Chapitre 211
Hélios et Lola avancèrent donc dans le couloir, bras dessus bras dessous.
Enfin…
Lola le soutenait surtout par le bras, tandis qu’Hélios essayait de marcher seul autant que possible.
Le déplacement était cependant particulièrement lent.
Et ce n’était pas simplement parce qu’Hélios était encore faible.
Même s’il était aveugle depuis longtemps, il n’avait jamais réellement été privé de perception.
À Sun, il connaissait parfaitement son environnement.
Il avait mémorisé chaque pièce de sa maison, l’emplacement de chaque meuble, de chaque porte et de chaque objet.
Il possédait presque une carte tridimensionnelle de son propre espace dans son esprit.
Puis il avait appris le sondage énergétique.
À partir de là, il avait pu percevoir son environnement d’une manière bien plus précise.
Mais maintenant…
Il ne pouvait plus utiliser correctement son sondage.
Son esprit lui faisait encore souffrir.
Et surtout…
Son cerveau ne fonctionnait toujours pas normalement.
Ce n’était pas réellement un problème physique.
Son corps était presque entièrement rétabli.
Sa force revenait progressivement.
Mais son esprit, lui…
Avait subi une surcharge beaucoup trop importante.
Lorsqu’il avait été envahi par cette quantité phénoménale d’informations, son cerveau avait été incapable de tout traiter correctement.
Certaines informations s’étaient mélangées.
D’autres avaient été reléguées au second plan.
Certains réflexes avaient été ralentis.
D’autres semblaient parfois complètement disparaître.
C’était comme demander à un employé de bureau de gérer plusieurs milliers de documents portant sur des sujets complètement différents…
Puis lui ordonner soudainement :
« Débarrasse-toi de tout ce qui ne concerne pas la marche. »
Le cerveau d’Hélios devait alors retrouver toutes les informations nécessaires pour marcher correctement, tout en essayant de filtrer le reste.
Un travail extrêmement complexe.
Et cela ralentissait considérablement le traitement des informations dont il avait besoin.
C’était précisément pour cette raison que sa démarche était aussi étrange.
Par moments, Hélios accélérait brusquement.
Puis ralentissait.
Puis faisait un pas légèrement trop long.
Il lui arrivait même de s’emmêler les pieds.
À plusieurs reprises, il faillit trébucher.
Lola devait alors le retenir avant qu’il ne tombe.
Puis, quelques secondes plus tard, Hélios accélérait de nouveau sans réellement s’en rendre compte.
Lola devait alors adapter son rythme au sien.
Hélios commençait à se sentir profondément gêné.
Et surtout…
Il était particulièrement agacé contre lui-même.
« Merde… »
Il serra légèrement les dents.
Il avait presque envie de se frapper lui-même.
Mais il se retenait.
Après tout, il avait déjà constaté que son corps était presque totalement rétabli.
Sa force revenait.
Ses blessures physiques avaient pratiquement disparu.
Même ses yeux avaient commencé à récupérer légèrement.
Il ne voyait toujours pas réellement.
Il distinguait seulement de grosses nuances de couleurs, floues et sans véritable forme.
Mais au moins…
Il n’était plus complètement plongé dans le noir.
Le véritable problème restait son esprit.
Et cette incapacité à se déplacer normalement le lui rappelait constamment.
Lola, pourtant…
Semblait parfaitement indifférente à la situation.
Elle ne se plaignait pas.
Même lorsqu’Hélios lui marchait accidentellement sur le pied.
Une fois.
Puis deux.
À un moment, il lui marcha même franchement dessus.
Et Lola se mit à rire.
Hélios fronça légèrement les sourcils.
[Elle se moque de ma situation…]
Il baissa légèrement la tête.
[C’est vrai que je suis pathétique.]
Il soupira intérieurement.
Mais Lola ne semblait absolument pas lui en vouloir.
Au contraire.
Elle continuait simplement à l’accompagner.
Après quelques minutes supplémentaires, ils finirent par s’arrêter.
Hélios fronça légèrement les sourcils.
[Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi est-ce qu’on s’arrête ?]
Lola dit tranquillement :
« Nous sommes devant ta chambre. »
Hélios resta silencieux.
« Ah… d’accord. Alors rentrons. »
Lola hésita légèrement.
Puis elle ouvrit la porte.
Elle fit quelques pas à l’intérieur avant de s’arrêter.
« C’est bon. Nous y sommes. »
Hélios resta immobile.
Il tourna légèrement la tête.
« D’accord… mais où est mon lit ? »
Il tendit les bras devant lui.
Puis les agita légèrement, cherchant à déterminer ce qui se trouvait autour de lui.
Rien.
Il ne sentait pas son lit.
Hélios fronça légèrement les sourcils.
Puis demanda :
« Tu peux m’y conduire ? »
Lola resta silencieuse un instant.
Puis répondit :
« Euh… non, je ne peux pas. C’est… je ne peux pas t’accompagner jusqu’au lit. »
Elle hésita.
« Fais simplement cinq pas vers l’avant. »
Hélios resta perplexe.
« Cinq pas ? »
« Oui. »
Elle ajouta rapidement :
« Et repose-toi bien. Demain, tu as deux ou trois choses à faire. »
Hélios resta silencieux.
[Qu’est-ce qu’elle a ? Elle aurait juste pu me conduire jusqu’au lit.]
Mais il n’insista pas.
Il fit simplement ce que Lola lui avait demandé.
Un pas.
Puis deux.
Trois.
Quatre.
Cinq.
Ses jambes touchèrent finalement quelque chose.
Le lit.
Hélios passa lentement une main sur le matelas.
Puis s’assit.
Il s’allongea tranquillement.
Son corps s’enfonça légèrement dans le matelas.
Il ferma les yeux.
[Peu importe…]
Il soupira.
[Je dois juste dormir.]
Lola resta quelques secondes silencieuse près de la porte.
Puis elle quitta finalement la chambre.
La porte se referma doucement derrière elle.