Chapitre 462
Jour 98 – Soir, Donjon, 85e étage
Il semblait que tout le monde était en réalité assez furieux. Le cadavre de Haruka-kun, piétiné, écrasé et malmené par la colère de jeunes filles en furie, gît sur le sol du dernier étage du donjon. Il est pourtant bien plus dangereux qu’un Maître de donjon, mais le tas de corps humide et torride d’aujourd’hui avait une puissance destructrice bien supérieure à la normale, tant visuellement que… sur d’autres plans… Alors, les yeux de Haruka-kun se sont transformés en petits X_X joyeux ?
Parce que… elles ne voulaient pas l’entendre. Aucune d’entre nous ne veut jamais l’entendre dire « Désolé » après avoir été autant choyées, gâtées, protégées, chéries et veillées avec tant de douceur tout ce temps. La dernière chose que nous voulions, c’était que Haruka-kun nous dise quelque chose comme « Désolé », peu importe ce qui s’était passé !
Ce serait une insulte envers Haruka-kun et tous les efforts qu’il a déployés pour nous protéger, ce serait une gifle au visage de Haruka-kun et à tout ce qu’il a fait pour nous aider ! C’est pourquoi, même s’il s’agit de Haruka-kun, c’est impardonnable. Non, parce que c’est Haruka-kun, c’est particulièrement impardonnable. Il n’y a aucune chance que nous puissions lui reprocher quoi que ce soit ! Même si, hypothétiquement, c’était une erreur, même s’il y avait eu une quelconque lacune, peu importe ce que c’était, nous lui pardonnerions sans hésiter. Qui pourrait blâmer quelqu’un qui a tant fait pour nous ? Pourquoi diable devrait-il être celui qui s’excuse, alors que nous avons reçu notre bonheur, nos vies, tout ce que nous sommes, de lui ?!
Il essayait sérieusement de créer une armure capable de nous protéger parfaitement. Bien qu’elle soit déjà au niveau des objets de haut rang trouvés dans les étages les plus profonds du donjon, chaque pièce était faite à la main et conçue sur mesure pour chacune d’entre nous. Nous savions toutes combien de fois il les avait refaites, avec quelle minutie il les avait testées. Qui pourrait en demander plus !
C’est pour ça que tout le monde s’est énervé et lui est tombé dessus. Elles ont probablement pensé qu’un sermon ne suffirait pas, alors elles ont essayé de lui faire la leçon avec leurs corps.
Mais même ainsi… même si nous hurlions « Ça suffit ! » à pleins poumons, cela ne l’atteindrait probablement pas. Il s’inquiéterait toujours. Si quelque chose nous arrivait, il serait écrasé par la culpabilité et se blâmerait lui-même. C’est pourquoi nous ne mourrons jamais. Parce que si nous le faisions, Haruka-kun souffrirait. Même si c’est dangereux, nous n’arrêterons pas d’essayer de devenir plus fortes, car sinon, Haruka-kun continuera de se blesser tout seul.
« Que fait-on de ce cadavre à l’air si heureux ? »
« Si on le laisse ici, ça pourrait être gênant pour le donjon, non ? »
« Ouais, imaginez si Haruka-kun devenait le Maître du donjon… ce donjon deviendrait un sacré problème, pas vrai ? »
« « « Ramassons-le et rentrons ! C’est une substance dangereuse qui ne peut absolument pas rester au dernier étage ! » » »
Même si c’est une tâche insensée, nous prendrons des risques en toute sécurité pour devenir plus fortes. Et même si c’est dur… elles jouent à des jeux de société pour éviter l’ennui ici, blâmant Slime-san dès que quelque chose semble un peu risqué pour pouvoir toutes se précipiter à son aide. Et si nous sommes en danger, ne serait-ce qu’un peu, il se blâmera lui-même. C’est pourquoi tout le monde est en colère.
« « C’est, d’accord. Nous allons, le porter, pour rentrer… c’est, notre Maître, après tout. » »
(Grelotte-Grelotte~)
S’il pouvait seulement s’inquiéter un peu pour lui-même, comme il s’inquiète pour nous. S’il pouvait seulement se gâter un tout petit peu, comme il nous gâte. Mais… probablement, certainement, cette pensée ne peut pas du tout l’atteindre. Très probablement, une fois rentrés, il recommencera à redessiner l’armure depuis le début, en essayant de finir avant le matin.
Il a déjà fabriqué plus de trente armures. À un moment donné, il a même commencé à en faire pour les gens de l’église. Comme il n’a pas pris leurs mesures, le design est un peu simple et robuste, mais elles sont toutes ajustées et purement orientées vers la défense. À ce rythme, il pourrait même finir par fabriquer de l’équipement pour le groupe d’Oda-kun et celui de Kakizaki-kun, soit plus de quarante armures au total. La vitesse à laquelle il les produit est folle. Mais cette vitesse pèse sur son cerveau. Et pourtant, même s’il a l’impression que sa tête va exploser, il continuera.
« Ahhh, d’une certaine manière, quand on dit "effondré d’épuisement au dernier étage du donjon", ça semble tragique, mais quand on dit "écrasé par une nuée de femmes perverses", ça ne semble pas tragique du tout ? Pourquoi, je me le demande ? Ouais, où dépose-t-on un rapport de dommages pour que les sentiments sincères d’un pauvre lycéen, attaqué par des "Perverses (femelles) Niv. 110" au fond d’un donjon, soient réellement pris au sérieux ? Au Bureau des Pervers ? »
« N’appelle pas les jeunes filles des "femmes perverses" ! » « « « Ouais, c’est ça ! » » » « Et arrête de formuler ça comme si nous étions des monstres, genre "Perverse Niv. 110" ! Et si ce statut nous collait à la peau ?! » « « « Hein ?! …Ouf, sauvées ! » » »
« Je veux dire, si vous vérifiez votre statut à ce moment-là, vous admettez déjà l’offense, vous savez ? Pas vrai, les Perverses ? » « « « Guh… guhhnnn ! » » »
Quand nous sommes retournés à l’auberge, des invités nous attendaient. Ce marchand louche de ce matin et une dame élégante. Tous deux semblaient avoir à peine dépassé la vingtaine, habillés avec soin et arborant des sourires polis, quoique légèrement tendus, mais avec une acuité calme et intelligente. Mais, ce kit de maquillage était en fait plutôt bon. Et… pour une raison quelconque, Haruka-kun est assis formellement en seiza ?
« Euh, le monsieur de la santé d’âge moyen et la dame de la livraison santé, c’est ça ? »
« « « Pourquoi as-tu appelé une fille de livraison santé ici ?! COUPABLE ! » » »
Attends, donc le marchand de ce matin venait d’un service de livraison santé, et il avait amené une dame maintenant ?! Ouais, ça mérite clairement une réprimande.
« Fufufu~ Un sermon ? Souhaites-tu une réprimande impitoyable et incessante ? Souhaites-tu une réprimande semblable à une tempête qui souffle l’acier et déchaîne les flammes, tuant tous les corbeaux du monde entier ? Toute notre force est concentrée dans un poing serré, prête pour un sermon dévorant. Un simple sermon NE SUFFIT PLUS ! UN SERMON ! UN SERMON TOTAL !! »
« « « La Présidente a disjoncté, médecin, le traitement habituel s’il vous plaît ! » » »
【Traitement en cours. Miam miam.】