Chapitre 4
Chapitre 3 Devons-nous nous marier ? (1)
traduction : iseuli
édition : anonymous(main) + lili
Au départ, elle n'avait pas l'intention d'écouter aux portes. Elle l'avait simplement suivi avec empressement dans la même direction jusqu'à ce qu'il s'arrête.
« Comment diable vais-je entamer cette conversation ? »
Son esprit semblait coincé dans un trou noir tandis qu'elle imaginait un avenir sombre. Elle avait négligé de se préparer à ce moment, trop occupée à essayer désespérément de le rencontrer en personne. Pourtant, ses pieds s'étaient déjà mis en marche vers lui. Lorsqu'elle l'aperçut, Lucia ralentit le pas et hésita. C'est à cet instant précis qu'elle perdit sa chance au profit d'une autre femme.
Elle était déjà bien trop proche pour faire demi-tour. Craignant d'être découverte, elle s'accroupit derrière une haute touffe d'herbe. Elle ne voulait pas écouter leur conversation, mais la proximité était telle qu'elle ne pouvait faire autrement.
« Lady Lawrence... ? Est-ce... Sofia Lawrence... ? »
Sofia était célèbre dans le rêve de Lucia. Lucia n'entretenait aucun lien d'amitié avec elle, mais elle l'avait croisée à quelques reprises. La haute société comptait de nombreuses beautés, mais Sofia en était le summum. Si l'on devait utiliser une comparaison avec la chaîne alimentaire naturelle, elle se situerait parmi les superprédateurs.
« Sofia Lawrence... était son ex-maîtresse ? »
Lucia savait déjà qu'il avait eu de nombreuses conquêtes. Pire encore, il changeait de partenaire fréquemment et sans hésitation. Chacune de ses conquêtes avait une poitrine aussi généreuse que des pastèques, une taille de guêpe et un visage glamour. Si l'on devait leur trouver un trait commun, c'était qu'elles étaient toutes de ravissantes idiotes. Toutes ces femmes se ressemblaient tellement que Lucia en avait déduit qu'il s'agissait là de ses préférences personnelles.
Mais Sofia Lawrence était différente. Sofia ressemblait à un bouquet de lys blancs. Elle possédait une beauté majestueuse qui se distinguait, même au milieu d'autres beautés. Son père, un baron, accordait une grande importance à l'éducation de ses enfants, et elle était connue pour être une jeune demoiselle raffinée et modeste.
« Elle n'a rien de modeste. C'est une louve déguisée. »
Un marquis était tombé amoureux de sa beauté et Sofia était déjà mariée à l'époque où Lucia fréquentait activement les bals de la haute société. Le marquis était veuf, mais en tant que fille de baron, c'était un mariage convenable. Dans un avenir lointain, Sofia mourrait en mettant au monde un enfant mort-né. Lucia se sentit étrange, pour une raison qu'elle ignorait.
« Elle s'accroche à lui si désespérément. »
Sofia, cette jeune demoiselle glamour, avait mis de côté toute sa fierté pour le supplier. En écoutant ses paroles, Lucia ressentit une profonde pitié.
« Il n'est pas le seul homme sur cette terre, vous savez ? » aurait voulu lui dire Lucia. Mais si Sofia insistait sur le fait qu'il n'existait qu'un seul « Hugo Taran » en ce monde, Lucia ne pourrait rien y faire et devrait garder le silence.
Lucia n'aurait jamais imaginé pouvoir assister à son style de drague en plein jour. Et pour couronner le tout, au pire moment possible.
« Haa... mais quand même. Penser qu'il serait un homme capable de menacer de mort une ex-maîtresse... »
Si Lucia avait été à la place de Sofia, elle se serait évanouie sur-le-champ.
« Cela dépasse vraiment... tout ce que j'avais imaginé... »
Lucia savait beaucoup de choses sur cet homme, mais il ne s'agissait que de rumeurs glanées ici et là. Elle ne connaissait pas personnellement Hugo Taran. Dans son rêve, elle ne l'avait salué qu'une seule fois. Elle l'avait toujours observé de loin. Elle s'était fait une image de lui en le regardant entouré de monde lors des bals, mais tout cela venait de voler en éclats. Il était bien plus cruel qu'elle ne l'avait prédit et, surtout, il ne ressentait aucune sympathie.
« Un mariage sous contrat... ? Et s'il se mettait en colère contre moi pour avoir proposé une chose aussi absurde ? »
S'il se mettait en colère, la tuerait-il, elle aussi ?
« Que faire ? Que faire ? Que faire ? »
Alors que Lucia s'inquiétait à en mourir, il mit gracieusement fin à ses agissements.
« Sortez de là. Il est temps d'arrêter d'écouter aux portes comme un chat chapardeur. »
Lucia était morte de peur. Elle retint son souffle un court instant, mais il l'avait bel et bien débusquée. Décidant qu'il était trop tard pour reculer, elle se leva de sa position accroupie. Comme prévu, il regardait droit dans sa direction.
« Je... je suis désolée, Votre Grâce. Je n'avais pas l'intention d'écouter... »
« N'êtes-vous pas un peu loin pour une discussion ? »
Lucia traversa les hautes herbes d'un pas hésitant et s'arrêta à quelques pas de lui.
« Encore une fois... je suis vraiment désolée. Je n'avais absolument pas l'intention d'écouter votre conversation. Ce n'était pas mon intention et je n'en dirai pas un mot à personne. Je vous le promets. »
« C'est entendu. Qu'avez-vous à me dire ? »
« ...Hein ? »
« Vous me suivez depuis quelques jours parce que vous avez quelque chose à me dire. »
Il voulait découvrir le but de cette femme pour pouvoir rentrer chez lui au plus vite. Son humeur, un instant divertie, s'était évaporée.
« Oh mon Dieu. »
Vous saviez depuis le début ? Vous saviez que je vous traquais depuis tout ce temps ? Lucia était sous le choc, non, embarrassée. Elle ne savait plus ce qu'elle ressentait, sentant ses yeux se révulser. Une sueur froide perla dans son dos.
Hugo sentit son humeur s'améliorer en la voyant se figer comme une statue de cire. Elle dégageait une impression différente de près par rapport à ce qu'il avait perçu de loin. Sa voix calme avait un ton apaisant et ses expressions étaient très animées. Il semblait que son allure un peu molle de tout à l'heure était due à la fatigue accumulée. Elle n'était pas une beauté, mais comment dire ?
« Mignonne. »
Elle ressemblait à un petit herbivore. Quelque chose comme un écureuil ou un lapin ? Il n'avait jamais regardé un écureuil ou un lapin en se disant que c'était mignon. Ils ne valaient même pas la peine d'être chassés. Pourtant, il était un homme qui acceptait généreusement ses propres contradictions.
« Votre objectif. Ne me faites pas répéter. »
« Alors... c'est comme ça. Un contrat... Je voulais proposer un contrat. »
« Un contrat ? »
Hugo fut un peu déçu. C'était plus ennuyeux qu'il ne l'avait espéré.
« Oui. Un contrat. Un contrat pour changer de vie. »
Ma vie, ajouta Lucia dans ses pensées.
« Un contrat pour changer de vie, dites-vous ? »
Cela semblait intéressant. Il murmura un « hmmm » pour lui-même.
« Ne seriez-vous pas en retard pour les présentations ? »
« Ah, oui. Vous avez tout à fait raison. Mais comme je vous l'ai dit, c'est un contrat très important... »
Lucia réfléchit de toutes ses forces à la meilleure façon de transmettre ce message. Je veux échapper à ma situation actuelle. Quant aux problèmes futurs, je les gérerai au fur et à mesure.
« Ce n'est pas l'endroit approprié pour aborder un tel sujet. Qui je suis, le contenu du contrat, tout cela. »
Elle semblait suspecte, mais il décida d'accéder à sa requête. Selon ses sens, personne ne rôdait dans les environs. Cependant, si les informations qu'elle devait transmettre étaient sensibles, il ne serait pas inutile de prendre des précautions supplémentaires.
Tant qu'il s'agissait d'un contrat qui lui apportait des avantages, il était toujours ouvert à la discussion.
« Où voulez-vous que nous allions ? »
« Serait-il possible d'en parler à votre manoir ? »
Il marqua une pause pour réfléchir.
« C'est d'accord. Quand ? »
« Je vous contacterai prochainement. »
Jusqu'à présent, il avait toujours été le maître du contrat. Il avait toujours eu le dessus, et il en resterait ainsi à l'avenir. Il ne s'embarrassait pas de contrats qui pourraient l'entraver. C'était elle qui demandait un contrat, il devrait donc avoir l'avantage. Mais elle s'était comportée comme si c'était l'inverse. Il n'y avait que deux possibilités : soit elle était ignorante et ne connaissait pas la peur, soit elle essayait de l'escroquer.
« Vous me demandez d'attendre un message dont la date est inconnue ? »
Une rivière de sueur froide commença à couler dans le dos de Lucia. Cependant, elle se donna une contenance digne et courageuse.
« Vous devriez pouvoir supporter cela. C'est un contrat qui change une vie, après tout. »
Il fixa Lucia avec amusement. Depuis sa naissance, personne ne s'était comporté de manière aussi insensée. Impossible de juger son caractère à son apparence, mais elle n'avait pas l'air assez effrontée pour tenter de l'escroquer. Cependant, la façon dont elle le défiait du regard, les yeux écarquillés, essayant de feindre l'ignorance face à sa propre peur, avait éveillé son intérêt.
« J'espère que vos paroles sont à la hauteur de vos actes. Je ne suis pas quelqu'un de très hospitalier. »
Lucia se corrigea intérieurement : il n'avait probablement jamais eu de « moment » où il avait été hospitalier avec quiconque. C'était un homme dont la devise était de menacer les autres. Il se pouvait qu'elle ait fait fausse route en jugeant le duc de Taran dans son ensemble. Mais elle avait compris une chose : cet homme n'était pas un gentleman.
« ...Oui. Je garderai ce fait à l'esprit. »
***
Lucia avait besoin de quelqu'un pour la conseiller. Elle voulait réfléchir à tout cela minutieusement avec une autre personne. La seule personne en qui elle pouvait avoir confiance pour la conseiller était Norman. Norman était plus âgée que Lucia ; bien que Lucia ait vécu plus d'années si l'on comptait celles de son rêve. Norman avait écrit de nombreux romans en s'inspirant des épreuves et des expériences de sa vie. Elle pourrait l'aider.
Elle ne pouvait pas tout confier à Norman. Norman pensait que Lucia était une servante du palais.
« En fait, je suis une princesse. J'envisage de conclure un mariage sous contrat avec le duc de Taran. Penses-tu que je puisse réussir ? » Il n'y avait aucun moyen qu'elle puisse dire de telles choses.
« Norman, je dois faire un choix important dans ma vie. » Lucia voulait formuler cela de manière abstraite.
« Deux chemins s'offrent à moi. Si je ne fais rien, je finirai par emprunter le chemin de gauche. Je sais ce qui m'arrivera sur cette route. Je finirai par beaucoup souffrir et je mènerai une vie difficile. Cependant, je peux essayer d'emprunter le chemin de droite. Je n'ai aucune idée si cette tentative réussira ou non. Même si je réussis, je ne sais pas quel genre de route c'est. La route de droite peut mener à une vie meilleure, mais en même temps, il y a une chance que je finisse dans un endroit pire que l'enfer. Norman, quel chemin prendrais-tu ? »
« Si c'était moi, je tenterais ma chance avec le chemin de droite. »
« ...Tu n'as même pas eu besoin d'y réfléchir. »
« N'as-tu pas dit que tu savais ce qui t'arriverait si tu prenais le chemin de gauche ? Pire encore, ce sera une vie de misère. Dans un tel cas, il faut tenter sa chance. Même si la route de droite mène au pire, ce sera une décision que j'aurai prise moi-même et je n'aurai aucun regret. »
« Des regrets... »
« Et si tu savais tout de ton avenir, ne serait-ce pas ennuyeux ? La vie n'est amusante que lorsque tu ne sais pas ce qui va arriver. Même si l'on se sent seul aujourd'hui, qu'en sera-t-il de demain ? Les gens ne peuvent avancer qu'avec cet espoir dans le cœur. »
« Wow, Norman. Tu as l'air d'une sage. »
« Puhaha. "Sage", n'importe quoi ! Je suis quelqu'un qui vit sans même savoir ce que le mot "demain" signifie. La vie est un pari. Tu n'as qu'une seule chance. Il n'y a aucun moyen de gagner quoi que ce soit sans prendre quelques risques. »
Comme le disait Norman, c'était un pari. Un pari où sa vie était en jeu. Si elle réussissait ce pari et devenait la femme du duc, sa vie changerait complètement. Même si elle ne se mariait que pour finir par divorcer, elle aurait la garantie d'une compensation de base pour vivre. Son rêve de vivre dans une petite maison à deux étages n'était plus un rêve si lointain. La vie qu'elle avait vécue dans ses rêves avait été terrible. Elle voulait vivre une vie insouciante et paisible.
« Oui. Allons-y. On n'a qu'une seule vie. »
Avant que son courage ne s'évapore, elle quitta la maison de Norman et se dirigea vers le manoir du duc de Taran. Elle pouvait arrêter n'importe qui dans la rue pour demander son chemin et on saurait lui indiquer la direction. Tout se passait bien jusqu'à présent. Lorsqu'elle se retrouva face aux imposantes grilles en acier du manoir, elle ne put plus respirer. Tout le courage qu'elle avait accumulé se ratatina comme un petit pois.
« Pourquoi n'y a-t-il personne ici ? »
Il n'y avait pas un seul soldat pour garder le manoir du duc.
« Mes efforts ont-ils été vains ? »
Si un garde royal l'avait interrogée en lui demandant « qui êtes-vous ? », elle aurait dû s'enfuir, pourtant elle ressentit un étrange vide en ne voyant personne. Elle poussa la grille pour évacuer sa frustration, mais celle-ci s'ouvrit assez facilement.
« Oh mon Dieu... elle s'est ouverte. »
Elle jeta plusieurs coups d'œil à l'intérieur et hésita avant de pénétrer prudemment dans le domaine. Elle supposait que, s'agissant du manoir du duc, quelqu'un la repérerait dès qu'elle se serait introduite. Malheureusement, elle eut beau marcher longtemps, elle ne put apercevoir l'ombre de personne.
« Pourquoi cet endroit est-il si mal gardé ? Suis-je bien arrivée au manoir du duc ? »
« Qui êtes-vous ? »
Un homme apparut soudain devant Lucia qui rôdait autour du manoir. Lucia eut un sursaut de surprise, tout en pressant ses mains contre sa poitrine pour se calmer. L'homme n'eut pas l'air de s'excuser d'avoir effrayé la jeune fille. Au contraire, il s'approcha et commença à l'inspecter de près.
« Vous n'avez pas l'air d'une employée d'ici, que faites-vous là ? »
Il se pavanait avec un ton grossier. L'homme aux cheveux roux portait une armure imposante gravée d'un lion noir. Lucia resta droite.
« Êtes-vous l'un des chevaliers du duc ? »
L'homme fut amusé, « qu'est-ce que c'est que ça ? » marmonna-t-il en balayant Lucia du regard.
« Je le suis, et alors ? »
« Sa Grâce est-elle présente chez elle ? »
« Je me demande. Pourquoi cherchez-vous Sa Grâce ? »
« Je m'excuse de m'introduire ainsi, mais serait-il possible de transmettre à Sa Grâce que j'ai un message pour lui ? Je demande une audience avec le duc de Taran. »
« Alors, qui êtes-vous ? »
« Je... j'ai un message important pour Sa Grâce. Il voudra bien me rencontrer si vous lui dites que je suis la personne qui a proposé un contrat lors du bal de la Victoire. »
« Je m'en fiche. Je vous demande qui vous êtes. Je ne peux pas vous inviter dans le manoir de notre Seigneur alors que je ne connais même pas votre nom. Vous n'avez pas l'air d'une noble. Êtes-vous une marchande ? »
Lucia sentit ses oreilles brûler. Dans son état actuel, il serait difficile d'insister sur le fait qu'elle était une noble, et encore moins une princesse. Même s'il réagissait violemment, elle n'aurait rien à lui répondre. Elle regretta de ne pas avoir prétendu être une messagère pour transmettre un mot. Mais il était bien trop tard pour les regrets.
« Bien que je sois habillée ainsi et que je semble insignifiante, je suis une noble. »
L'homme se figea et fixa Lucia pendant un moment. Soudain, il se retourna.
« Suivez-moi. »
***
BANG BANG, il frappa du poing contre la porte. Sans attendre de réponse, il l'ouvrit, « j'entre ». L'homme aux cheveux roux passa la tête dans le bureau intérieur, où un homme aux sombres cheveux noirs était assis derrière un large bureau. Le duc jeta un coup d'œil à l'homme qui entrait avec arrogance dans la pièce. L'instant d'après, il lisait des documents tout en apposant sa signature.
« Où est Jerome ? »
Si son majordome droit avait été témoin des manières brutales de ce type, il n'aurait pas regardé en silence.
« Il a dû partir pour s'occuper d'une affaire urgente. Il m'en a donné la raison, mais j'ai oublié de quoi il s'agissait. »
Cela devait être une tâche assez urgente. Sinon, Jerome ne serait pas parti en laissant ce type seul aux commandes.
Il n'avait probablement pas besoin de s'absenter longtemps, alors il avait décidé de ne pas déranger le duc pour cette affaire.
« Je n'ai pas de temps à perdre avec toi. Va jouer ailleurs. »
« ...Pff. Tu me traites toujours comme un gamin immature. »
Tu n'es même pas beaucoup plus vieux que moi, marmonna l'homme aux cheveux roux dans sa barbe.
« Si tu étais un gamin immature, je t'aurais donné une leçon depuis longtemps. »
« Wow, après m'avoir tant battu lors de nos séances d'entraînement, comment peux-tu être aussi impudent avec ces mots ? »
« Je l'ai fait parce que je trouvais que tu étais mignon. »
« Ah, merde... ! »
Il souffla de ressentiment. Hugo était amusé ; souriant légèrement, il reprit ensuite son expression froide habituelle. La seule personne à qui Hugo montrait des émotions était ce gamin.
« Tu as une invitée. »
« Je n'ai rien de prévu pour aujourd'hui. »
Il y avait une file interminable de personnes attendant de le rencontrer. Si Hugo acceptait de rencontrer tout le monde, il ne pourrait jamais dormir.
La majorité était respectueuse et envoyait des lettres demandant formellement une audience. Cependant, il y avait aussi une poignée de personnes qui s'introduisaient par la force. Elles ignoraient les avertissements des gardes et forçaient le passage. Elles s'installaient sans vergogne dans le salon et prétendaient avoir déjà obtenu la permission puisqu'elles étaient déjà chez lui.
Finalement, c'était trop de problèmes et Hugo s'était débarrassé des gardes. S'ils franchissaient la grille, il les dénonçait pour intrusion et effraction. Pour ces nobles, il pointait des épées sous leur gorge. Lorsque l'épée entaillait la peau, une quantité massive de sang coulait. Après un tel spectacle, personne n'osait plus s'introduire dans son manoir. Mais en même temps, il devint tristement célèbre comme un duc maléfique.
« C'est une invitée très amusante. Pourquoi ne pas jeter un coup d'œil ? »
« Est-ce que je la connais ? »
« Non. Bien qu'elle semble être une roturière minable, elle prétend être une noble. » L'homme aux cheveux roux ricana.
« En plus de ça, ses vêtements sont nuls et elle n'a pas de serviteurs. Pourtant, elle dégage un air super confiant. N'est-elle pas amusante ? Je meurs d'envie de savoir pourquoi elle doit rencontrer le duc. »
Les yeux de Roy, l'homme aux cheveux roux, brillaient tandis qu'Hugo claquait de la langue. Un type effronté qui avait interrompu son travail juste pour satisfaire sa propre curiosité. Si son majordome, Jerome, avait été là, il aurait bondi de colère. Roy savait que Jerome le réprimanderait et le critiquerait pendant au moins deux heures ; pourtant, son amusement immédiat était plus important.
Roy n'arrêtait pas de dire à quel point il s'ennuyait. S'il refusait, Roy l'ennuierait jusqu'à la fin des temps. Juste à ce moment-là, Hugo s'était senti fatigué par les documents interminables qui devaient être examinés. Ce serait une bonne idée de faire une courte pause.
« Y avait-il d'autres messages ? »
« Quoi... d'autre a-t-elle dit ? Tout d'abord, c'est une fille. »
Hugo avait pensé qu'il s'agirait d'un homme tout ce temps et fronça les sourcils de colère. Roy recula comme s'il s'était brûlé et s'enfuit dans le coin le plus éloigné du bureau.
« Elle a bafouillé quelque chose à propos d'un contrat lors du bal de la Victoire. Elle a dit que Sa Grâce la rencontrerait quoi qu'il arrive. »
Les yeux d'Hugo tremblèrent. Après 10 jours sans message, il avait suspecté les intentions de la jeune femme.
« Où est l'invitée maintenant ? »
« Dans le salon. Oh, je ne l'ai pas laissée seule dans la pièce. J'ai ordonné à une servante de lui servir du thé. Je connais les bonnes manières. » La posture vantarde de Roy semblait douloureusement pitoyable.
Deux hommes étaient assis juste en face de Lucia. Lucia sirotait son thé tout en jetant des coups d'œil au duc de temps en temps. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle était assise dans la même pièce que le duc. Bien que ce ne soit pas la première fois qu'elle le voyait, c'était toujours très intéressant de voir le duc en personne.
« C'est vraiment... le duc de Taran... »
Le contraste entre ses cheveux noir corbeau et ses yeux rouge écarlate effrayerait quiconque croiserait son regard. Sa présence était si forte qu'elle laissait une impression inoubliable. C'était leur première rencontre depuis le bal de la Victoire, et ils étaient assis l'un en face de l'autre dans une pièce lumineuse.
« Êtes-vous venue en sachant que j'étais au manoir ? »
« N-non. Si vous n'étiez pas là, j'aurais laissé un message. »
Sa voix reflétait très bien son apparence physique. Sa voix était d'un ton grave et lourd, mais possédait une aura de commandement perçante. « Même sa voix est incroyable », avait-elle pensé en s'accroupissant près du buisson d'herbes hautes.
« Je... je n'avais aucune idée que je serais si facilement affectée par l'apparence et la voix d'une personne. »
Dans son rêve, elle avait été arnaquée de nombreuses fois mais n'avait jamais pu retenir la leçon. Elle avait perdu toutes ses économies pour un bel homme dont elle était tombée éperdument amoureuse. Peu importe à quel point on souffre dans la vie, il est difficile pour de tels sentiments humains de changer simplement parce qu'on le souhaite.
« C'est probablement à cause du comte Matin. »
Lucia n'avait jamais connu ou vu d'homme alors qu'elle vivait piégée à l'intérieur du Palais Royal. Le premier homme que Lucia avait rencontré était vieux, obèse, petit, laid et violent. Après une telle expérience, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir le cœur volé par un bel homme.
« Bien qu'être beau ne fasse pas de lui un homme bon... »
L'homme en face d'elle en était la preuve. Cet homme était un mauvais bougre. Il n'avait aucun problème à piétiner le cœur d'une femme comme un jouet. Bien que Lucia soit consciente de tout cela, elle n'avait aucune confiance dans le fait qu'elle ne deviendrait pas quelqu'un comme Sofia à l'avenir. S'il murmurait des mots doux à ses oreilles avec ce visage et cette voix, elle se perdrait elle-même.
« Reprends-toi. Tu dois te reprendre. » Lucia calma son cœur tremblant.
« J'ai été impolie de demander une audience sans préavis. Veuillez m'excuser pour ma présentation tardive. Je suis la 16e princesse de l'Empereur, Vivian Hesse. C'est un honneur de pouvoir parler à Votre Grâce. »
« Pfft. »
Lorsque Lucia se présenta comme la « 16e princesse », il éclata de rire. C'était l'homme aux cheveux roux qui avait guidé Lucia dans le manoir. Elle ne pensa pas grand-chose de son rire moqueur, observant seulement sans réfléchir à quel point il était inconsidéré. Juste à ce moment-là, elle se souvint de qui était cet homme.
« Roy... Krotin »
Le subordonné loyal du duc de Taran. Il était connu comme le jeune homme aux cheveux roux, le Chien Fou Kortin. La plupart des histoires qui suivaient Krotin étaient exagérées, mais ne compter que la moitié des contes suffisait à être qualifié du titre de « Chien Fou ».
« Afin de ne pas gaspiller le temps de Votre Grâce, je vais aller droit au but. Je suis venue... pour demander la main de Votre Grâce en mariage. »
Dès que Lucia eut fini sa phrase, elle retint son souffle. Elle avait l'impression que son cœur allait exploser dans le silence. Après avoir franchi le point de non-retour, elle se sentit mieux de l'avoir dit. Lucia continua d'observer son expression. Ses sourcils s'étaient contractés un instant, mais étonnamment, il maintint son expression indifférente. La réaction chauffée éclata de leur côté.
« PWAHAHAHA !! »
Roy riait comme s'il était en train de mourir. Le duc de Taran lança un regard froid, se demandant s'il était devenu fou. Même ainsi, le rire de Roy ne s'arrêta pas. Finalement, le duc donna un coup de poing à l'arrière de sa tête et réussit à faire cesser son rire, et à la place, Roy glapissait de douleur.
« Uggh. Tu essaies de me tuer ? » Roy se tint l'arrière de la tête et hurla de rage, tandis qu'une larme solitaire pendait au coin de son œil. Lucia, qui observait les deux, eut une frayeur. « Est-ce pour ça qu'il était connu comme le Chien Fou ? »
« Tu es bruyant. Toi, sors. »
« Eh ? Pourquoi ? Je garderai la bouche fermée et je serai silencieux. Vraiment~. »
Roy ferma sa bouche, tandis qu'Hugo claqua de la langue et reporta son attention sur la jeune dame assise en face de lui.
« Une princesse ? »
Hugo observa la jeune demoiselle qui se prétendait être une princesse. Lors du passé bal de la Victoire, elle semblait être une noble dame. Maintenant, à ce moment, elle ne semblait pas différente de n'importe quelle femme roturière que l'on pourrait trouver dans la rue. « Et elle prétend être une princesse ? »
Il n'avait aucun intérêt pour la famille royale. Le roi lui-même n'avait probablement aucune idée de ce à quoi ressemblaient tous ses enfants. Ce n'était pas juste un ou deux. Il supposa donc qu'elle était vraiment une princesse. Le rang de son statut était trop bas pour qu'elle se donne la peine de prétendre et de mentir à ce sujet, de plus, elle était étrangement détaillée à ce sujet.
Il aimait les femmes, mais il avait ses propres règles. Il ne s'approchait de personne qui lui causerait plus de problèmes que nécessaire. Il avait juste besoin d'une fille avec qui coucher, quelqu'un qu'il pourrait rejeter tout en prétendant qu'il était juste ivre. Une princesse classée en premier sur sa liste de zones interdites. En premier lieu, il ne laissait aucune place pour garder le contact. S'il avait su qu'elle était une princesse, il n'aurait pas accepté cette rencontre.
« Qui était-ce ? »
« ...Quoi ? »
« Princesse, qui était la personne qui vous a envoyée ici ? La discussion ne peut pas continuer tant que le cerveau n'est pas présent. »
« Croyez-vous que je suis une princesse ? »
Lucia avait pensé qu'il se mettrait en colère pour avoir essayé de le tromper. Elle avait décidé de recevoir tous les mots insultants et offensants sans plainte. Mais sa réaction était trop paisible.
« Mentiez-vous ? »
« Non. Je ne mens pas. Je... pensais que vous vous mettriez en colère. »
« Je me serais mis en colère si vous aviez menti. »
Elle se souvint de ses mots lors du bal de la victoire passé. Un frisson froid parcourut son dos. Il n'y avait personne qui pouvait donner plus de terreur à un autre que cette personne dont le poids du mot « colère » avait une signification différente.
« Je ne mens pas. Bien qu'il y ait des choses que je ne peux pas vous dire... je ne suis pas quelqu'un qui ment. Il n'y a personne d'autre qui essaie de tirer les ficelles. Je suis la personne qui décide de tout. »
« Princesse, y a-t-il quelqu'un qui sait que vous êtes ici ? »
« Personne ne sait. Personne n'est au courant que la princesse Vivian a quitté le palais royal. »
Ce n'était pas un mensonge. Elle avait quitté le palais royal en tant que servante qui servait sous la princesse Vivian. Actuellement, il avait été enregistré que la princesse Vivian s'occupait tranquillement de ses propres affaires à l'intérieur de son propre palais détaché.
« Je découvrirai comment cela est possible à une date ultérieure. N'avez-vous pas demandé un contrat la dernière fois ? C'est différent de ce que vous m'aviez dit avant. »
« Ce n'est rien de différent. Je vous propose un contrat. Un contrat qui change la vie avec le mariage en jeu. »
Il était stupéfait d'étonnement qu'il perdit le timing pour se mettre en colère. Une chaleur bouillante commençait à monter de son estomac. Une perte de temps et un non-sens total. Elle faisait tout ce qu'il détestait. Il se moqua froidement d'elle.
« Jouez-vous avec vos mots absurdes ? »
« Je sais que je vous dis des mots sans fondement. Je comprends que vous vous sentiez repoussé à cause de mes mots brusques. Je suis ici pour vous présenter toutes les choses que vous pourrez obtenir en vous mariant avec moi. Après que vous ayez écouté, il sera bien de rejeter cette offre. Je ne prendrai pas trop de votre temps. Je ne vous dérangerai plus jamais. »
Cette femme qui semblait être un lapin frêle avait l'air nerveuse jusqu'aux os mais elle avait été éloquente avec ses mots. Ses yeux honnêtes regardaient droit devant lui. C'étaient les yeux désespérés qu'elle avait observés depuis le bal de la Victoire. Ses yeux semblaient très désespérés, mais en même temps, ils n'avaient aucun soupçon de cupidité. En conséquence, il avait été intéressé par elle tout le temps.
La raison pour laquelle il écoutait ces mots absurdes jusqu'à maintenant était purement à cause de ces yeux. Il décida de perdre son temps un peu plus.
« Bien. Parlez. »
« Um... avant cela. Sera-t-il correct si la personne à côté de vous quitte la pièce ? »
« Non ! Pourquoi ? »
Roy, qui avait regardé avec des yeux pétillants, s'est soudainement mis en colère. Il a protesté contre le fait de manquer un spectacle aussi intéressant.
« Princesse, vous êtes capable d'être ici et de discuter de cela seulement grâce à moi. Comment pouvez-vous me poignarder dans le dos après tout ce temps ? »
« Um, merci. Et je suis désolée. Cependant, les mots que je vais relayer sont des affaires très personnelles. Ce sont des informations qui peuvent me nuire fatalement à l'avenir. Ce n'est pas que je ne vous crois pas, mais je crois que vous pouvez me donner cette compréhension. »
« Je ne suis personne pour bavarder en ville mais... par hasard, me connaissez-vous ? »
« Ah ? Ah.. um... n'êtes-vous pas une personne célèbre ? »
« Je le suis ? Ai-je jamais été aussi célèbre... ? »
Roy se frotta le menton et inclina la tête tandis que Lucia l'observait, dégoulinant de sueur froide. C'était la vérité qu'il serait célèbre dans le futur lointain, mais cela pourrait ne pas être vrai en ce moment.
« Elle le contrôle bien. »
Roy, qui avait sauté partout avec rage, était devenu calme et immobile, et Hugo rit sous cape. Roy ne se sentait pas très à l'aise d'essayer d'aller contre une telle femme noble non plus. Il était colérique avec une grande carrure, il n'avait aucun filtre pour ses mots et disait ses pensées clairement - sortant souvent grossier et impoli - et, pour couronner le tout, sa voix forte semblait opprimer et intimider tout le monde autour de lui. Mais, si vous appreniez à le connaître, il n'y avait personne de plus simple d'esprit que lui. Vous pouviez le voir comme un très gros chien têtu.
On ne pouvait pas mettre le doigt sur cette jeune femme, mais elle était intéressante.
« Quittez la pièce. »
« ...che. »
Roy grogna doucement mais il partit sans beaucoup de combat. Maintenant qu'ils étaient seuls, Lucia sentit ses nerfs se tendre une fois de plus. Elle retraça le dernier scénario dans son esprit une fois de plus. C'était un pari. Elle lança les dés.
« Je... suis consciente que Votre Grâce a un fils qui vous succédera. »