Chapitre 65
Il s'arrêta soudain et fixa Finn avec un sourire tremblant, murmurant doucement : « Et si je ne te le disais pas... ? Que feras-tu ? Que peux-tu faire maintenant, hein ?!! »
Finn maîtrisa son expression et prit des inspirations mesurées, tentant de calmer sa colère bouillonnante. C'était exactement ce que ce fou cherchait. Nathaniel prenait sans aucun doute un plaisir immense à le provoquer. Mais Finn savait au fond de lui qu'il s'agissait aussi d'une stratégie pour le pousser à agir de manière irrationnelle et à commettre une erreur.
Finn ferma les yeux une seconde ou deux, relâchant son souffle. Lorsqu'il les rouvrit, son regard s'était apaisé. Les railleries sortant de la bouche de Nathaniel s'estompèrent lentement en arrière-plan. Ses gesticulations excessives et ses mimiques extrêmes devinrent un spectacle — un spectacle que Finn regardait avec détachement, comme s'il était diffusé en sourdine.
Il pouvait voir l'excitation de Nathaniel, tant sur son visage qu'en bas de son corps. C'était flagrant. Cet homme était un animal, de part en part. Mais Finn ne laissa pas cela affecter son esprit.
Syf n'est pas une option pour le moment. Et pour utiliser toute la puissance du Babouin au Poing Cramoisi, je dois me laisser aller et m'immerger totalement dans son incarnation, ce qui affecte ma psyché...
Je ne peux pas vaincre ce type en me laissant aller. Et je ne peux pas non plus y arriver avec un effort à moitié mesuré.
Qu'est-ce qu'il me reste ? Les masses d'âmes dormantes ?
Non. Pas maintenant. Même si elles s'ouvrent à moi, je n'ai pas le temps d'apprivoiser leur chaos à un niveau raisonnable. Je finirai avec une dette d'âme terrible parce qu'elles peuvent sentir ma précipitation.
Il me faut autre chose.
L'esprit de Finn se tourna vers l'« intuition » qui le guidait habituellement dans les moments cruciaux. Il savait désormais que ce n'était pas quelque chose de simple. En fait, au vu de son interaction avec Nathaniel et de la magie non conventionnelle qu'il déployait, Finn avait commencé à soupçonner que son « intuition » ressemblait peut-être à celle de Nathaniel.
Une magie non conventionnelle qui le guidait précisément vers les points faibles cruciaux lors de situations mortelles.
Eh bien, c'était une situation mortelle...
Ou l'était-ce vraiment ?
Plus tôt, Finn avait déduit que Nathaniel ne le tuerait pas. Et d'après leur combat jusqu'ici, cela semblait être le cas, bien que Finn ne puisse plus en être sûr maintenant que l'homme s'était révélé aussi dérangé.
Je vais tenter le coup, de toute façon...
Finn stabilisa sa respiration et fixa son regard sur Nathaniel, qui divaguait encore en ricanant.
Mais avant qu'il ne puisse essayer quoi que ce soit, l'expression de Nathaniel changea brusquement. « Tu as dix ans de retard pour essayer ça contre moi ! » hurla-t-il comme s'il sentait le changement chez Finn, et soudain, Finn ressentit une onde de danger intense dans son dos.
Il se projeta sur le côté sans réfléchir et, en plein vol, il jeta un coup d'œil à ce qui l'avait attaqué.
Il fut immédiatement frappé d'horreur.
Une créature que Finn ne pouvait décrire que comme un cauchemar vivant se tenait là où il se trouvait un instant plus tôt. Elle était humanoïde, extrêmement grande et dégingandée, avec une fourrure noire spectrale qui hérissait son corps comme celui d'une bête malade.
Ses mains pendaient près du sol, terminées par des griffes courtes, ce qui indiquait qu'elles ne servaient pas à tuer. Et Finn savait une chose à propos des bêtes magiques, et des bêtes en général : si elles étaient déficientes dans un domaine, elles compensaient généralement dans un autre.
Ce qui signifiait que la créature devait posséder une mâchoire ou des crocs redoutables. Mais Finn ne pouvait même pas le dire. La créature spectrale se tenait si haut que sa tête et le haut de son corps restaient invisibles. Son corps traversait le plafond comme celui d'un spectre.
C'est quoi ce bordel, cette abomination ?!
Finn n'était pas une encyclopédie des bêtes magiques, mais il savait pertinemment qu'aucune créature de ce genre n'existait dans les registres qu'il avait consultés.
Mais ces pensées furent rapidement balayées alors que la créature se tournait vers lui après avoir manqué son coup.
Elle ne lui laissa aucun répit. Il venait à peine de se remettre sur pied après son atterrissage qu'elle chargea, avec une vitesse qui ne correspondait pas à sa taille.
Finn incarna immédiatement le Babouin au Poing Cramoisi, rugissant en frappant devant lui pour contrer le long balayage de la créature.
Lourd !
Ses yeux s'écarquillèrent et il serra les dents face à l'immense force du choc, glissant vers l'arrière sur quelques pas avant de s'arrêter en titubant.
La créature se rua de nouveau sur lui. Cette fois, elle leva la jambe pour l'écraser. Mais Finn roula rapidement sur le côté, esquivant de justesse.
Dans le feu de l'action, du coin de l'œil, il remarqua que Nathaniel n'était plus là où il se tenait auparavant.
Où est-il ?! La pensée eut à peine le temps de se former qu'un coup dévastateur le percuta par derrière, lui coupant le souffle.
« TU M'AS OUBLIÉ ?!! » hurla Nathaniel à son oreille.
Finn grogna, voulant désespérément riposter, mais la créature spectrale était déjà sur lui en un clin d'œil, délivrant un coup de pied bas et balayant.
Merde !
Finn réalisa qu'il était trop tard. Il ne pouvait pas esquiver à temps, alors il projeta un poing pour contrer le coup. Mais cela manquait de la puissance nécessaire pour parer.
Dans un bruit écœurant d'os qui se brisent, le coup porta, et Finn fut projeté en arrière comme une navette rejetée, traversant la baie vitrée panoramique pour basculer dans l'air glacial du soir, à cent étages au-dessus du sol.
« VOLE ! VOLE ! VOLE POUR MOI OU MEURS, PETIT !! » hurla Nathaniel en extase.
La voix semblait lointaine pour Finn, encore sous le choc de l'impact. Du sang jaillissait de ses orifices et il était certain que les os de son bras étaient gravement fracturés.
Mais malgré la douleur, il se mordit la langue pour forcer son esprit à la clarté. Ce n'était pas le moment de vaciller. Il tombait littéralement vers la mort. Incarnation du Babouin au Poing Cramoisi ou non, une chute de cent étages n'était pas quelque chose à laquelle il pouvait survivre !
Immédiatement, Finn plongea dans son âme, pressant impitoyablement les masses d'âmes dormantes qui résidaient en lui.
Vol !
Il insista, envoyant son intention aux masses d'âmes. Il lui fallait une masse d'âme capable de voler !
Dans son état actuel, ses intentions n'étaient pas communiquées sous forme de mots, mais de pensée pure, faisant circuler l'information presque instantanément.
On peut donc imaginer sa fureur lorsque, après une seconde, les masses d'âmes restèrent dans leur état dormant, sourdes à sa lutte désespérée.
Une seconde entière de sa chute fut gaspillée par leur inertie !
Espèces de connards inutiles ! Qui diable vous a foutues là, de toute façon ?! Je n'ai jamais demandé à vous avoir ! Alors si vous voulez continuer à rester dans mon âme, vous feriez mieux de payer vos dettes !! hurla Finn avec folie.
Il n'allait pas mourir ici pour rien. Surtout pas aux mains d'un détraqué comme Nathaniel.
Il pouvait sentir Syf réagir à son appel, tentant de se frayer un chemin hors de son ombre. Mais c'était inutile. L'effet de la magie de Nathaniel l'empêchait toujours de se matérialiser complètement. Alors Finn se concentra sur les squatteuses.
Les secondes semblaient s'étirer tandis que le sol se rapprochait. Durant ce laps de temps, il bombarda les masses d'âmes dormantes des centaines de fois, affaiblissant leur indifférence rigide avec sa force spirituelle.
Lentement, là où elles s'accrochaient à son âme, il commença à percevoir des traces d'elles. Des données spirituelles vagues et périphériques sur leur nature filtrèrent alors qu'il les pressait sans relâche.
À partir de ces « données » périphériques, son âme traita et interpréta leur nature floue en quelque chose qu'il pouvait comprendre. Et très rapidement, il déchiffra qu'il y avait un total de six masses d'âmes capables de voler parmi les dix-neuf.
Immédiatement, il relâcha sa concentration sur les treize autres et focalisa son exigence sur les six qui pouvaient voler.
L'injonction ciblée fonctionna, les forçant à s'ouvrir presque instantanément. Mais Finn n'était pas préparé au barrage intense qui suivit.
De la cupidité ! Oh... quelle cupidité pure et intense !
Finn manqua de perdre la raison face à l'ouverture des vannes de leurs volontés primales. Les six masses d'âmes bombardèrent son esprit avec leur cupidité pure et sans mélange, avides de consommer son âme.
Elles s'agitaient et s'enroulaient comme une mer turbulente, remplissant incessamment son esprit de leur désir effréné, comme si elles se battaient entre elles pour qu'il les choisisse spécifiquement.
Elles sentent que je suis pressé...