Chapitre 10
Lucia Chapitre 9
Première nuit (3)
Traduction : iseuli
Édition : lili
Note : Dans le texte original coréen, il est très facile de distinguer qui parle sans explications supplémentaires, car les personnages utilisent des niveaux de politesse différents (ou ont leur propre style de langage). Cela ne se traduit pas bien pour diverses raisons. J'ai donc ajouté le nom entre parenthèses après les citations pour vous aider. Cette partie ne fait pas partie du texte original. Ce sont simplement des notes pour que les lecteurs profitent d'une meilleure expérience.
Hugo, toujours allongé dans le lit, fronça légèrement les sourcils et ouvrit les yeux. Son regard était limpide, comme s'il n'avait jamais dormi. Sensible à ce qui l'entourait, il était réveillé depuis l'instant où Lucia avait commencé à s'agiter.
« Qu'est-ce qu'elle fabrique ? »
Après qu'elle fut tombée du lit avec un bruit sourd, le silence retomba. Il rejeta la couverture et se leva. Il bougeait avec une légèreté surprenante pour quelqu'un qui dormait jusqu'à présent. Il contourna le lit pour se rendre de son côté.
Elle était assise, hébétée, secouant frénétiquement la tête de gauche à droite. Elle agrippait le matelas, luttant pour se remettre debout. Bien qu'il n'eût pas l'habitude d'aider autrui, il ne pouvait rester là à ne rien faire. Il s'approcha d'elle à pas lents, prenant garde à ne pas l'effrayer.
« Oh... »
Ses yeux couleur citrouille s'écarquillèrent en découvrant le lit vide et la silhouette imposante de l'homme.
« Vous avez de mauvaises habitudes de sommeil. Comment avez-vous pu tomber d'un lit aussi large ? »
Il venait à peine de se réveiller, sa voix était donc plus grave qu'à l'accoutumée. Malgré cela, il restait séduisant. Lucia, qui le fixait d'un regard absent, revint rapidement à la réalité.
« Ce n'est... pas ça ! »
Ses bras, qui la soutenaient, faisaient monter la température de son corps ; Lucia tenta de le repousser, gênée. Cependant, il était solide comme le roc et ne bougea pas d'un pouce. Comprenant que toute résistance serait vaine, elle décida d'abandonner.
« Alors, vous faites du somnambulisme ? » (Hugo)
« Je me suis réveillée pour boire de l'eau et... » (Lucia)
Lucia se sentit soudain timide et fixa le sol en marmonnant la fin de sa phrase.
« Marcher est... un peu difficile en ce moment... »
Il laissa échapper un soupir léger. Enfilant les chaussons restés sous le lit, il se déplaça avec agilité. Lorsqu'ils atteignirent le bord du tapis, on entendit le bruit du verre se brisant sous ses pieds.
« Ah... j'ai cassé un verre hier... »
Elle l'avait complètement oublié. Sans lui, elle aurait marché pieds nus sur le sol jonché d'éclats.
Il souleva Lucia sans effort d'un seul bras et s'arrêta devant la table. Versant un verre d'eau, il le lui tendit.
« Ne le cassez pas cette fois. »
« ...Oui. »
Il ne cessait de la taquiner. « Tsk », marmonna-t-elle pour elle-même avant d'accepter docilement le verre.
Il n'était pas seulement grand, il était aussi très fort. Il la manipulait avec une aisance déconcertante, comme s'il portait une enfant. Il soutenait ses hanches d'un seul bras, mais elle se sentait parfaitement en équilibre et à l'aise.
« Merci... »
Il reprit le verre vide et le posa sur la table.
« Autre chose ? »
« ...Hein ? »
« Voulez-vous que je vous accompagne aux toilettes ? »
« Non !! »
Lucia cria, le visage empourpré. Son regard croisa le sien, et elle eut l'impression que ses yeux rouges se moquaient d'elle. Ses cheveux noirs, d'ordinaire coiffés avec soin, étaient en bataille, ce qui lui semblait fascinant. Lucia leva la main pour écarter une mèche de son visage. Ses sourcils tressaillirent légèrement.
Embarrassée par son geste impulsif, elle se sentit oppressée par son regard intense. Elle suivit la direction de ses yeux et sursauta. Sa poitrine était à moitié dénudée, ses mamelons pointant légèrement. Elle avait noué sa robe de chambre négligemment, et celle-ci s'était défaite. Ses oreilles brûlaient.
Lucia tenta précipitamment de se couvrir. Malheureusement, le pan de sa robe était coincé entre ses bras et son corps, et tirer dessus ne servait à rien. C'est alors que sa main saisit fermement sa poitrine.
« Hp... » (inspiration)
Lucia poussa un cri de surprise et plongea ses yeux dans les siens. Ses prunelles rouges semblaient la piéger, l'empêchant de bouger. Il la fixait depuis tout à l'heure, et elle sentit son regard s'alourdir. Elle avait peur, mais elle ne pouvait détourner les yeux.
Dès qu'il pressa son sein avec un peu plus de force, Lucia prit une inspiration saccadée et gémit. Il l'allongea sur la table et prit son sein dans sa bouche.
« Ah ! »
Une sensation électrique remonta le long de sa colonne vertébrale. Ses lèvres tétaient sa poitrine tandis que sa langue caressait son mamelon. Il le mordilla légèrement avant d'y enfoncer sa langue.
« Ah ! Hk ! »
Lucia agrippa son épaule, son corps secoué par les spasmes. La table rigide soutenait son dos tandis qu'il se pressait contre elle. S'emparant avidement de ses seins, il les lécha, les mordit et les suça sans relâche. Le bruit de succion qui s'échappait de ses lèvres la troublait, et son corps brûlait de désir.
La ceinture était tombée au sol depuis longtemps et sa robe de chambre était totalement ouverte sur la table. L'air frais caressait sa peau nue. Il écarta ses jambes en en posant une sur son bras. Son doigt frotta contre elle, s'insinuant lentement.
« Uu... »
Une douleur brûlante la fit crier. Elle souffrait encore des séquelles de sa pénétration précédente. Pourtant, après que son doigt eut fait des va-et-vient, ses fluides commencèrent à couler, provoquant un son gênant qui résonna dans la pièce. Grâce à cela, son doigt glissait plus facilement, mais la douleur persistait.
« Ça fait mal ? »
Lucia hocha vivement la tête. Elle le fixa avec un regard suppliant et désespéré. Ça fait mal. Je ne veux pas. Elle lui transmettait ce message par ses yeux. Mais quand son doigt se retira pour laisser place à son membre durci, elle devint livide. Lorsqu'il pénétra à nouveau en elle, elle se mit à pleurer.
« Chut... »
Il tenta de l'apaiser en l'embrassant, mais il s'enfonça plus profondément. Ses entrailles brûlaient.
« Uuck... »
C'était une douleur différente de la première fois. Ses muscles étaient endoloris. De grosses larmes coulaient sans discontinuer.
Il mit de la force dans ses mouvements, l'enfonçant sur la table. Vraiment... c'était trop bon. Ses entrailles l'enveloppaient fermement, le stimulant aux endroits parfaits. Se sentant comme s'il goûtait à quelque chose de sucré, il lécha doucement ses lèvres.
« Elle... elle rend fou. »
Ses larmes, son expression, ses sanglots, ses cris, son corps sucré, ses réactions innocentes, ses entrailles qui serraient son érection... Tout chez elle démultipliait son excitation. Il se sentait comme un vampire affamé ayant senti l'odeur du sang. Le démon en lui sifflait, exigeant de libérer la bête et de la malmener jusqu'à ce que sa faim sexuelle soit rassasiée.
« Je ne peux pas. »
S'il cédait à ses pulsions, cette femme fragile mourrait. Sa jeune épouse était délicate ; un peu trop de force et elle se briserait. Elle était encore trop inexpérimentée pour accepter un homme. Ce serait une catastrophe de tuer sa femme dès la première nuit de noces.
Il embrassa doucement Lucia, qui pleurait. Il entremêla sa langue à la sienne, explorant sa petite bouche. Ce faisant, il tenta de retrouver la raison qui s'apprêtait à s'envoler. Leur baiser se prolongea jusqu'à ce qu'elle semble à bout de souffle.
Il était toujours pleinement en elle. Il se retira lentement et Lucia gémit. Elle ferma les yeux, pensant que ce n'était pas fini. Cependant, il l'aida simplement à se rhabiller et la souleva à nouveau. Lucia l'observa, les yeux écarquillés.
Il la déposa sur le lit. Lucia le regarda avec méfiance, restant silencieuse.
« Vous regrettez ? »
Lucia secoua vivement la tête.
« Je ne vous toucherai plus, alors dormez. »
Elle se détendit, laissant ses muscles se relâcher. Elle se comportait de manière si différente qu'il dut ravaler le sourire amer qui se dessinait sur ses lèvres.
« Alors, c'est ce genre de personne. »
Il soupira. Sa situation était risible et pitoyable. Son membre, toujours raide, commençait à le faire souffrir de frustration. Il faudrait trop de temps pour que cela se calme tout seul, mais il était agacé de devoir s'en occuper lui-même. Il n'avait jamais eu à se masturber, n'ayant jamais manqué de femmes ; il n'avait jamais eu recours à de tels moyens.
Il soupira, confus sur la marche à suivre, tandis que Lucia l'admirait. La chambre était plus lumineuse, et elle pouvait voir son visage plus clairement. Il serait difficile de trouver quelqu'un d'aussi beau que lui.
Son visage sculpté était parfaitement équilibré ; ses traits s'harmonisaient à merveille. Il avait un nez droit et des yeux perçants. Elle ne lui trouvait aucun défaut. Pourtant, les gens ne qualifiaient jamais le duc de Taran de « charmant ».
« À cause... de ses expressions faciales... ? »
Il était toujours indifférent et froid. Il était impossible de lire ses pensées en observant son visage. On aurait du mal à deviner s'il était de bonne ou de mauvaise humeur.
Il était célèbre pour son prestige militaire et sa présence terrifiante en temps de guerre, ce qui faisait peur aux autres.
Il se leva et disparut quelque part. Elle regarda son beau mari partir avec un cœur triste, sans se douter un instant qu'il se rendait à la salle de bain pour s'occuper de son membre rigide.
« Pourquoi a-t-il accepté de m'épouser... ? »
Elle n'en avait aucune idée. Beaucoup de choses s'étaient passées entre eux, mais pas assez pour justifier un tel résultat. Il aurait pu trouver de nombreuses femmes acceptant les mêmes conditions qu'elle. À l'époque, elle avait choisi la meilleure voie possible, mais en y repensant, cela ne semblait pas logique. Il aurait été plus cohérent qu'il se moque d'elle et l'écarte comme un insecte.
Il revint de la salle de bain de mauvaise humeur. Il avait pu évacuer sa frustration, mais ne se sentait pas satisfait pour autant. Au contraire, il se sentait mal à l'aise. Il venait de se marier ; il y avait une femme parfaite devant lui, et pourtant il avait dû se débrouiller seul. Il avait décidé d'agir comme un gentleman à cause d'elle, mais il ne pouvait s'empêcher de bouillir de colère intérieurement. Il cacha tout cela au fond de son cœur et retourna au lit.
Elle ne se rendormit pas, se contentant de se retourner dans le lit. Quand ses yeux couleur citrouille le fixèrent, il ne put s'empêcher de se sentir agacé. Cependant, à son expression, personne n'aurait pu deviner ses vrais sentiments. Il semblait porter un masque froid et indifférent.
« Vous ne vous rendormez pas ? Si vous ne dormez pas, vous n'aurez aucune force pour plus tard. Dans quelques heures, nous partirons pour le Nord, le voyage ne sera pas facile. »
« Je ne serai pas un obstacle à vos affaires quotidiennes. Je vous en prie, ne vous inquiétez pas. »
Sa voix était ferme, et il ne put s'empêcher d'inspecter son état physique.
« Vous ne pouvez pas marcher. »
Lucia prit un air défensif en faisant la moue. Lorsqu'il continua de fixer son visage, elle articula un « Quoi ? » silencieux.
« ... Vous pensiez recommencer, n'est-ce pas ? »
Elle le prit au dépourvu avec cette question, ce qui le fit éclater de rire.
« Donc, vous dites que c'est ma faute si vous ne pouvez pas marcher. »
« ... Ce n'est pas que je ne peux pas. C'est juste que... ça fait un peu bizarre... »
« J'appellerai un médecin ce matin. »
« Hein ? Je vais bien. Je vais vraiment bien. »
Lucia fut choquée et refusa poliment. Comment était-elle censée expliquer cette douleur embarrassante à quelqu'un d'autre ? Même s'il s'agissait d'un médecin, elle ne le voulait pas.
Lucia se leva pour prouver qu'elle était en parfaite condition, mais ses muscles étaient raides et son bas-ventre était parcouru de douleurs. Elle poussa un cri silencieux dans son cœur, tandis que des perles de sueur froide perlaient sur son front.
« Tch. » Il fit claquer sa langue et l'aida doucement à retourner au lit.
« Si vous êtes fatiguée, expliquez-le-moi clairement. De mon point de vue, il sera impossible de partir aujourd'hui. »
« Je vais vraiment bien. Je vous en prie, ne changez pas votre emploi du temps à cause de moi. »
« Ce sera un voyage en calèche d'au moins trois ou quatre jours. Il n'y aura aucun village ou ville où vous pourrez vous reposer en chemin. Vous devrez passer toutes ces journées à l'intérieur d'une calèche. Vous me dites que ça vous va ? »
« Oui, je vais vraiment bien. »
« Ne soyez pas têtue pour des choses stupides. »
Il faut assumer ses paroles. Il serait problématique de crier des mots fiers, puis de trouver des excuses mesquines plus tard. Il avait besoin de comprendre clairement sa mentalité pour planifier tout changement, afin de minimiser les problèmes qui pourraient survenir. Les mesures préventives deviendraient impossibles si les problèmes étaient laissés à l'avenir parce qu'« on n'y peut rien ».
Il en allait de même avec les femmes. Elles disaient « Je vais bien, ne t'inquiète pas pour moi ». Mais plus tard, elles lui reprochaient de ne pas avoir compris ce qu'elles voulaient dire. Elles se plaignaient qu'il ne comprenait pas leurs sentiments. Chaque fois que cela arrivait, il rompait sur-le-champ. Quiconque cachait et nourrissait des griefs dans son cœur finirait par le poignarder dans le dos un jour.
« Je n'essaie pas d'être têtue... Je comprends que vous avez des affaires urgentes dans le Nord. Il est vrai que je ressens un peu d'inconfort, mais je sens que je dois le supporter pour le moment. »
Une légère fissure apparut sur son expression glaciale. La situation urgente dans son duché. C'était l'excuse qu'il avait donnée pour régler le mariage de manière informelle. Il n'avait pas partagé de détails explicites, et n'importe qui conclurait que la prochaine étape serait de se dépêcher de rentrer.
Bien sûr, il ne pouvait pas expliquer : « J'ai réglé le mariage ainsi parce que c'eût été trop problématique autrement. Il ne se passe rien dans le Nord. » Il essaya de cacher son embarras, sa voix sonna donc plus amicale que d'habitude.
« ... Ce n'est pas si urgent que des problèmes surgiraient en arrivant avec quelques jours de retard. Je reporterai nos voyages à une date ultérieure. »
Lucia l'observa une fois de plus. Cet homme n'était pas aussi autoritaire et froid qu'elle l'avait cru au départ. Il n'ignorait aucun de ses mots, et converser avec lui n'était pas inconfortable du tout. Plus elle apprenait à le connaître, moins elle comprenait. Ce n'était pas une mauvaise personne, mais ce n'était pas une bonne personne non plus. Chaque fois qu'elle se décidait sur un point, l'instant d'après, elle pensait différemment.
« Est-ce que c'est okay... de vous demander une chose de plus ? »
« Non. Retournez dormir. »
« Quand les affaires urgentes dans le Nord seront réglées, retournerez-vous à la capitale ? »
Cette femme était vraiment... Il la fixa avec des yeux froids, mais elle ne semblait ni effrayée ni soumise. Elle était comme ça depuis le début ; elle n'avait aucune hésitation face à lui. Elle était calme, mais elle exprimait tout ce dont elle avait besoin. Il aurait pu l'ignorer s'il était si agacé, mais il se sentait étrange de ne pas avoir d'objection à répondre à toutes ses questions.
« Il y aura beaucoup de choses à faire. Je n'ai prévu aucun retour à la capitale pour le moment. »
Il avait dit au prince héritier qu'il serait de retour dans deux ans, mais aucune date précise n'avait été fixée. Il serait facile de prolonger le délai autant qu'il le souhaitait.
« Est-ce que ça ira ? Je veux dire... le prince héritier a-t-il volontiers accepté votre demande ? »
C'était une question à laquelle il ne s'attendait pas. Hugo croisa son regard avec intérêt. Il était vrai qu'il soutenait le prince héritier, mais il ne faisait rien pour lui personnellement. Personne ne pouvait confirmer concrètement que c'était le cas. C'était un sujet sensible. Cette femme s'intéressait-elle au pouvoir ? Il stocka cette information avec intérêt.
« Il n'a pas accepté volontiers. »
Kwiz avait essayé de lier Hugo avec des menaces et des pots-de-vin. Mais il n'avait pas été tenté du tout. Il avait formé un système administratif parfait dans le Nord, donc même s'il n'était pas là, le duché se porterait bien à long terme. Cependant, il était nécessaire de faire connaître sa présence en tant que duc.
« Je vois que... vous vous en tenez à toutes les décisions que vous prenez jusqu'au bout. »
Lucia avait saisi cette tendance. Une fois qu'il prenait une décision, il avançait rapidement. Il n'avait fallu qu'un mois pour qu'ils célèbrent un mariage informel. Sans pause, tout était allé si vite. Avant qu'elle ne s'en rende compte, elle signait déjà le certificat de mariage.
« Avez-vous déjà regretté une décision que vous avez prise ? »
Son silence fut douloureux.
« ... Si la question était trop personnelle alors... »
« Jamais. Je n'ai aucun attachement au passé. Il est inutile de s'accrocher à quelque chose qu'il est impossible de changer. »
C'était ainsi. Elle ressentit un froid glacial dans son cœur.
« Une fois qu'il m'aura jetée, il ne regardera jamais en arrière. Que ce soit son travail, ses relations humaines ou les filles. »
C'était un homme fort et arrogant. Il avait été ainsi dans son rêve, aussi. Il avait toujours été confiant et recevait les louanges des gens comme quelque chose d'évident. Beaucoup le désiraient. Il n'était pas facile de l'approcher, et le mieux que les gens pouvaient faire était de jeter des coups d'œil furtifs de loin. Il se pourrait que Lucia aime cet homme bien plus qu'elle ne l'avait imaginé.
C'était incroyable qu'il soit à sa portée. Elle était devenue sa femme. C'était incroyable qu'elle soit sa femme maintenant.
« Quels yeux brillants. »
Hugo pensa à lui-même en observant ses yeux couleur citrouille. Ses yeux pétillaient de désir, d'admiration et de peur. Habituellement, les femmes qui le désiraient n'avaient pas de telles émotions. Les nombreuses femmes qui tentaient de le séduire désiraient sa richesse et son autorité. Il n'avait jamais vu une femme dont les yeux étaient aussi clairs.
Était-elle si différente parce qu'elle avait grandi dans des circonstances si uniques ? Si elle avait grandi comme une membre de la royauté normale, entourée de serviteurs, elle n'aurait pas été différente des autres. Ce n'était probablement possible que parce qu'elle avait grandi en croyant qu'elle était d'origine commune.
Sa théorie de la vie était que le monde ne pouvait pas changer. Un jour, ses yeux clairs seraient pollués par la cupidité de ce monde. Elle ne pouvait rester si innocente que jusqu'à présent, parce qu'elle n'avait pas encore connu le vrai monde. Elle était juste une fleur tardive.
Elle ne semblait pas stupide, donc au moins elle ne serait pas ennuyeuse à l'avenir. De plus, son corps ne faisait pas juste du bien, il était incroyable. Il était parfaitement satisfait de ces résultats, bien que ce fût un mariage précipité.
« Il semble que vous ne vous endormirez qu'après mon départ. »
« Qu'en est-il de Votre Grâce ? Vous ne dormez plus ? »
« Je me réveille vers cette heure tous les jours. »
« Si... tôt ? »
Le comte Matin ne se réveillait que lorsque le soleil était haut – au milieu de la journée. Elle soupçonnait qu'il n'avait jamais vécu une telle chose que le matin de toute sa vie. Mais pour sa défense, ce n'était pas parce que le comte Matin était particulièrement paresseux. C'était une pratique courante pour les nobles de se coucher bien après minuit et de se réveiller tard le matin. La raison étant que les nobles fréquentaient divers bals, soirées mondaines et dîners tard dans la nuit.
« Je vous ai dit de ne pas m'appeler "Votre Grâce" au lit. »
« ... Oui. Mais c'est... pas si facile. Ça ne semble pas juste... »
Les autres femmes étaient toujours impatientes de l'appeler par son prénom. Mais cette femme n'était pas si facile. Bien qu'il soit assis près d'elle, elle ne posait pas un doigt sur son corps. Après une nuit de chaleur, les femmes se blottissaient et s'accrochaient à lui comme de la gomme.
« Est-ce qu'hier était désagréable ? Peut-être était-ce une mauvaise idée d'essayer de la toucher tout à l'heure ? »
Elle était différente des autres femmes. Les autres femmes ne pleuraient pas de douleur comme elle. Pour la première fois depuis sa naissance, il commença à douter de sa propre fierté.
« Vivian. »
Il ne gardait jamais de questions dans son cœur, mais face à des yeux si clairs qui le fixaient, il ne pouvait pas trouver le courage de demander : « Comment avez-vous ressenti notre première nuit ensemble ? » Il se pourrait qu'il ait peur de ce qui pourrait sortir de la bouche de la jeune fille. Dans son cas, elle ne répondrait pas « c'était bien » pour le bien de la fierté de l'homme.
« ... Plutôt que mon nom, entraînez-vous à ne pas être choquée en entendant votre propre nom. Peut-être est-ce juste que vous n'aimez pas quand j'appelle votre nom ? »
« ... Je suis mal à l'aise... avec le nom... »
« Je dois vous appeler par quelque chose. »
« Il y a plusieurs façons de m'appeler. »
« Plusieurs façons ? Quelles autres façons... Ma femme ? Chérie ? Darling ? Mon amour ? Mignonne ? »
Le visage de Lucia devint rouge vif. Comment pouvait-il prononcer de tels mots si naturellement ?
« Choisissez. »
Quand elle resta figée avec la bouche fermée, il pencha la tête.
« Détestez-vous les façons courantes d'être appelée ? Que diriez-vous de mon rayon de soleil ou mon âme sœur ? »
« Mon nom ! S'il vous plaît, appelez-moi juste par mon nom. »
« Mm. Je pense que c'est le mieux aussi, Vivian. »
Lucia devint boudeuse en voyant son sourire sournois. Comme on pouvait s'y attendre d'un coureur de jupons. Elle n'avait aucune attente qu'il lui reste fidèle parce qu'il était marié. Dans son rêve, bien qu'il n'ait pas eu de petites amies publiques après le mariage, il aurait eu beaucoup de filles avec qui jouer cachées quelque part.
« Arrêtons-nous là. Retournez dormir. »
« Mais... »
« Vivian ! »
Les yeux de Lucia s'écarquillèrent, puis elle gloussa l'instant d'après. Que faire ? Il marmonna pour lui-même en la regardant avec des yeux doux alors qu'elle riait.
« Combien d'heures dormez-vous habituellement ? »
« Environ trois à quatre heures. »
« Tous les jours ? »
« Il y a des moments où je ne peux dormir qu'une ou deux heures, aussi. »
Sous le choc, la bouche de Lucia s'ouvrit largement. Être duc n'était pas un travail facile que n'importe qui pouvait gérer. Ce n'était possible que pour quelqu'un d'aussi travailleur que cette personne.
« ... Je suis désolée. Ce sera impossible pour moi. Je pourrais mourir en ne dormant que trois à quatre heures par jour. »
« ... Ai-je jamais demandé de faire la même chose ? »
« Votre Grâce... Hugh... Comment la femme du duc peut-elle dormir pendant que son mari travaille... ? »
C'était confus s'il riait d'amusement ou d'être à court de mots.
« J'apprécie votre sentiment, mais il n'y a pas besoin. Fermez juste cette bouche et dormez. »
Sa main couvrit les yeux de Lucia. Sa main énorme couvrait la plupart de son visage. Il n'était pas particulièrement friand de parler avec des femmes, mais il ne trouvait pas converser avec elle ennuyeux. En fait, elle avait une très belle voix. Elle n'avait pas la voix nasillarde typique, fausse et aiguë, mais une voix claire, douce et apaisante.
« Je suis désolée de vous ennuyer. »
« ... »
Il ne se sentait pas ennuyé. Mais il ne prit pas la peine de nier sa déclaration.
Dans l'obscurité, Lucia cligna des yeux quelques fois et retourna bientôt dormir. Il la regarda respirer à un rythme lent et détendu, et gloussa doucement.
Il la regarda dormir paisiblement pendant un court moment avant de se lever. Il contourna le lit de son côté et se pencha, puis embrassa légèrement ses joues alors que son souffle chatouillait sa joue. Il suça doucement sa lèvre inférieure douce et se sépara avec un coup de langue. Quand il se redressa, son expression semblait très compliquée.
***
Jerome et trois servantes étaient en attente dans le salon de réception. Il n'y avait aucun moyen qu'ils dérangent le couple de jeunes mariés dans leur propre chambre. Suite à la mort de la duchesse de la dernière génération, cette règle d'or avait été ignorée. Cependant, depuis l'apparition d'une nouvelle duchesse, elle avait été rétablie.
Quand Hugo eut fini son bain, les trois servantes se déplacèrent rapidement pour l'aider. Elles épongèrent l'eau restante sur son corps, tout en enlevant sa robe pour l'aider à mettre ses vêtements habituels. Elles découvrirent une marque de morsure ronde sur le bras de leur Seigneur et des marques de griffures rouges sur son épaule, cependant personne n'en parla, et elles les cachèrent rapidement sous ses vêtements.
Les trois servantes se déplaçaient comme si elles étaient une seule entité avec une harmonie parfaite. La plus jeune des trois sœurs avait 17 ans. Leurs parents étaient décédés à cause d'une épidémie dans les bidonvilles et les sœurs étaient les seules à avoir survécu à l'épreuve.
Les trois étaient devenues orphelines et avaient perdu la voix à cause de l'épidémie. Jerome les avait prises sous son aile et les avait éduquées personnellement. Les trois étaient intelligentes et loyales. De nombreuses années avaient passé, et elles excellaient actuellement dans leur travail au point que Jerome n'avait pas besoin de les surveiller du tout.
« Tous les préparatifs pour partir sont terminés. Souhaitez-vous faire les inspections finales une dernière fois ? »
« Je repousse notre voyage à demain. »
« Oui, Votre Grâce. Les servantes du palais sont venues pour une visite tard hier soir. Quand nous les avons informées que vous dormiez, elles ont dit qu'elles reviendraient ce matin. »
Kwiz était assez têtu. Il n'avait pas abandonné du tout. Il continuerait très probablement à le harceler avec des lettres, lui demandant de retourner à la capitale. C'était aussi un talent de le harceler au plus haut degré possible sans causer d'ennui.
« La prochaine fois qu'elles visitent, laissez-les passer la nuit. Je devrais visiter le palais aujourd'hui. »
Puisqu'il y avait du temps, il devrait visiter et l'apaiser un peu. Les batailles au sein du palais intérieur pour le titre de prochain empereur étaient féroces. Le prince héritier était la cible de tout le monde en raison de son titre seul. Le prince héritier à ce moment-là n'avait aucun pouvoir pour supprimer quiconque ; il était simplement une cible énorme et voyante pour tout le monde. Bien que la situation fût intense, Kwiz avait cédé à la décision du duc de retourner dans le Nord.
« Pendant que je suis absent, appelez un médecin. »
Jusqu'à ce jour, le duc n'avait jamais appelé de médecin une seule fois. La personne avec le plus de temps libre était le médecin de famille du duc. Ainsi, tout le monde était capable de comprendre pourquoi le médecin devait être appelé.
« La duchesse est-elle malade ? »
« Non. N'appelez pas encore le médecin. Quand notre princesse se réveillera, demandez si elle nécessite un médecin. Suivez sa décision. »
Le duc n'avait oublié aucun détail de la nuit dernière.
« Assurez-vous d'appeler une femme médecin. »
« ... Oui, Votre Grâce. »
Une femme médecin ? Le cerveau de Jerome tourna vertigineusement. Il décida qu'il essaierait de déchiffrer le message caché de son Seigneur plus tard. Où dans le monde serait-il capable de trouver une femme médecin ? Il décida qu'il devait mener une enquête pour les meilleures femmes médecins à l'avance.
« Votre Grâce, c'est Fabian. »
Hugo fronça les sourcils une fois qu'il entendit la voix de l'extérieur de la porte. C'était trop tôt pour que Fabian se montre. Si c'était quelque chose d'assez urgent pour qu'il se montre, ce n'était jamais de bonnes nouvelles. Une fois que Fabian reçut la permission d'entrer, il observa la courtoisie envers le duc et passa une enveloppe.
« Un message urgent est arrivé du Nord. »
L'expression d'Hugo s'assombrit alors qu'il lisait le message. Il semblait qu'il l'avait porté malheur. Les choses avaient tourné au pire dans son territoire pour de vrai. Cela résultait de la longue absence du duc.
Si le propriétaire ne disciplinait pas correctement ses sujets, qu'ils soient animaux ou humains, ils finiraient par oublier leur rang. Les barbares étaient très fidèles à cette logique. Ils n'oseraient pas agir hors de ligne, tant qu'ils étaient correctement tenus en échec avec la peur.
« N'ai-je pas été assez généreux quand ils ne pensaient pas à m'ennuyer ? »
Son grognement bas provoqua une atmosphère glaciale. Jerome et Fabian gardèrent la bouche fermée et servirent leur Seigneur avec des yeux prudents. Ils comprirent qu'il n'avait pas posé cette question en attendant une réponse.
« Fabian. Informez tout notre territoire du Nord que je les honorerai de ma présence. Je devrais faire mes tournées avec tout le monde puisque c'est sur le chemin. »
« Mais, Votre Grâce, alors... »
« Cela n'a pas d'importance. J'ai hâte de voir à quel point ils peuvent lutter. Cela me rendra très heureux de les voir brûler d'esprit combatif. De cette façon, les piétiner sera amusant. »
« Oui, Votre Grâce. »
Fabian donna une réponse courte et ferme.
« Jerome. Je partirai bientôt. Vous restez ici et escortez la duchesse à la maison. Ne vous sentez pas obligé de vous précipiter à la maison. »
« Oui, Votre Grâce. »
Jerome suivit derrière le duc, qui quittait déjà le manoir. Hugo laissa un dernier message avant de monter sur son cheval.
« C'est la Dame de la Maison de Taran. Donnez tous vos respects à elle. »
« Nous suivrons vos ordres, Votre Grâce. »
Il donna un coup de pied à son cheval et courut au loin. Les chevaliers qui étaient en attente suivirent derrière lui. Jerome resta immobile, regardant le duc jusqu'à ce qu'il ne puisse plus être vu. Avant d'ouvrir la porte du manoir, il se tourna une fois de plus vers la direction que le duc avait disparue.
« ... La Dame de la Maison de Taran. »
Le duc n'avait pas dit de grands mots. « Donnez tous vos respects à elle ». Il avait transmis des mots qui étaient si évidents. Mais ces mots évidents parlaient d'eux-mêmes par le simple fait qu'ils étaient prononcés par Hugo, le duc de Taran lui-même. Le duc n'était pas quelqu'un qui s'occupait des autres. Il ne prenait même pas la peine de garder l'apparence de le faire.
« Est-ce que je lis trop profondément dans quelque chose qu'il a dit avec désinvolture ? »
Seul l'avenir pouvait le dire.
(fin)