Chapitre 210
Dave regarda Hélios pendant quelques secondes.
Puis un léger rire résonna dans son esprit.
« Gamin… es-tu vraiment aussi courageux ? »
Hélios resta silencieux.
Dave poursuivit :
« Je vais oublier ce que tu m’as dit dans ton esprit. Mais demander directement à un père de te conduire jusqu’à sa fille… même si je ne suis pas réellement son père… »
Son ton devint légèrement amusé.
« Tu ne trouves pas que tu joues un peu avec ta vie ? »
Hélios soupira.
« Monsieur Dave… évitons les mots inutiles, s’il vous plaît. »
Il marqua une courte pause.
« Nous savons tous les deux que vous n’allez rien me faire. Je peux sentir les intentions meurtrières, et vous n’en dégagez aucune à mon égard. »
Un silence suivit.
Puis Dave éclata de rire.
« Gamin… tu es vraiment particulier. »
Hélios ne répondit pas.
Dave reprit finalement :
« Très bien. Laisse-moi entrer dans ton esprit. »
Hélios fronça légèrement les sourcils.
« Je te servirai d’yeux et je te guiderai jusqu’à elle. »
Il marqua une pause.
« Mais ne confonds pas les choses. Je ne suis qu’un fragment créé avec des ordres précis. C’est la raison pour laquelle je ne te ferai rien. »
Son ton devint légèrement plus sérieux.
« Mais je rapporterai absolument tout à mon corps principal. »
Hélios resta silencieux.
Puis une pensée lui traversa l’esprit.
[Ce fantôme est vraiment décidé à me nuire…]
Il soupira intérieurement.
[Mais je vais ignorer cela pour le moment.]
Il répondit finalement :
« D’accord. »
À peine eut-il prononcé ces mots qu’il sentit quelque chose pénétrer dans son esprit.
Une sensation étrange parcourut son corps.
Ce n’était ni douloureux ni particulièrement désagréable.
C’était simplement…
Étrange.
Puis, soudainement…
Le monde apparut.
Hélios resta parfaitement immobile.
Ses yeux étaient toujours fermés.
Et pourtant…
Il voyait.
Ce n’était cependant pas comme lorsqu’il utilisait ses yeux avant de les perdre.
Sa perception était complètement différente.
Il ne voyait pas réellement les couleurs.
Il ne distinguait pas les détails.
Tout semblait plutôt dessiné.
Les contours des objets apparaissaient sous la forme de lignes lumineuses, comme si quelqu’un avait tracé le monde entier avec un crayon fluorescent.
Les murs.
Les meubles.
Les portes.
Les silhouettes humaines.
Tout possédait une sorte de contour lumineux.
Hélios resta silencieux quelques secondes.
« Je peux voir… »
Dave répondit immédiatement :
« Grâce à moi, oui. »
Hélios observa les environs.
Il put enfin découvrir où il se trouvait réellement.
La pièce était une infirmerie.
Elle était particulièrement sobre et fonctionnelle, mais également confortable et parfaitement équipée.
Plusieurs appareils médicaux étaient disposés contre les murs.
Il y avait également trois lits.
Deux étaient encore libres.
Le sien occupait l’un des emplacements.
La pièce était suffisamment spacieuse pour permettre aux soignants de circuler facilement.
Hélios secoua légèrement la tête.
[À quoi est-ce que je pense ?]
Il soupira.
[Je dois aller voir Lola.]
Il se redressa.
Puis posa un pied au sol.
Et tomba immédiatement.
Hélios resta quelques secondes allongé.
« Merde… »
Dave éclata de rire.
« Tu avais oublié que tu étais encore incapable de marcher correctement ? »
Hélios serra les dents.
Il se mit lentement à quatre pattes.
Son corps semblait complètement désorienté.
Après dix-sept jours passés presque constamment allongé, il avait perdu une partie de ses automatismes.
Ses muscles étaient encore faibles.
Son équilibre était mauvais.
Et surtout…
Son cerveau devait désormais gérer une quantité d’informations complètement nouvelle.
La vision que Dave lui fournissait s’ajoutait à ses autres perceptions.
Il devait apprendre à l’interpréter.
Hélios posa une main sur le sol.
Puis tenta de se relever.
Ses jambes tremblèrent.
Il manqua de retomber.
« Merde… »
Il recommença.
Un pas.
Puis un deuxième.
Puis un troisième.
Chaque mouvement demandait un effort considérable.
Mais finalement…
Son corps commença progressivement à retrouver ses automatismes.
Il réussit à marcher.
Lentement.
Très lentement.
Puis, après quelques minutes d’efforts, il parvint à se déplacer presque normalement.
Hélios inspira profondément.
« Bon. »
Il regarda autour de lui.
Cette fois, quelque chose d’autre attira son attention.
Grâce à la perception de Dave, il pouvait distinguer les sources d’âme à travers les murs.
Les personnes situées dans les pièces voisines apparaissaient sous la forme de silhouettes lumineuses.
Il pouvait voir les infirmières.
Les domestiques.
Les gardes.
Même certaines personnes situées dans les couloirs.
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il élargit légèrement sa perception.
Et finalement…
Il la trouva.
Lola.
Elle se trouvait au deuxième étage.
Dans sa chambre.
Hélios était actuellement au rez-de-chaussée.
Il savait donc exactement où aller.
« Là-bas… »
Dave répondit :
« Oui. Deuxième étage. »
Hélios se dirigea vers la sortie de l’infirmerie.
Il traversa le couloir.
Puis atteignit les escaliers.
Il les observa quelques secondes.
Même avec la perception de Dave, ils restaient particulièrement pénibles à franchir.
Il monta donc lentement.
Une marche.
Puis une deuxième.
Puis une troisième.
Au bout de quelques minutes, il atteignit finalement le premier étage.
La structure du manoir lui apparaissait désormais clairement.
Le rez-de-chaussée était principalement composé de zones communes et relativement accessibles.
On y trouvait notamment les espaces destinés aux domestiques, certaines salles de réception et différentes pièces utilisées quotidiennement.
Le premier étage était davantage réservé aux membres du manoir.
Les quartiers des domestiques les plus importants s’y trouvaient, ainsi que certaines salles de réunion et quelques espaces privés.
Le deuxième étage était, quant à lui, principalement réservé aux dirigeants et à leurs familles.
Les chambres et les bureaux privés y étaient installés.
Dans ce cas précis, il n’y avait cependant que les quartiers et les bureaux de Lola et d’Hélios.
Quant au sous-sol…
Il s’agissait de zones à accès restreint.
Hélios continua donc son chemin.
Il atteignit finalement le deuxième étage.
Puis avança dans le couloir.
Quelques secondes plus tard…
Il s’arrêta devant une porte.
La chambre de Lola.
Grâce à la perception de Dave, il pouvait voir à travers les murs.
Lola l’avait déjà remarqué.
Elle se trouvait près de la porte et regardait dans sa direction.
Hélios resta immobile quelques secondes.
Puis prit une profonde inspiration.
Il leva la main.
Et frappa.
TOC. TOC. TOC.
Aucune réponse.
Hélios attendit quelques secondes.
Puis frappa de nouveau.
TOC. TOC. TOC. TOC. TOC. TOC.
« Lola… »
Il marqua une pause.
« Je sais que tu es là. Je veux simplement qu’on parle. »
Silence.
Puis, finalement…
La voix de Lola résonna derrière la porte.
« Hélios… laisse-moi. »
Sa voix était beaucoup plus calme que précédemment.
« Je ne veux pas te voir. »
Elle marqua une pause.
« Et je ne veux pas te parler. »
Hélios resta silencieux.
Puis il répondit :
« Mais moi, j’ai besoin de te parler. »
Aucune réponse.
Hélios soupira.
Puis s’adossa légèrement contre le mur.
« Bon… peu importe. Je vais quand même parler depuis ici. »
Il marqua une courte pause.
« Écoute, Lola… je suis désolé. »
Derrière la porte, Lola resta parfaitement immobile.
Hélios poursuivit :
« Tu avais raison. J’aurais dû davantage réfléchir aux conséquences de mes actes sur mon entourage. »
Il hésita.
« Donc… sur toi aussi. »
Il baissa légèrement la tête.
« J’aurais dû prendre davantage de précautions. Et… »
Il resta silencieux quelques secondes.
Puis murmura :
« Merde… »
Il passa une main dans ses cheveux.
« Merde… »
Il inspira profondément.
Puis reprit :
« Et je suis désolé d’être… aussi méfiant. D’accord ? »
Il marqua une courte pause.
« Je ne le fais pas exprès. C’est devenu une seconde nature. »
Il resta silencieux.
Puis ajouta :
« Je ne dis pas ça pour me chercher des excuses. »
Sa voix devint légèrement plus basse.
« Mais je n’ai pas grandi dans un endroit où l’on pouvait facilement faire confiance aux autres. »
Il regarda la porte.
« Et la vie n’a jamais vraiment fait quoi que ce soit pour arranger cette façon de penser. »
Silence.
Hélios resta quelques secondes devant la porte.
Il ne savait pas quoi ajouter.
Il avait dit tout ce qu’il avait réellement à dire.
Puis une présence se manifesta derrière lui.
Dave.
Le fragment d’âme quitta lentement son esprit.
La vision disparut.
Tout redevint noir.
Hélios cligna légèrement des yeux.
Il ne voyait plus rien.
Il tendit immédiatement la main.
« Monsieur Dave… attendez. »
Aucune réponse.
Puis la voix résonna une dernière fois :
« C’est suffisant. J’ai des choses plus importantes à faire. »
Et Dave disparut complètement.
Hélios resta immobile.
Puis il voulut se déplacer.
Il fit un pas.
Et se cogna immédiatement contre quelque chose.
Il tomba au sol.
« Merde ! »
Il posa les mains devant lui.
« Merde, merde, merde… »
Hélios se mit à quatre pattes.
Il commença à tâtonner devant lui, cherchant quelque chose qui pourrait lui servir d’appui.
Après quelques secondes, sa main gauche toucha quelque chose qui semblait être du cuir.
Puis du tissu.
Il remonta lentement.
La texture devint progressivement plus douce.
Puis plus chaude.
Et enfin…
Plus charnue.
Hélios fronça légèrement les sourcils.
« Qu’est-ce que c’est… ? »
Une voix résonna immédiatement au-dessus de lui.
« Ta main gauche touche mon mollet. »
Hélios se figea.
La voix continua, légèrement amusée :
« Quant à ta main droite… elle est sur ma cuisse. »
Un silence.
« Tu n’es pas un peu osé, toi ? »
Lola marqua une courte pause.
« Heureusement que je porte un pantalon. »
Hélios retira immédiatement ses mains.
« Désolé… »
Il détourna légèrement la tête.
« Je ne voulais pas… »
Il semblait particulièrement gêné.
Lola resta silencieuse quelques secondes.
Puis elle soupira.
« Me tripoter ? »
Hélios ne répondit pas.
Lola reprit sur un ton plus léger :
« Oui, je sais. Tu es aveugle. »
Elle se pencha alors.
Puis attrapa les mains d’Hélios.
« Allez. Relève-toi. »
Elle le tira doucement vers le haut.
Hélios réussit finalement à se remettre debout.
Lola resta à côté de lui pour éviter qu’il ne tombe de nouveau.
Puis elle ajouta :
« Et… je m’excuse aussi. »
Hélios releva légèrement la tête.
Lola poursuivit :
« Je me suis emportée. »
Elle marqua une pause.
« En fait, tu n’as pas totalement tort. »
Sa voix devint plus douce.
« C’est même assez logique, finalement. »
Elle soupira.
« C’est juste que… parfois, les humains n’aiment pas forcément ce qui est logique. »
Hélios resta silencieux.
Puis il répondit calmement :
« Je vais essayer de changer. »
Il marqua une courte pause.
« Du moins avec mes proches. »
Lola sourit.
« C’est bien. »
Elle lui donna une légère tape sur l’épaule.
« Tu avais intérêt. »
Puis elle attrapa son bras.
« Maintenant, laisse-moi te raccompagner dans ta chambre. »
Elle marqua une pause.
« Tu dois te reposer. »
Hélios acquiesça.
Puis, guidé par Lola, il commença lentement à avancer dans le couloir.