Chapitre 220
Hélios releva lentement la tête en direction de Lola.
Il resta silencieux quelques secondes avant de prendre la parole.
« J'ai volontairement accepté tes incitations et j'ai continué à jouer. Mais ma patience a des limites, Lola. Tu devrais pourtant savoir que je déteste perdre mon temps. »
Il marqua une courte pause.
« Pourtant, j'ai passé plusieurs jours à participer à des activités qui, jusqu'à preuve du contraire, ne m'ont rien apporté. Alors, j'aimerais simplement en connaître la raison. »
Lola releva légèrement la tête et le regarda.
Elle hésita.
« C'est… En fait… Désolée. »
Elle baissa les yeux avant de poursuivre d'une voix plus faible.
« Il n'y avait aucun entraînement caché derrière tout ça. Et il n'y avait pas non plus de raison secrète pour améliorer ta force. Je voulais simplement qu'on s'amuse ensemble. »
Hélios resta silencieux.
Une seconde.
Deux secondes.
Puis trois.
Cinq longues secondes s'écoulèrent avant qu'il ne tourne précisément la tête vers Lola.
Sa voix était parfaitement calme lorsqu'il reprit :
« Il n'y avait aucun entraînement ? »
Il marqua une courte pause.
« C'était simplement pour s'amuser ? »
Lola acquiesça timidement.
« Oui, mais… »
Hélios lui coupa la parole sans hausser le ton.
« Lola, es-tu en train de me dire que j'ai perdu cinq jours ? Non… six jours. Six précieux jours que j'aurais pu consacrer à mon apprentissage, perdus dans des plaisanteries inutiles ? »
La voix de Lola sembla légèrement trembler.
« Attends… Écoute-moi d'abord. »
Hélios se leva brusquement.
« Qu'est-ce que je dois encore écouter ? »
Il tourna son visage vers elle.
« Lola, crois-tu vraiment que tu vas encore pouvoir te trouver une excuse ? Je pensais que tu me connaissais déjà suffisamment bien. »
Lola serra légèrement les poings.
« Écoute-moi d'abord ! »
Mais Hélios semblait avoir atteint ses limites.
Il se redressa complètement et reprit d'une voix plus dure :
« Lola, es-tu inconsciente ? Non… à ce stade, es-tu simplement folle ? À quoi bon perdre son temps à jouer dans un monde où la moindre erreur peut nous coûter la vie ? »
Il serra les dents.
« Pourquoi perdre autant de temps dans des activités aussi inutiles alors que tu es toi-même si faible ? »
Il s'interrompit brusquement.
Puis secoua légèrement la tête.
« Non. Attends. Toi, tu ne peux probablement pas comprendre. Tu as un père et un clan pour te soutenir. Tu peux donc te permettre de perdre ton temps dans ce genre de bêtises. »
Son expression se refroidit davantage.
« Mais ce n'est pas mon cas. »
Il marqua une courte pause avant de poursuivre, de plus en plus agacé :
« Comment as-tu pu me faire perdre autant de temps avec des activités aussi dégénérées ? Des activités aussi… insensées… »
Il chercha ses mots, comme si la colère l'empêchait de formuler correctement sa pensée.
« Des activités de jeunes qui croient avoir encore des années devant eux ! Des jeunes qui pensent avoir tout le temps du monde ! »
Lola resta immobile.
Puis elle releva brusquement la tête.
Sa voix retentit dans toute la terrasse, tremblante et chargée d'émotion.
« MAIS C'EST CE QUE NOUS SOMMES ! »
Hélios se figea.
Lola avait les yeux brillants.
« Nous sommes des jeunes, Hélios ! Et toi, encore plus que moi ! Pourtant, tu sembles l'avoir complètement oublié ! »
Elle fit un pas vers lui.
« Tu n'as même pas vingt ans, Hélios ! Tu n'as même pas vingt ans ! »
Sa voix se brisa légèrement.
« Je sais que nous ne menons pas une vie normale. Je sais que nous devons nous battre, devenir plus forts et nous préparer à affronter des dangers que la plupart des gens ne peuvent même pas imaginer. »
Elle inspira difficilement.
« Mais est-ce une raison pour rester constamment sur le pied de guerre ? Vingt-quatre heures sur vingt-quatre ? Sept jours sur sept ? »
Hélios resta silencieux.
Lola poursuivit, la voix de plus en plus tremblante :
« Oui, je t'ai piégé. Oui, je t'ai manipulé. Je ne vais pas le nier. »
Elle essuya rapidement ses yeux avant de continuer.
« Mais je l'ai fait parce que je m'inquiétais pour toi ! »
Un silence s'installa.
« Je voulais que tu comprennes quelque chose, Hélios. La liberté, ce n'est pas seulement devenir suffisamment fort pour ne plus perdre la vie. »
Elle le regarda droit dans les yeux, même s'il gardait les siens fermés.
« C'est aussi pouvoir profiter de cette vie ! Faire des choses différentes ! Découvrir ce que tu aimes ! Passer du temps avec les autres sans toujours chercher à en tirer un avantage ! »
Sa voix trembla davantage.
« Tu ne vas quand même pas me dire que ces derniers jours n'ont pas été agréables simplement parce que tu ne t'es pas entraîné ! »
Elle secoua la tête.
« Tu as écouté de la musique. Tu as souri. Tu as même ri à plusieurs reprises, notamment lorsque tu pensais enfin pouvoir gagner contre moi ! »
Un rire nerveux lui échappa, mais il se transforma presque aussitôt en sanglot.
« Je voulais simplement que tu puisses profiter de ces moments, toi aussi… »
Hélios resta parfaitement immobile.
Il ne répondit pas immédiatement.
Puis il finit par parler d'une voix froide.
« Je ne t'ai rien demandé, Lola. »
Elle se tut.
Hélios poursuivit :
« Si tu ne peux pas m'aider dans mon entraînement, alors ne m'aide pas. Je ne t'ai jamais demandé de le faire. »
Il marqua une courte pause.
« Mais ne me mets pas des bâtons dans les roues en m'imposant des activités qui n'ont aucune utilité pour moi. »
Lola le regarda.
Pendant quelques secondes, elle sembla vouloir répondre.
Mais aucun mot ne sortit de sa bouche.
Son expression se décomposa lentement.
Puis elle détourna la tête.
« D'accord… »
Sa voix était devenue presque inaudible.
Elle se retourna et commença à s'éloigner.
Hélios ne bougea pas.
Il resta debout au milieu de la terrasse, le visage fermé.
Il avait l'impression de n'avoir fait qu'exposer un raisonnement parfaitement logique.
Il n'avait pas voulu la blesser.
Du moins, pas volontairement.
Il avait simplement exprimé ce qu'il pensait.
Pour lui, le temps était une ressource précieuse.
Chaque heure perdue était une heure qu'il ne pouvait pas consacrer à progresser.
Et il ne comprenait toujours pas pourquoi Lola avait décidé de lui faire subir tout cela sans même lui expliquer ses intentions.
Pourtant…
Au moment où Lola s'éloigna, Hélios perçut quelque chose grâce à son sondage énergétique.
Une infime perturbation.
Un mouvement discret sur son visage.
Puis une goutte de liquide salé glissa le long de sa joue.
Hélios se figea.
[Une larme ?]
Il resta immobile, incapable de réagir.
[Elle pleure ?]
Lola continua d'avancer sans se retourner.