Chapitre 168
« Tu es une incarnation », dit Solarius, et sa voix se fit soudain respectueuse. « Aucun simple mortel béni ne pourrait me blesser ainsi. »
Il se redressa.
« Je te reconnais. »
Soudain, trois autres Solarius apparurent, prenant Finn en tenaille sous différents angles.
Des illusions ? Des images rémanentes ? Une multiplication divine ?
Les quatre se ruèrent immédiatement en avant, se déplaçant à l'unisson et faisant tournoyer leurs épées dans une coordination parfaite.
Finn activa [Saut de trame] pour esquiver rapidement, mais l'un des quatre Solarius anticipa la direction, attendant avec sa lame prête là où il avait prédit que Finn apparaîtrait.
Finn sentit le tranchant mordre son épaule alors qu'il se matérialisait, découpant la simple tunique qu'il portait. Le sang jaillit instantanément de la plaie.
Il se mordit les lèvres pour étouffer un cri, s'éloignant grâce à d'autres sauts de trame. La douleur de la blessure apporta une clarté soudaine à ses pensées tandis qu'il se déplaçait.
Ces versions de Solarius n'étaient absolument pas des illusions, ni même des versions inférieures de l'original. Il les avait inconsciemment prises pour des copies, mais elles étaient identiques à l'original : tout aussi rusées, tout aussi rapides et tout aussi puissantes.
Cela signifiait que vaincre le Champion venait de devenir bien plus difficile.
Il n'était qu'un homme face à quatre champions divins d'une puissance égale.
Il devait faire quelque chose pour rétablir l'équilibre, et vite. Il lui fallait un sort à plus large zone d'effet. Quelque chose capable d'affecter tout le champ de bataille.
Ses yeux brillèrent d'un vert féroce à travers les fentes de son masque.
[Entrée corrompue]
Une onde d'Erreur se propagea, invisible mais tangible pour tout ce qui tentait de traiter des informations sur la position de Finn, sa trajectoire, son prochain mouvement. De fausses données inondèrent l'espace autour de lui.
Il bougeait vers la gauche. Non, vers la droite. Non, il restait immobile. Non, il était déjà derrière le champion et ses clones.
Les quatre Solarius hésitèrent une fraction de seconde, submergés par le flot d'informations contradictoires qui brouillait leur perception.
Finn profita de ce moment pour créer de la distance, utilisant un saut de trame pour atteindre le bord de la place, le souffle court.
Ça ne fonctionnait pas.
Il réagissait et survivait, mais il ne gagnait pas. Solarius le testait, apprenait ses capacités, et Finn pouvait sentir le fossé qui les séparait. L'autorité divine face au pouvoir transcendant. Le Champion possédait une richesse d'expérience. Bien plus que la maigre expérience de Finn, ses astuces et son désespoir.
Ce n'était pas suffisant.
Réfléchis, Finn. Analyse. Il doit y avoir quelque chose...
Son attention se reporta brusquement sur Solarius.
Le champion se fondit à nouveau en une seule forme, levant sa main libre, et le soleil du matin répondit à son appel.
La lumière s'accumula dans sa paume, se condensant, se compressant en quelque chose qu'il était douloureux de regarder directement. Le même sort qui avait dévasté le temple, mais en plus petit. Concentré. Destiné à une cible unique.
« Tu te bats bien », dit Solarius, presque doucement. « Avec plus de créativité que la plupart des incarnations que j'ai affrontées. Mais tu es jeune. Inabouti. Ton dieu est absent, et jusqu'ici, tu n'as utilisé aucun grand sort divin. »
La lumière solaire compressée devint plus brillante, plus terrible.
« J'ai perdu patience. Tu vas mourir maintenant. Mais je serai miséricordieux et j'abrégerai tes souffrances. »
Il libéra le sort.
L'esprit de Finn passa en revue les options dans la fraction de seconde qu'il fallut à la radiance divine pour traverser la distance.
[Invalide] ? Non, c'était trop puissant et contenait trop de certitude. La logique du sort était soutenue par une autorité divine qui ne faillirait pas simplement.
[Saut de trame] ? Peut-être, mais Solarius avait déjà compris la faiblesse du [Saut de trame], il anticiperait la destination.
[Entrée corrompue] ? Inutile. Le sort n'avait pas besoin de le traquer, il suffisait qu'il frappe la zone générale pour que tout soit défait. La puissance qu'il contenait garantissait ce résultat.
Il n'y avait aucune bonne option.
Aucune astuce intelligente qui pourrait...
Finn le sentit alors. Un frémissement. Au plus profond de lui, là où l'essence divine volée gisait en sommeil.
Elle résonnait depuis le début du combat, pulsant au rythme de chaque échange, répondant à l'autorité divine de Solarius comme un écho.
Mais malgré cette résonance, elle restait inerte, non activée, et essentiellement inutilisable.
Le sort de Solarius était à un mètre.
À soixante centimètres.
Pas le temps d'analyser !
Finn plongea désespérément en lui-même, saisissant cette essence divine, tentant de la forcer à s'activer par la seule force de sa volonté...
Rien ne se passa.
Le sort le toucha ?
Non.
Quelque chose vacilla au dernier instant. Le concept de Deacon, la Vérité, s'imposa soudain entre Finn et la radiance divine. Pas comme un bouclier, exactement, mais comme une clarification. La vérité — Sa vérité — selon laquelle Finn n'était pas là où le sort pensait qu'il était, que la réalité laissait place à l'interprétation, que peut-être cette attaque avait déjà manqué sa cible...
La radiance divine contourna Finn d'un cheveu, assez près pour qu'il sente sa peau cloquer sous la chaleur, assez près pour que les bords de son masque commencent à se consumer.
Mais elle manqua sa cible.
Finn trébucha en arrière, haletant de soulagement face à ce coup de chance.
Il avait failli mourir en essayant de forcer son essence divine.
Sans Deacon, il aurait été réduit en cendres.
Le porteur de la Vérité avait masqué sa propre présence totalement, faisant croire à l'Honoré que tous les ajustements subtils de la réalité provenaient de Finn seul. Mais Deacon était là, caché, soutenant Finn au-delà de la simple interprétation d'intention qu'il diffusait dans la zone.
Il l'aidait aussi en tissant la vérité avec soin aux moments cruciaux pour rendre les sorts d'Erreur de Finn plus efficaces.
Et à l'instant, il avait aidé à rediriger la focalisation du sort de Solarius, sauvant la vie de Finn.
Mais Solarius se déplaçait déjà à nouveau, ne laissant pas à Finn le temps de récupérer. L'épée de lumière du Champion balaya l'air vers le cou de Finn dans un coup d'exécution.
[Saut de trame].
[Invalide] sur l'enchaînement.
[Entrée corrompue] pour créer la confusion.
Mais ce n'était qu'une manœuvre de retardement. Finn était repoussé, submergé, et il pouvait voir l'irritation poindre dans les yeux en éclipse de Solarius. Le Champion avait pratiquement fini de l'analyser et voulait en finir ici et maintenant.
L'essence divine en Finn pulsa à nouveau.
Plus fort cette fois. Insistante.
Finn sentit qu'elle essayait de s'activer, de répondre à son désespoir, mais c'était comme essayer d'allumer quelque chose qui n'avait pas d'interrupteur.
Pourquoi ?
Il esquiva une autre attaque, utilisa un saut de trame pour éviter une suite, en évita de justesse une autre qui apparut là où il s'apprêtait à se déplacer.
Pourquoi ça ne marche pas ?
Un autre échange. Un autre coup manqué de peu. L'épaule de Finn saignait abondamment maintenant, et l'épuisement commençait à se faire sentir. La magie d'Erreur était éprouvante, et il se poussait à bout depuis le début du combat.
Solarius avançait sans relâche, son autorité divine rendant chaque coup plus certain, plus inévitable.
Réfléchis, bon sang ! Il doit y avoir un moyen d'activer cette essence divine— !
Et soudain, le déclic.
Alors que l'essence divine vibrait et tentait de répondre à sa volonté, il comprit pourquoi elle ne s'activait pas à l'étape finale. Pourquoi elle ne fonctionnait pas, peu importe ses efforts.
C'était parce qu'elle n'était pas à lui.
Il y avait une dissonance qui empêchait la connexion finale. Un conflit de reconnaissance. La divinité contenait toujours l'essence de Garuda. Elle portait toujours l'identité de son propriétaire original.
Finn avait volé la divinité, mais il ne l'avait pas revendiquée. Il ne l'avait pas faite sienne.
Je dois l'accorder... Réécrire sa nature fondamentale.
Mais comment ? Il ne connaissait pas les mécanismes du pouvoir divin, et il ne comprenait pas comment les dieux façonnaient leur essence—
La lame de Solarius siffla vers lui avec une vitesse aveuglante, et cette fois, aucune astuce ne lui était accessible.
L'épée mordit profondément dans le bras gauche levé de Finn, tranchant le muscle et raclant l'os.
Finn rugit.
Pas de douleur, bien qu'elle fût manifestement présente. Mais de frustration. De la réalisation qu'il était sur le point d'échouer. Sur le point de mourir. Que son pari avait échoué.
Cette tentative de jouer au divin. De forger un chemin et d'apprendre à utiliser sa divinité dans le feu de l'action parce qu'il n'y avait personne pour le guider.
Non.
Je ne mourrai pas.
Je refuse de mourir !
Il sentit une trace d'Ordre et de Gloire, ainsi que les concepts des autres Transcendants, commencer à s'élever.
Thalia et les autres étaient sur le point de se révéler et de venir à son secours.
Mais il ne voulait pas d'eux.
Une réalisation l'avait frappé. À propos de la divinité. À propos de ce qui faisait vraiment des dieux, des Dieux.
Étaient-ils vraiment des Dieux si leurs chemins étaient tracés clairement devant eux ? S'ils apprenaient quelles étapes suivre et lesquelles éviter ? S'il y avait un professeur pour les guider sur la voie de la divinité ?
Non !
Le chemin du divin se forgeait par la croyance. Par l'identité. Par la volonté.
Et oui, bien que la Foi fût le moteur, Finn avait perdu de vue qui était censé être le premier fidèle...
Le dieu lui-même. Celui qui foulait le chemin du divin.
Quelque chose bascula dans l'esprit de Finn.
Tout commence par la croyance et finit par la croyance.
Si la divinité ne veut pas répondre à « Finn », alors je ne serai pas Finn.
Je ne suis pas Finn Slade. Je ne suis pas Arros.
Je suis l'Hérétique Errant.
Celui qui vole les dieux. Celui qui marche dans les fissures entre l'ordre et le chaos. Celui dont l'Erreur atteint le divin et prend ce qu'elle veut.
C'est qui je suis. C'est ce que je suis.
La certitude de cette pensée l'inonda. Pas comme une performance, cette fois. Pas du théâtre. Pas un simple titre non plus...
C'était l'acceptation d'une vérité fondamentale sur lui-même, celle autour de laquelle il dansait depuis le moment où il avait volé l'essence de Garuda.
Il était un voleur. Un hérétique. Une force errante qui n'appartenait à aucun panthéon, aucune théologie, aucune hiérarchie divine structurée.
Et pour la première fois... Il se délecta de la certitude de cette vérité. Il s'immergea totalement dans cette identité. Il força le monde à reconnaître la vérité que cette identité était divine...
Et l'essence divine en lui ressentit ce basculement.