante ; cette peur et la joie que je ressentais dans cette victoire étaient importantes.
C'est ainsi qu'Elric Voss se tenait debout.