Chapitre 474
100e jour – Matin, ville d’Omui, dans les rues
Jour après jour, le quartier commerçant de la ville devient plus coloré, plus vivant. Une scène animée, faite de marchandises diverses, de cris joyeux de commerçants et de visages souriants, remplit les rues. Les gens qui, autrefois, ne pensaient qu’à survivre ont commencé à vraiment vivre. Et avec ce passage de la survie à l’existence, l’argent a cessé d’être réservé aux armes et à la nourriture pour se tourner vers les produits de première nécessité et le confort domestique. Une touche de prospérité est apparue dans le quotidien, avec de beaux vêtements, de la nourriture délicieuse et des foyers animés. On a enfin l’impression que cet endroit est devenu une vraie ville.
J’esquive une pluie de météores composée d’orphelins tout en dispersant des miettes de biscuits, et je traverse le quartier commerçant. C’est plutôt animé, hein ?
Une fois qu’une économie commence à tourner, elle continue de circuler, générant distribution et consommation. C’est devenu une véritable ville capable de se développer naturellement par elle-même, maintenant. Ouais, alors, que diriez-vous d’alléger un peu ma charge de travail ?
La file animée des boutiques prend fin, et devant moi se dresse la ligne de front de la ville, la clé de voûte de ses défenses : le manoir du seigneur, qui est en réalité une forteresse. Comme s’il cherchait à défier la Forêt du Mal, il a été positionné au point le plus dangereux de la Frontière, avec l’intention de servir de bouclier à la ville et au territoire ; c’est, d’une certaine manière, son point de défense le plus crucial. Pourtant, je passe sans que personne ne m’arrête, pas le moindre garde. J’entre tout simplement.
Comme toujours, il n’y a absolument aucun sens de la prudence ou de la sécurité ici. Que ce soit les gardiens aux portes de la ville ou celui du manoir du seigneur, ils laissent tout le monde entrer. Même les Empereurs des Donjons se promènent ici tous les jours comme si de rien n’était. Personne ne se fait jamais arrêter. Que faudrait-il pour se voir refuser l’entrée ici ? Les critères des gardiens restent un mystère éternel, mais ouais, je suis encore passé aujourd’hui ? L’Empereur des Donjons me salue avec entrain depuis le sommet de ma tête.
Un tapis épais et respectable s’étend sous mes pieds, et les murs sont ornés de meubles magnifiques, mais malgré sa splendeur, le manoir ne montre aucun signe d’utilisation ou de vie réelle… Ils vivent toujours tous dans cette minuscule pièce sur le côté, en famille, hein.
« Ah, Haruka-kun. Désolé de t’avoir fait venir comme ça~. Mais tu vois, le fait qu’une grande compagnie commerciale continentale cherche à ouvrir une boutique ici, c’est un événement majeur pour une ville de Frontière comme la nôtre, non ? En tant que seigneur local, c’est… eh bien, c’est quelque chose, n’est-ce pas ? Jusqu’à présent, nous dépendions entièrement du magasin général pour toutes nos importations et exportations… J’ai fait ce que j’ai pu pour inviter diverses compagnies commerciales, mais sans succès. Mais là, maintenant ! L’une des compagnies les plus éminentes du continent, la Compagnie Commerciale Deiribauru, a proposé de s’installer ici. C’est quelque chose qui dépasse même les rêves les plus fous de mes prédécesseurs. J’en suis vraiment reconnaissant, mais en même temps, je ne peux m’empêcher de craindre que nous ne fassions qu’ajouter un fardeau supplémentaire sur tes épaules, Haruka-kun ? J’aimerais vraiment connaître ton opinion honnête. Du point de vue de la Frontière, c’est un rêve devenu réalité, mais si tu es contre, alors c’est ainsi ; tout le monde a accepté de se plier à ta décision. Alors ne te retiens pas, enfin… Ce n’est pas comme si tu le faisais d’habitude, n’est-ce pas ? Donne-moi juste ton avis directement. »
Meripapa-san continue de parler de tout et de rien, mais il semble que ce ne soit rien de grave. Pourtant, il y a un problème d’une immense gravité : Meripapa-san a fait venir la dame de la livraison de santé ! Il vaut mieux rapporter ça à Murimuri-san. Je me suis fait remonter les bretelles pour ça, après tout, alors Meripapa-san devrait totalement se faire gronder et rosser pour ça aussi.
« Nous, à la Compagnie Commerciale Deiribauru, avons reçu d’innombrables invitations de votre part au fil des ans, sans jamais être en mesure de vous donner une réponse appropriée. Nous le regrettons profondément. Nous nous sommes longtemps sentis en conflit face à la situation de la Frontière, et bien que nous ayons fait de notre mieux pour faciliter l’approvisionnement et les ventes via la Compagnie Commerciale Zakarliya… Nous ne pouvions tout simplement pas contourner les coutumes de la Théocratie et de la Confédération. Pendant ce temps, le territoire forestier du Pays des Hommes-Bêtes était tombé dans l’anarchie, et nous ne pouvions pas, en toute conscience, y envoyer notre propre personnel… Ainsi, au sein de la Frontière, nous avons toujours opéré strictement en tant que sous-traitants sous la tutelle de la Compagnie Commerciale Zakarliya. C’est une ligne que nous ne pouvons franchir, par respect pour la seule personne qui a soutenu toute la logistique de la Frontière à elle seule pendant tant d’années. C’est un point sur lequel nous ne pouvons céder, pour le bien de notre dignité de marchands. L’approvisionnement dans la Frontière continuera d’être géré par la Compagnie Commerciale Zakarliya, et nos ventes donneront la priorité aux produits non déjà proposés par eux. C’est la seule condition sur laquelle nous devons insister, une ligne que nous ne pouvons franchir en tant que marchands et en tant que compagnie. Néanmoins, si vous trouvez cela acceptable, nous demandons humblement la permission d’établir une boutique ici, même si cela signifie ravaler notre fierté pour faire cette proposition à ce stade. »