Chapitre 56
Les marais s'effacèrent pour l'humus tassé d'une forêt d'arbres organiques, très droits, et qui n'abritaient en rien de la pluie matinale. Puis une route de terre. Le Wau cessa de courir et de bondir pour marcher à un pas régulier - marcher, dans l'Armure, était une forme de repos.
Sur la route, des voyageurs d'autres mondes, mais aussi d'autres temps. Les Xenos n'avaient aucune barrière à utiliser le mode de locomotion le plus simple, fut-ce un vaisseau ou chevaucher un oiseau bipède. Entre les arbres droits et serrés qui donnaient l'air d'une sapinière et la route de terre, des carrioles de bois branlantes, des Xenos porteurs d'immenses paquets qu'ils faisaient parfois rouler devant eux comme des bousiers. Souvent un Xeno en portait deux, parfois en portait dix, parfois on ne savait plus qui portait l'autre.
Dépassant et observant ces Xenos qui eux, ne répondaient que par l'indifférence, le Wau eut une illumination mêlée de mystère. Les Xenos étaient tous différents, ici : insectoïdes, vers, créatures protéiformes dotées de pattes et d'ailes, parfois serpents humanoïdes se dandinant dignement, d'autres, grosses masses, se cachaient sous de grands tissus sales. Quelques souris longues qui se précipitaient entre ses pieds. Booz, et Babylone, sont appelées dans toute la SH comme « la mecque des Xenos ». Des Xenos semblaient venir de l'univers entier, mais il s'agissait d'une part de Xenos différents de ceux que l'on voyait sur Prospero ou Calchas. Pas d'anticyclope. Pas de Mu'min ou de N'pali. Mais ce n'étaient pas des Xenos d'ici non plus.
Booz n'était pas connue pour ses astroports, et encore moins Babylone : les vaisseaux de la SH, de tourisme exotique surtout, se posaient à proximité de la ville. Donc, d'où venaient-ils ? Et pourquoi personne ne s'était posé la question ?
Le Wau accosta un homme serpent à six yeux qui le regardait curieusement. Il le salua, et l'autre répondit avec des gestes. La langue stellaire. La lingua franca des Xenos. Et dire qu'il ne la connaissait pas, lui, le Wau. Il reprend son chemin, guettant la présence éventuelle des humains.
Babylone apparaît entre les longs arbres serrés : au bord de la mer intérieure, dans ces zones humides. Mais les constructions se dressent haut, et pour cause : un gros rocher blanchâtre et sale, large comme la ville, semble être tombé du ciel, ou monté des enfers, pour offrir un socle. Sur une base de maisons carrées qui semblent tirées des temps anciens de la terre, les Xenos ont bâti des termitières, des tours rigides, parfois de modernes flèches de verre impénétrable, parfois aussi des pyramides ou des grandes arches en plein air, servant de délimitation à des espèces qui n'avaient pas besoin de toit.
Un type, un humain, cheveux longs et sales, vêtements humides, des appareils hors d'âge autour de la ceinture, guide des touristes et aperçoit le Wau. Il s'approche en criant :
- « Alors alors, ne vous avais-je pas dit qu'on peut TOUT trouver à Babylone ? »
Le Wau scanne rapidement leur psyché affleurante. Le type est un guide touristique, un gars un peu simplet qui est humanophobe et qui vit heureux ici avec les Xenos. Il a pris un peu de drogue locale et il est à moitié persuadé qu'il est un Xeno. Derrière lui, il y a un type limite psychopathe qui veut avoir des relations sexuelles avec un Xeno. Il a fait le voyage pour ça. Ça tourne maladivement en boucle dans sa tête et la vue du Wau le révulse. Enfin, il y a un couple de personnes un peu âgées. Lui est géographe stellaire et voulait voir Booz avant l'After. Sa femme l'accompagne mais n'est pas rassurée. Elle ne l'aime plus depuis longtemps.
- « Vous êtes bien un Wau, m'sieur ? demande le guide. Je m'appelle Lovis. Chuis guide. Dites moi, on peut prendre une photo ?
- Oui, le temps que vous répondiez à mes questions.
- Ah ben, si j'peux vous aider, je s'rai tellement content ! »
Le couple avait sorti un terminal bon marché et prenait des photos. - « Vous parlez la langue stellaire ? demanda le Wau.
- Ouaip ! Disons je la baragouine. Je peux vous servir d'interprète.
- Vous l'avez apprise où ?
- La seule façon de l'apprendre c'est d'aller au temple...»
Ses ondes cérébrales vibraient d'un mensonge fébrile.
- « Et vous, vous l'avez apprise comment ?
- Au temple bien sûr !
- Lovis, déclara le géant qui le toisait du double de sa taille, je ne suis pas là pour vous poursuivre ou vous juger. Je veux apprendre la langue stellaire, rapidement. Dites moi la vérité, et non seulement je garderai le secret, mais en plus je serai votre débiteur.
- J'ai un livre, chez moi...je l'ai trouvé par terre...»
Dans son esprit, l'image furtive d'un livre qu'il dérobe dans un temple Xeno. Le Wau posa un mouchard sur lui comme il l'avait fait avec Ada
- « Bien. Autre question, Lovis...tous ces Xenos, ils viennent d'où ?
- C'te question, ils sont là depuis toujours !
- Ils sont bien venus ici à un moment, non ?
- Pas que je sache, non. En tout cas, y a zéro vaisseau Xeno qui se pose ici, que ceux de la SH. Alors peut-être qu'ils ont des vaisseaux invisibles. Y a un conte Xeno rigolo qui s'appelle « ils vont tous en ville » qui raconte l'histoire de Babylone. Ils disent qu'ils sont tous venus à pied ici. D'ailleurs, comme vous, m'sieur ! »
Le Wau se retourna. Plusieurs routes partaient de Babylone, on les voyait d'ici, et elles portaient toutes leur flot de Xenos. Ils viennent à pied des innombrables villages de la planète. Et avant cela ?
- « Lovis, la Confrérie des deux mondes, elle est basée à Babylone ?
- P'têtre ! C'est ce que les touristes disent.
- Oui, s'approcha le géographe. Je viens aussi pour ça. Les documents universitaires montrent qu'il y a une petite dizaine de pirates basée sur Booz. Mais vous savez quoi ? En abattant les contrebandiers de toute sorte pour prendre leur butin, les pirates sont paradoxalement très sains pour la SH, à tel point que la Flotte envisage d'en faire des corsaires.
- J'ai entendu parler de ces documents, dit le Wau. Mais avez-vous vu des membres de la Confrérie des Deux mondes ici ?
- Je vais vous dire la vérité, dit Lovis parfaitement sincère, tout le monde dit qu'ils sont ici. Tout le monde dit qu'ils voient des vaisseaux de la Confrérie aller sur Babylone. Et j'veux bien les croire, les deux mondes de la Confrérie, c'est bien les HUMAINS et les XenoS. Les DEUX mondes. Mais la vérité, la vérité, Wau, j'en ai jamais vu.
- Dites, dit le géographe, vous en pensez quoi de cette histoire d'Aleph ? »
Le Wau reprit sa marche vers la ville. Même en marchant lentement ses enjambées étaient telles qu'on ne pourrait pas le rattraper. Il déclara avant de se retourner :
- « Qui sait ? L'Aleph veut voir l'Ordre Wau et les Transients détruits. Bonne visite à tous. Lovis, je repasserai vous voir.
- Attendez que j'vous donne mon adresse ! » cria-t-il alors qu'il s'éloignait, mais il n'eut pas le temps de détailler.
Le Wau entra dans Babylone. Architecture anarchique, psychotique. Des Xenos partout, qui la plupart du temps ne faisaient rien, contemplant le ciel nuageux ou un mur sale. De grandes places silencieuses et pourtant bondées, où tous les Xenos parlaient la langue stellaire juste avec des gestes. Le sol était dans ce rocher blanc dur, presque impénétrable. De temps à autre, le Wau voyait des antennes verticales bourdonnantes, semblables à des réverbères. Peut-être étaient-ce des réverbères.
Il en toucha un pour l'analyser.
Aussitôt, les rues se vidèrent, comme si les Xenos étaient depuis toujours une illusion. Il retira sa main gantée de métal, et les Xenos réapparurent, poursuivant leurs activités dans l'indifférence. Il repose la main : la cité est identique, les murs sont du même angle et de la même couleur, mais les Xenos disparaissent. Il analyse l'antenne : un simple poteau de métal alimenté en électricité. Facétie Xeno ?
Le centre de Babylone : une grande place dédiée aux religions, une infinité de cultes, sous des tissus sales, des pyramides d'or ou en plein air qui parfois avaient un seul croyant qui était aussi le grand prêtre. Des sacrifices de Xenos vivants, tous volontaires, avaient lieu ici.
Le Wau écarta les voiles du temple de l'Épopée Humble de Toute Vie. Un Xeno inconnu, dont le corps était un Ourobouros léger dont la rotation le suspendait dans l'air, s'approcha. Il éternua des salutations et ses gouttelettes respiratoires, lumineuses, formèrent des sigles en langue stellaire.
- « Je ne comprends pas la langue stellaire, prêtre, » expliqua le Wau.
Le Xeno flotta vers un tas de feuilles de papier, des morceaux de végétation séchées, éparpillées. Elles portaient toutes le même texte :
SALUTATIONS AMI HUMAIN SI VOUS LISEZ CE TEXTE C'EST QUE VOUS NE COMPRENEZ PAS MA LANGUE LA LANGUE STELLAIRE JE VOUS PRÉSENTE MES EXCUSES JE NE CONNAIS PAS VOTRE LANGUE ET CE TEXTE M'A ÉTÉ AMICALEMENT TRÈS AMICALEMENT ÉCRIT PAR UN AMI JE NE PEUX PAS VOUS APPRENDRE LA LANGUE AVANT J'AVAIS UN OUTIL MAIS L'OUTIL EST PERDU GRAND MALHEUR CONNAISSANCE PERDUE JE NE PEUX PAS VOUS AIDER MAIS IL Y A UN TEMPLE DE CEUX QUI RACONTENT LA VIE QUI SERA OUBLIÉE DANS L'AUTRE VILLE DES HUMAINS DE CETTE PLANÈTE LE PRÊTRE EST UN AMI BON AMI ET AMICALEMENT VOUS AIDERA JE SUIS TRISTE DE NE PAS PARLER AVEC VOUS UN JOUR ON PARLERA ET JE VOUS DIRAI L'AMOUR ET VOUS ME DIREZ L'AMOUR LE FUTUR EST BEAU
Le Wau s'inclina respectueusement et le Xeno postillonna des mots incompréhensibles.
Avec le soleil de l'après-midi, toute l'humidité de la ville séchait et beaucoup de Xenos s'alignaient sur les ombres des constructions. Le Wau poussa jusqu'aux limites de la ville, face à l'océan. Sur le bord du rocher blanc, les Xenos avaient construit de bois et de lianes des filets avec lesquels ils ramenaient des produits de la mer intérieure...une faune aussi étranges et diverse que les pêcheurs.
Les regardant faire, face aux vagues émaillées de blanc, le Wau constata aussi que tous ces Xenos divers toléraient des conditions climatiques et de teneur en oxygène similaires. Durant ces heures d'errance, quelques-unes contemplatives, quelques autres de réflexion sur les opérations en cours, et d'autres encore sur ses tourments intérieurs, le Wau ne vit aucun vaisseau dans le ciel.
Il repéra où se trouvait Lovis et le rejoignit dans un dédale de petites rues ombragées, à échelle humaine, qui auraient presque pu passer comme normales dans quelque quartier à l'abandon d'une île méditerranéenne de la Terre Mythique. Lovis semblait vivre à l'étage d'une bâtisse qui en comptait un seul, en adobe marron. Il bondit directement sur le balcon et baissa la tête pour entrer dans la pièce noire.
Un tapis de toile. Un sac de cette même toile, bourré d'épines de pin, qui sert de grand canapé lit. Une EV autonome alimentée avec un panneau solaire. Des toilettes qui se résument à un simple trou et une douche par électricité statique. Un tas de livres dans un coin. Lovis mâche une bouchée de fruit Xeno inconnu, préalablement brûlé avec un briquet à huile et dont l'odeur âcre s'infiltre partout. Ses pupilles sont dilatées et il ne reconnaît pas le Wau. Les détecteurs assistés d'IA identifient la présence de tryptamine, un hallucinogène courant.
- « Wow vous êtes super grand m'sieur !
- Vous avez consommé quoi, Lovis ? »
Le type essaie de se lever, ou de bouger, et se retrouve le ventre à terre, tenant son fruit. Le Wau s'approche du tas de livres.
- « Bah, ça a pas de nom en humain. J'appelle ça le citron cool. C'est un pote à moi qui le vend sur le marché mais moi il m'en donne gruatuite...gratuitamenta...gratis quoi, car je fais venir mes touristes. Je vous vois tout grand, et super beau. De temps en temps, vous êtes une femme. Le monde est tellement beau, si vous saviez. »
Le Wau s'empare du premier livre. C'est un carnet épais avec des annotations intitulé les traces de pas de mon âme. Il le plie pour faire défiler d'une torsion toutes les pages en quelques secondes. Il en prend ainsi parfaitement connaissance. C'est un roman exceptionnel sur un homme qui fait le trajet entre Booz Prime et Babylone. Il y a des passages entiers, toutefois, en langue stellaire.
- « La vie, tel le voyage, est une suite de disparitions irrémédiables dont le deuil nous construit, dit le Wau à voix haute. Qui aurait cru qu'un guide pour touristes à moitié camé puisse écrire cela ? Vous êtes doué.
- Tout le monde est doué, ô apparition géante et fantomatique, dit Lovis. Nous sommes des diamants à mille faces, rêvant d'exploser dans la lumière. Mais nous ne sommes pas tous nés avec la bonne inclinaison face au soleil.
- Vous avez pensé à vous faire éditer ?
- Je vis la meilleure vie, mon pote. J'ai mes amis Xenos, mes citrons, des couchers de soleil sur la mer intérieure de Booz...je veux pas changer une virgule de mon présent, même pas pour l'After.
- Je viens pour le livre sur la langue stellaire, Lovis.
- Oh, cherchez le...»
Il était toujours à plat ventre, et il bavait.
- « Il est dans le tas...
- Avant que vous ne partiez dans un monde meilleur, Lovis, les humains de passage ici, ils ont un hôtel ? Un lieu de vie ? Une maison longue ?
- Il y a une sorte de taverne au fond de la rue...un grand endroit vide. Le tenancier s'appelle Ejidio. C'est un con.
- Ce n'est pas un diamant sur la mauvaise face, lui ?
- C'est un diamant...un diamant très con. »
Et Lovis se mit à ricaner sans s'arrêter. Avec un peu de recherche, le Wau trouva parmi tous les romans non publiés un ouvrage mince en peau d'animal. Les pages étaient fines et il les tourna une à une en mémorisant la langue stellaire.
Se rappelant d'un détail crucial, ll s'approche de Lovis. Signes vitaux faibles, mais il rêve à fond.
- « Ce conte Xeno dont vous m'avez parlé, Lovis, il disait quoi ? »
Lovis ne réagit pas. Le Wau lui soulève délicatement la tête...mais ses yeux sont révulsés. Il retourne sur la pile de livres et les feuillette / mémorise un par un. Lovis est doué, peut-être le meilleur écrivain de sa génération. Certains livres sont en langue stellaire, et les glyphes saignent et coulent, ou forment des firmaments. Même sur la forme, la typographie et l'usage des glyphes, il est bon.
Et puis il y a « le conte des deux cités : un récit Xeno entendu à Babylone »
Le récit était plus ou moins le suivant :
Il y a bien longtemps vivaient de nombreux Xenos en bonne entente dans une partie de l'univers. [S'en suit une énumération de toutes les civilisations Xenos en question, décrites par leurs us et coutumes, si longues qu'elles constituaient une bonne moitié du récit. Le Wau reconnut dans les descriptions quelques Xenos qu'il avait croisé sur Booz.] S'ils avaient conquis les étoiles pour se rencontrer, ils ne pouvaient franchir les frontières de leur petite boule de vie dans l'espace, car ils étaient entourés, dans toutes les directions, d'une nébuleuse aussi dense que profonde. Mais dans leur monde, dans une cité abandonnée de pierre blanche, au sommet d'une montagne si escarpée qu'on y avait taillé un escalier, il y avait depuis l'aube du monde un dieu bienveillant. Le dieu demanda à ce qu'on lui apporte un caillou, un caillou spécial. Spécial de quelle façon ? demandèrent les civilisations, mais on sait combien énigmatiques sont les dieux, et il n'en dit pas plus. Chaque Xeno de chaque planète apporta un caillou au Dieu, qui les refusa tous un à un, jusqu'à ce que les cailloux entassés et abandonnés constituèrent les colonnes d'un temple immense et merveilleux. Au final, un Xeno inconnu appelé le solitaire ne revint pas avec un caillou, car sa planète, au sol humide et mou, n'en avait pas. Il vint avec une graine hérissée d'aiguilles, creuse en dedans, grande comme sa tête. Le dieu s'en saisit et dit « c'est ce que j'attendais. » Il la toucha de sa grâce et l'envoya de toute sa force à travers la nébuleuse, y creusant un long tunnel jusque vers le reste de l'univers. Mais le tunnel était fort étroit et les Xenos craignaient que leurs navires s'y échouent. Alors depuis son trône lointain, le dieu leva haut sa main et déclara : la graine sacrée a été lancée et vous avez vu un chemin. Mais quand un chemin est créé, aussi est créée son ombre. Avancez droit dans ma cité, pour découvrir l'autre. Et les Xenos courageux avancèrent dans la cité du dieu pour se retrouver dans une autre, belle et bonne, la cité de tous les Xenos, de l'autre côté des murs de la nébuleuse.
Le récit recoupait bien des éléments de l'histoire de Babylone. Tôt ou tard, tout aurait un sens. Il n'y avait qu'à ouvrir les yeux.
Le Wau enjamba Lovis, puis en quelques bonds, comme une créature mystérieuse de la nuit passant entre les lunes d'or, entre les tours, les oiseaux indigènes, et les Xenos volants qui flottaient la brise de mer, retomba sur la place des temples pour remettre le livre au prêtre. Il signa en langue stellaire ses premiers mots :
- LIVRE DE TOI. AMOUR TOI.
- MOI AMOUR TOI, répondit l'Ourobouros en oscillant rapidement. ARMURE. PÈLERIN. MESSAGER.
Le Wau avait des questions, mais elles étaient encore trop jeunes dans son esprit pour qu'elles soient vraiment pertinentes. Il s'excusa, bondit à nouveau pour retrouver l'antre de Lovis, puis la taverne du diamant très con, sur une place à l'image du quartier humain de Babylone : tranquille, et surtout : vide.