Chapitre 553
Jour 106 – En journée, Pays des Hommes-Bêtes, sur la route
Horsie-san avait bel et bien rapetissé et réduit le nombre de ses pattes à quatre. On pouvait donc dire qu’il avait l’air beaucoup plus banal que la puissante bête divine à huit pattes qu’il était autrefois.
Mais, en réalité, tout ce qui s’était passé, c’était qu’un cheval monstre de rang mythique avait été rétrogradé au rang de monture géante d’un seigneur de guerre postapocalyptique. Alors, selon les critères ordinaires de la vie quotidienne, il attirait encore pas mal l’attention, non ? Les gens sur la route le dévisageaient, détalaient en panique, puis lui jetaient un second coup d’œil en douce avant de détourner précipitamment les yeux. Et pourtant, c’était censé être un déguisement.
La Théocratie interdisait l’entrée aux carrosses venus d’autres pays. Seules les diligences publiques et celles munies d’une autorisation spéciale pouvaient entrer ou traverser le territoire. …Alors Haruka-kun avait collé « Carrosse de l’Église » sur les carrosses en déclarant que tout était réglé. Voilà, en gros, sa méthode d’infiltration. Apparemment, il suffisait d’écrire le nom pour passer inaperçu.
Au départ, nous avions empêché Haruka-kun de s’infiltrer tout seul, non seulement parce que c’était dangereux, mais aussi parce que nous nous demandions s’il était seulement capable de se faire discret ou de manœuvrer dans l’ombre. …Mais visiblement, nous n’avions pas eu à nous inquiéter. Qu’est-ce qui nous avait pris de nous faire du souci ? Pourquoi avions-nous organisé des réunions jusque tard dans la nuit ? C’était un Carrosse de l’Église, après tout ?
Ouais, nous avions réussi à passer la forteresse frontalière. Parce qu’elle avait été réduite en miettes. L’infiltration n’avait pas été découverte, puisqu’il ne restait aucun témoin pour raconter quoi que ce soit. Même les gardes en patrouille à l’intérieur de la Théocratie n’avaient posé aucun problème : le temps qu’ils accourent en criant « Halte ! », ils se faisaient déjà piétiner. Selon lui, ils n’avaient eu le temps d’articuler que « Ha », donc tout allait bien. Sans aucun doute, même s’ils avaient réussi à le crier à toute vitesse, il aurait appliqué la règle des trois secondes. Autrement dit, si on avait trois secondes devant soi, on pouvait renverser n’importe qui. C’était une infiltration autoproclamée : passer inaperçu en étant absolument prêt à faucher tout le monde.
« Ouais, la porte de la forteresse était enchantée avec Résistance physique et Réflexion magique. Il y avait aussi des trucs qui ressemblaient à des systèmes d’alarme. Super sécurisé. Mais les murs de la forteresse, eux, n’étaient que des pierres empilées les unes sur les autres ? Alors, avec le réacteur à mana que j’avais “discrètement” fixé au carrosse, on a foncé à travers comme un bélier propulsé par une fusée, grâce à une double collaboration tout mignonne entre Horsie-san et Slime-san. Discret, hein ? »