Chapitre 185
Chapitre 185
Chapitre 124 [partie 2]
< — Épilogue – > (4)
À l'intérieur d'une calèche traversant les rues complexes de la capitale, un jeune garçon aux cheveux sombres était assis près de la fenêtre, observant le paysage défiler. Sur ses genoux reposait un renard au pelage jaune vif, savourant les doigts de son maître qui caressaient doucement son dos.
Bien que ce fût la première fois qu'il voyait la capitale, la vue extravagante qui défilait sous les yeux de Damian ne lui faisait aucun effet. Le garçon n'était ni captivé ni intéressé par cette première visite. Mais le fait de revoir sa mère rendait ce moment spécial. Et aujourd'hui, il allait également rencontrer sa sœur pour la première fois.
« Evangeline... Eve... »
Il ne cessait de répéter le prénom de la petite sœur dont sa mère lui avait parlé dans ses lettres.
« Et si elle ne m'apprécie pas ? »
Damian n'avait jamais vu de bébé auparavant, il ne pouvait donc pas imaginer à quoi ressemblerait un enfant de quelques mois seulement. Il s'imaginait une petite fille qui ressemblerait trait pour trait à sa mère.
Lorsqu'il avait reçu la lettre lui annonçant que sa mère attendait un enfant, Damian avait trouvé cela naturel, mais il avait été tout de même un peu stupéfait.
Sa mère lui avait écrit que le bébé serait une petite sœur, mais Damian était conscient qu'on ne pouvait pas savoir une telle chose à l'avance. Il supposa que sa mère lui avait dit cela exprès pour apaiser ses craintes ou son anxiété.
Peu importait à Damian que ce soit un garçon ou une fille. Il avait l'intention de chérir cet enfant et de le traiter avec tendresse, quel qu'il soit.
Pourtant, une légère anxiété persistait au fond de son cœur. Il craignait que sa mère ne dise qu'elle n'avait plus besoin de lui, puisqu'elle avait désormais son propre enfant. Même si sa mère aimait davantage sa sœur, cela ne le dérangeait pas. Tant qu'elle ne le détestait pas, tout irait bien.
La calèche arriva à la résidence ducale. Jerome accueillit Damian alors que celui-ci descendait de voiture.
« Cela fait longtemps, jeune maître. »
« En effet. »
Bien qu'ils aient été formés à dissimuler leurs émotions, les domestiques alentour ne purent cacher leur stupéfaction. Il était évident pour quiconque que le garçon qui venait d'apparaître était le portrait craché du Duc de Taran.
Cela faisait plus de trois ans qu'ils étaient mariés, et la Duchesse, qui venait d'avoir un enfant, n'était plus sans descendance. Une tempête allait inévitablement souffler sur la paisible demeure ducale. Les domestiques pensaient tous la même chose : ils devaient trouver un abri pour échapper à l'orage qui s'annonçait.
Lucia descendait du deuxième étage après avoir appris le retour de Damian. En voyant le garçon incliner la tête devant elle, Lucia s'approcha rapidement et l'enlaça étroitement.
« Mon Dieu, Damian ! Tu as vraiment beaucoup grandi. »
Trois ans s'étaient écoulés. Damian, alors âgé de huit ans, en avait désormais onze. Cependant, il paraissait trois ou quatre ans de plus. Il était maintenant plus grand que Lucia, qui devait lever un peu les yeux pour le regarder. Bien qu'il ait encore un visage d'enfant, dans un an ou deux, on le prendrait pour un adolescent.
L'étreinte douce de sa mère réchauffa Damian, et son cœur se remplit de bonheur. La façon dont sa mère le regardait n'avait pas changé. Il se sentit soulagé et reconnaissant.
« Comment peux-tu ressembler autant à ton père ? Vous vous ressemblez de plus en plus. »
« Vous portez-vous bien, Mère ? »
« Bien sûr. Et toi ? Comment vas-tu ? Le voyage a-t-il été difficile ? Où est Asha ? » [1]
« Je l'ai confiée au majordome avant d'entrer. » [2]
« As-tu mangé ? Tu as dû manquer le déjeuner. »
« Je n'ai pas très faim. Je mangerai ce soir. »
Lucia demanda à une femme de chambre de préparer une collation rapide et de l'apporter au deuxième étage.
« Viens. Allons dire bonjour à Eve. »
Après que Lucia fut montée au deuxième étage avec Damian, les domestiques se regardèrent, le visage rempli d'interrogations. Ils ne savaient pas qui était ce jeune maître qui venait d'apparaître soudainement. Il ne semblait pas être le fils du Duc de Taran seul, car l'attitude de la Duchesse était bien trop familière et amicale.
Cependant, même si les domestiques pouvaient chuchoter entre eux lorsqu'ils étaient seuls, ils ne pouvaient pas colporter de rumeurs à l'extérieur. Dès que le majordome entra, ils se dispersèrent rapidement, cherchant une occupation.
Lucia entra dans la nurserie et renvoya tous les domestiques présents. Elle se dirigea droit vers le berceau, tenant la main de Damian.
Evangeline babillait joyeusement lorsqu'elle sentit quelqu'un approcher et se tourna. Elle gloussa en reconnaissant le visage de Lucia et battit des mains. Lucia sourit et caressa le front du bébé.
« Ah... »
Fasciné, Damian regardait le bébé s'agiter, les yeux écarquillés. Une poupée vivante qui bougeait. Pour la toute première fois, il réalisait qu'un être humain pouvait être si petit. Si elle avait été un peu plus minuscule, il l'aurait prise pour une fée.
Ses cheveux duveteux couleur de miel semblaient doux même sans les toucher, et ses yeux limpides, identiques à ceux de sa mère, pétillaient d'une énergie nouvelle. Les joues rebondies, claires et immaculées du bébé bougeaient à chaque mouvement de ses lèvres.
« Eve, dis bonjour à ton grand frère. »
« Kaa, kaa. »
« Damian. Eve dit qu'elle est heureuse de te rencontrer. »
« ... Hein ? »
Damian fut pris de sueurs froides. Comment ces sons avaient-ils pu être interprétés ainsi ? Il était déconcerté par l'émergence d'un nouveau langage qu'il ne connaissait pas. Il aurait voulu demander de quel pays cela provenait.
« Damian, peux-tu t'occuper d'Eve un instant ? Dis bonjour, apprenez à vous connaître. Je m'absente un moment. Si Eve pleure, appelle simplement la femme de chambre devant la porte. »
« Quoi ? Mère, c'est... »
Il voulait dire que ce n'était pas nécessaire, mais Lucia avait déjà quitté la pièce. Damian resta planté là, près du berceau, incapable de faire quoi que ce soit. Il déplaça prudemment son regard vers le bébé.
Damian croisa les yeux d'Evangeline, qui agitait ses membres avec zèle ; qui sait ce qui la rendait si pressée ? Elle fixa Damian comme si elle cherchait quelque chose. Puis ses grands yeux ronds se courbèrent en croissants de lune et elle éclata de rire.
« Salut... Eve. »
Ne sachant que faire, il lui adressa un salut maladroit. Le bébé commença à babiller comme pour lui répondre. Les sons qu'elle émettait étaient inintelligibles, mais Damian comprit qu'elle essayait de communiquer.
Il hésita un instant avant de tendre la main et de toucher ses joues rebondies.
« Doux. »
Soudain, Evangeline attrapa le doigt de Damian. Il ne savait plus quoi faire, voyant son doigt prisonnier des petites mains d'Evangeline. Il essaya de le retirer délicatement, mais la poigne du bébé était étonnamment forte. Lorsqu'il tenta de le retirer avec plus de force, Evangeline poussa un cri.
Damian sursauta et resta immobile, oubliant toute idée de retirer son doigt. La sensation de son doigt prisonnier dans cette poigne douce et chaude était étrange. Sans raison particulière, un sourire flotta sur son visage.
« Ravi de te rencontrer, Eve. »
[Je me sens... bizarre. Mon cœur picote un peu...]
[Damian, ce sentiment signifie que tu trouves quelque chose d'adorable.][3]
Sa poitrine picotait bien plus que le jour où il avait tenu Asha pour la première fois. Ce bébé était adorable. Damian sentit qu'il pouvait enfin comprendre le sens des paroles que sa mère lui avait dites il y a longtemps.
[FIN DU LIVRE 7]