Chapitre 109
< — Rencontres — > (5)
La calèche arriva devant la résidence ducale. Un serviteur ouvrit la portière de l'extérieur, mais Hugo ne put se lever. Sa femme dormait profondément, la tête posée sur ses jambes.
Elle allait bien lorsqu'ils s'étaient rendus au palais, mais cette fois, peu après leur départ, elle avait commencé à somnoler. Lorsqu'il s'était rapproché pour s'asseoir à ses côtés, elle s'était appuyée contre lui et s'était rapidement endormie.
« Elle devait être très nerveuse. Et épuisée, aussi. »
Elle avait été admirable. Elle s'était comportée avec assurance sur cette grande scène, sans commettre la moindre erreur. Puisqu'il était resté collé à elle aujourd'hui, comme pour mieux l'exhiber, personne n'oserait tenter de l'approcher. Il ne pouvait pas rassembler les gens pour les mettre en garde comme il le faisait dans le Nord. Alors, aujourd'hui, il avait fait passer son message par ses actes : si vous voulez toucher à la Duchesse, souvenez-vous que le Duc de Taran se tient derrière elle.
Ses cheveux étaient parfaitement coiffés lors de la réception, mais alors qu'elle reposait sur ses genoux sur le chemin du retour, une mèche s'était détachée. Hugo appréciait la sensation de ses doigts glissant dans sa chevelure soyeuse. L'expression qu'il arborait en contemplant son épouse était indéniablement empreinte de douceur. L'instant était si paisible qu'il aurait souhaité qu'il dure éternellement.
Afin de ne pas la réveiller, il passa précautionneusement son bras autour de son dos et glissa l'autre sous ses jambes avant de la soulever contre lui. Il entra dans le manoir avec elle dans ses bras et monta les escaliers jusqu'à la chambre. Alors qu'il la déposait sur le lit, Lucia, qui dormait profondément un instant plus tôt, battit des paupières.
« Hugh. »
Hugo prit la main qu'elle lui tendait et pressa ses lèvres contre sa paume.
« Nous sommes rentrés. »
Elle cligna des yeux à plusieurs reprises, le fixant d'un air absent, puis, peu à peu, son regard s'éclaircit.
« ... Je me suis endormie sans m'en rendre compte. »
Grâce à ce court repos, son esprit se sentait plus alerte. Elle commença à se redresser et Hugo lui prit la main pour l'aider à s'asseoir.
« Ai-je commis une erreur dont je n'aurais pas eu conscience aujourd'hui ? »
« Pas du tout. »
« Ouf... Dieu merci. »
Lucia saisit la robe de chambre près du lit pour appeler sa femme de chambre, puis descendit du lit. Elle voulait retirer sa robe pesante. Dès que la servante entra, elle interrogea le couple au sujet du dîner.
« Je n'ai pas d'appétit. Et vous ? » demanda Lucia.
« Je n'en ai pas non plus. »
La servante s'inclina et quitta la chambre.
« Tout à l'heure... dans la salle de bal. Sir Ramis a tenté de me remettre une lettre. J'ai refusé. »
Lucia avait rejeté la lettre, mais les rumeurs au sein de la haute société étaient imprévisibles. Avant que son mari ne tombe sur une version déformée de l'histoire, elle lui en parla en passant, comme s'il s'agissait d'une affaire triviale.
« Quoi ? »
Le visage d'Hugo se crispa dans un froncement de sourcils. Ce bâtard osait ignorer ses avertissements.
« Que fait donc Fabian ? »
Combien de temps s'était-il écoulé depuis qu'il lui avait demandé d'enquêter et de tout découvrir ?! L'innocent Fabian, qui travaillait dur jour et nuit, se retrouvait pris entre deux feux.
« Il ne s'est rien passé, alors ne soyez pas fâché contre le Duc de Ramis », dit Lucia.
Le Duc de Ramis et le Duc de Taran soutenaient et assistaient tous deux le Roi. Lucia ne connaissait pas grand-chose à la politique, mais elle savait au moins cela. Il serait problématique que ces deux hommes puissants se brouillent à cause d'une affaire émotionnelle mineure.
« Je crains que votre travail ne soit affecté par un détail sans importance », ajouta-t-elle.
« Vous n'avez à vous soucier de rien », répondit Hugo.
Par le passé, il se serait débarrassé de tout ce qui lui déplaisait. Il ne se souciait pas des conséquences. Même s'il s'était agi du Duc de Ramis lui-même plutôt que de son fils aîné, il n'en aurait eu cure. S'il causait des ennuis, quelqu'un d'autre devrait en gérer les retombées, et alors ? Il se moquait bien du sort de sa famille et, pour lui qui ne vivait que pour tuer le temps, il n'y avait rien au monde qu'il craignait.
Cependant, tout était différent désormais. Il y avait un être qu'il devait protéger. Afin de préserver sa femme de toutes les épreuves du monde, il devait aussi protéger sa famille, son pouvoir et sa fortune.
« Eh bien, certes. Je dirais que vous savez parfaitement ce qu'il convient de faire. »
Hugo la regarda, elle qui souriait légèrement, et l'enlaça par-derrière, déposant un baiser dans sa nuque.
« Vous n'avez pas à vous inquiéter, mais vous pouvez le faire. »
« Hein ? »
Bien qu'il voulût la protéger totalement afin qu'elle n'ait aucun souci ni aucune préoccupation, il désirait qu'elle s'inquiète pour lui. Il ne parvenait pas à expliquer ses sentiments complexes, même à lui-même.
Comme il n'ajouta rien après ces paroles mystérieuses, Lucia se contenta d'en rire.
* * *
Après avoir pris un bain rapide et changé de vêtements, Hugo se rendit dans son bureau. Il y avait toujours une pile de travail à abattre. Il parcourut les quelques documents qu'il pouvait examiner rapidement et y apposa sa signature.
On frappa légèrement à la porte du bureau et Hugo sentit quelqu'un entrer. Il ne quitta pas les dossiers des yeux.
« Maître. »
En entendant une voix qui n'était pas celle de Jerome, mais celle d'une femme d'âge mûr, il leva légèrement les yeux.
« Qu'y a-t-il ? »
« Milady s'est endormie pendant son bain. Cela n'arrive jamais d'habitude... »
Si les femmes de chambre ne parvenaient pas à la réveiller, quoi qu'elles fassent, elles devraient porter leur maîtresse ensemble pour la transporter jusqu'au lit. Néanmoins, la servante était venue en informer Hugo. Sa décision n'était pas mauvaise.
Le Duc posa le document qu'il tenait et donna un ordre : « Vous pouvez vous retirer et aller vous reposer. »
Après un moment, Hugo entra dans la salle de bain, désormais vide car toutes les servantes étaient parties. Lucia dormait, immergée dans la baignoire. Sa nudité resplendissait, submergée par l'eau claire. Hugo s'assit sur le rebord de la baignoire et frotta ses lèvres rouges et humides avec son doigt. Bien que ce fût impossible, il regarda inconsciemment sa main, comme s'il s'attendait à y voir une trace de rouge.
Son regard s'assombrit alors qu'il la regardait dormir comme un bébé innocent. Rien qu'en la contemplant, il sentit une boule se former dans sa gorge. C'était un sentiment qu'il ne parvenait pas tout à fait à expliquer.
Il retroussa ses manches et la tira délicatement de l'eau. Il la déposa sur la serviette étendue sur le lit, puis essuya son corps mouillé avec une autre. Dans sa chambre à la lumière tamisée, sa nudité brillait comme la lune.