Chapitre 558
Jour 107 – Matin, Théocratie, rues
Moi qui croyais tenir le rôle du figurant ordinaire, voilà que j’étais plutôt dans celui de la princesse ou de l’héroïne kidnappée ? Un Lycéen en détresse, captif ? La belle chevalière au visage sévère me tenait fermement et me traînait dehors, jusqu’au camp ennemi, les mains entravées dans le dos. Ouais, être retenu par quelqu’un en armure, ce n’était pas très agréable. Mais ne serait-ce pas un problème si je me contentais de lui retirer son armure ? La qualité de fabrication était médiocre, les jointures mal ajustées… On aurait dit qu’il était facile de la démonter pièce par pièce.
Bon, pour résumer calmement la situation : j’avais été enlevé ? Épingler l’emplacement ?
Donc, là, j’étais en gros un Lycéen en détresse, mais est-ce qu’il y avait seulement un public pour ça ? La belle chevalière au visage sévère allait-elle m’interroger et me torturer de toutes les façons possibles, avant que je ne lance : « Kuh… Montrez-leur enfin » et qu’on découvre quelque chose ? Hein, c’était carrément flippant !?
Mais bref, alors qu’on m’enlevait, l’ennemi ne cessait de hurler de toutes ses forces : « N’approchez pas ! Si vous avancez, il y passe ! » Pourtant, personne ne paniquait, ni ne tentait de s’approcher. Ils mâchaient simplement leurs sandwichs, l’air vaguement exaspéré, sans la moindre inquiétude. Hé, on traînait un Lycéen dehors pour le kidnapper, là ! Un pauvre Lycéen innocent et sans défense se faisait enlever, vous savez ? Cette histoire ne devait-elle pas déboucher tout droit sur une séance de sévices ? Avec ces regards vides ?
« Je ne le fais pas de mon plein gré, mais j’ai placé ce garçon sous ma garde. Je n’aurais jamais voulu en arriver là, mais la situation de l’État est si grave. Je vous demande de déposer les armes et de vous rendre. Sinon… nous tuerons ce garçon et le combat s’engagera ! Votre Altesse, la décision vous appartient ! »
« « « « ………… ? » » » »
Ils me regardaient d’un air curieux, leur sandwich dans la bouche ? Ouais, les sandwichs d’aujourd’hui étaient garnis d’escalopes panées à la sauce miso et au sésame, et ils avaient un succès fou ?
« Hein !? A-aucune réaction !? C’est pas le moment où quelqu’un devrait dire : “Libérez l’otage !” ou “T’en fais pas, on va bientôt te sauver !” ou un truc du genre ? Pourquoi vous me regardez comme ça !? Ce pauvre Lycéen innocent est dans de beaux draps : une chevalière lubrique l’a kidnappé et le tient fermement, et tout ce que vous trouvez à faire, c’est de me lancer un regard vide !? Bon, d’accord, il est plutôt réussi, votre regard vide, mais le Lycéen est sur le point d’exploser spontanément en direct, en pleine prise d’otage ! Alors, euh… Kyaaa, au secours (d’un ton monocorde) ? Enfin, j’imagine (d’un ton monocorde) ? »
« Eh ben, elle l’a vraiment kidnappé !? »
« Reitesia, qu’est-ce qui te prend ! …C’est dangereux, tu sais ? Pour toutes sortes de raisons. La chasteté, par exemple ? »
« Bon, comme c’est l’ennemi de Dieu et le Roi de la Luxure, le capturer est peut-être la bonne décision ? Mais c’est risqué, quand même… »
« Ouais, c’est à la fois la bonne et la mauvaise décision ? On devrait peut-être lui coller une étiquette “Matière dangereuse” ? »
« Et puis, il ne s’est pas jeté tout seul dans la gueule du loup, en gros ? »
« « « « VERDICT : COUPABLE CONFIRMÉ ! Franchement, si ça avait été un homme d’âge mûr, il l’aurait sûrement massacré, non ? » » » »
Une fois encore, ce pauvre Lycéen, qui était pourtant la victime, kidnappé par une ravisseuse lubrique, se faisait condamner à tort ! Évidemment que je frapperais un homme d’âge mûr qui tenterait de me serrer dans ses bras. Si j’acceptais, c’est moi qui serais dangereux ! Pourquoi traitaient-ils une évidence comme une révélation majeure ? C’était une accusation totalement mensongère ! En tant que victime d’enlèvement, j’exigeais qu’une équipe de défense soit convoquée immédiatement !
« Écoutez-moi bien : ses cheveux noirs prouvent qu’il est l’invité de la Famille Royale de Diorer ! S’il lui arrive quoi que ce soit, cela deviendra un incident international, même pour Aryuuka (la Théocratie). Nous ne plaisantons pas ! »
« « « « ………… ? » » » »
Sérieusement, pourquoi continuaient-ils à manger leurs sandwichs ? Pourquoi en reprenaient-ils ? Et était-ce vraiment le moment pour la Présidente en armure et la Danseuse-san de distribuer du thé aux champignons ? N’étaient-elles pas censées être mes gardes du corps ou un truc du genre ? Bon, leur mission de bandeau sur les yeux était déjà discutable, mais quand même. Bref, puisque j’avais été kidnappé, l’heure était venue de faire ça.
« Hum. …Kyaaa, on va me tuer, yo, on m’a kidnappé, yo, enlèvement, yo, quel frisson, yo ? Ahhh, quel désastre, quelle catastrophe, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ? Check it now (d’un ton monocorde) ? Enfin, j’imagine (d’un ton monocorde) ? »
Pour une raison ou une autre, tout le monde se figea… Ils étaient sûrement stupéfaits, paralysés par mon cri déchirant. Et ils continuaient à me regarder d’un air vide ?
« De l’aide, hein… Pour aider la chevalière qui retient un objet dangereux à échapper au Roi du Sexe ? »
« Non, peut-être que ça veut dire qu’il faut la sauver avant qu’elle se fasse berner, dépouiller de tous ses biens, puis que le Roi du Sexe lui tombe dessus ? »
« Ou alors, il faut nous sauver de la façon dont Haruka-kun traite le bon sens comme une absurdité ? »
« « « Même si tu nous demandes de l’aide, avec un sourire aussi radieux et heureux… » » »
Mais pourquoi les soldats de l’Église étaient-ils eux aussi figés ? Peut-être avaient-ils simplement le corps trop raide ? Si c’était pour aider la belle chevalière au visage sévère à s’étirer, j’étais tout à fait prêt à l’aider à glisser — ou à laisser mes tentacules se glisser — quand elle voulait. Ouais, j’avais même apporté du lubrifiant ?
Et alors survint cet instant fatal d’inattention : sans signe avant-coureur, sans le moindre avertissement, la Présidente en armure et la Danseuse-san fondirent soudain sur nous, telles des hirondelles fendant les airs. Dans leurs mains, quelque chose brillait… d’immenses plateaux ?