Chapitre 198
Hélios était toujours tiré par Lola à travers l’immense bâtiment.
Lorsqu’il avait quitté le véhicule, il avait désactivé son sondage énergétique.
Ce n’était pas parce qu’il pensait ne pas en avoir besoin.
Il jugeait simplement préférable d’économiser son Éther.
Certes, le sondage ne consommait pas énormément d’énergie, mais Hélios estimait que, pour le moment, il n’y avait aucune raison de gaspiller la moindre quantité d’Éther inutilement.
Il se trouvait à l’extérieur, escorté par Lola et ses huit gardes du corps.
Il n’y avait donc, en théorie, aucune raison de rester constamment en état d’alerte maximale.
De plus, le retour de ses flux d’Éther à leur fonctionnement normal signifiait qu’il pouvait désormais utiliser son énergie presque comme avant.
Il ne pouvait simplement pas encore renforcer son corps trop brutalement, celui-ci étant toujours en phase de récupération.
Pour le reste…
Il pouvait de nouveau utiliser ses capacités normalement.
Il pouvait même condenser son Éther.
Hélios continua donc simplement à suivre Lola.
Puis il lui demanda :
« Préviens-moi lorsque nous serons arrivés. »
Lola lui adressa un sourire amusé.
« Pas de problème. »
Dans les grandes lignes, Hélios savait déjà ce qui l’attendait.
Il devait rencontrer plusieurs membres de Sinister vivant à Florence.
Autrement dit…
Les dirigeants et les responsables locaux.
Une simple rencontre avec ses nouveaux subordonnés.
Rien de particulièrement compliqué.
Enfin…
C’était ce qu’il espérait.
Pour une raison qu’il ne comprenait pas encore, Hélios avait cependant une étrange impression de déjà-vu.
Comme s’il savait déjà que cette réunion allait être pénible.
Après avoir marché pendant un long moment, Lola l’emmena finalement jusqu’à un ascenseur.
Hélios entra avec elle.
Deux de ses gardes du corps les accompagnèrent.
Les six autres prirent place dans les ascenseurs voisins afin de les rejoindre quelques instants plus tard.
Les portes se refermèrent.
L’ascenseur se mit en mouvement.
Hélios resta silencieux.
Quelques secondes plus tard, les portes s’ouvrirent de nouveau.
Lola sortit la première.
Puis elle tira Hélios par le bras.
Ils avancèrent encore quelques mètres avant qu’elle ne s’arrête brusquement.
Hélios fronça légèrement les sourcils.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Lola se plaça devant lui.
Puis elle commença à ajuster sa tenue.
Elle remit correctement le col de sa chemise, arrangea légèrement sa veste et vérifia rapidement son apparence générale.
Hélios resta parfaitement immobile.
Puis Lola prit la parole.
« Bon, Hélios. Écoute-moi bien. »
Son ton était devenu beaucoup plus sérieux.
« Dans cette salle de réunion, il y a plusieurs membres importants de Sinister à Florence. Ils sont désormais tes subordonnés, du moins en théorie. »
Elle marqua une pause.
« Alors, ne t’attends pas à ce que tout le monde t’accueille à bras ouverts. »
Hélios resta silencieux.
Lola poursuivit :
« Les raisons peuvent être nombreuses. Certains peuvent considérer que tu es trop jeune. D’autres peuvent ne pas apprécier le fait qu’un Aîné aussi jeune soit placé à la tête de Florence. Et certains peuvent simplement ne pas avoir envie de travailler sous tes ordres. »
Elle croisa les bras.
« Je ne vais pas te dire comment te comporter. Je sais que tu n’es pas un idiot. »
Un léger sourire apparut sur son visage.
« Et puis, je ne suis que ton assistante. Techniquement, je n’ai pas vraiment mon mot à dire dans cette réunion. »
Elle marqua une courte pause.
« Mais ce serait tout de même une bonne chose que tu réussisses à les avoir dans ta poche. Cela rendrait notre travail beaucoup plus simple. »
Elle haussa légèrement les épaules.
« Dans le cas contraire… ce ne sera pas vraiment grave non plus. »
Son sourire devint légèrement provocateur.
« Ils sont membres de Sinister. Ils ne peuvent pas réellement te faire quoi que ce soit sans entrer en conflit avec un Aîné et, par extension, avec le clan lui-même. »
Hélios resta parfaitement calme.
Puis il répondit :
« Ne t’inquiète pas. J’ai déjà de l’expérience dans ce genre de situation depuis Sun. Et je me suis également beaucoup cultivé depuis. »
Lola le regarda quelques secondes.
Puis son sourire s’élargit.
« J’ai comme l’impression que tu vas quand même n’en faire qu’à ta tête. »
Elle se plaça ensuite à sa droite.
« Mais c’est justement pour ça que je suis fan de toi. »
Hélios ne répondit rien.
Il étendit simplement son sondage énergétique sur une dizaine de mètres autour de lui.
La pièce derrière la porte lui apparut progressivement à travers les perturbations de l’énergie.
Puis il entra.
La salle de réunion était immense.
Une longue table rectangulaire occupait presque tout l’espace.
Plus de soixante personnes étaient installées de part et d’autre.
Hélios étendit légèrement sa perception.
Il identifia rapidement les différents niveaux de puissance.
Cinquante-cinq Maîtres.
Et cinq Grands Maîtres.
Tous tournèrent la tête dans sa direction.
Hélios continua simplement d’avancer.
Il dépassa l’ensemble des participants avant d’aller prendre place à l’extrémité de la table.
Lola resta debout à sa droite.
Les huit gardes du corps se répartirent le long des murs de la pièce.
Un long silence s’installa.
Hélios attendit quelques secondes.
[Ça commence mal.]
Il aurait normalement été logique que ses subordonnés restent debout et le saluent en premier.
Mais il décida de fermer les yeux sur ce détail.
Pour l’instant.
Il s’apprêtait à prendre la parole lorsque la voix de Lola retentit derrière lui.
Froide.
Tranchante.
Glaciale.
« Que faites-vous assis ? »
Une brève hésitation parcourut la salle.
Lola poursuivit immédiatement :
« Saluez l’Aîné Hélios. »
Cette fois, tous comprirent.
Les chaises raclèrent le sol.
Les membres de Sinister se levèrent rapidement.
Puis ils s’inclinèrent légèrement.
« Nous saluons le nouvel Aîné Hélios, en charge de Florence. »
Une seconde voix reprit :
« Nous vous souhaitons la bienvenue et une bonne intégration au sein de Sinister. »
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit calmement :
« Merci. Bonjour à vous. J’espère que nous pourrons bien travailler ensemble. »
Il marqua une courte pause.
« Même si je ne serai probablement pas souvent présent ici, je ferai toujours ma part du travail. J’attends donc la même chose de votre part. »
Quelques murmures s’élevèrent.
Puis le silence retomba.
Hélios poursuivit :
« Bien. Puisque je suis ici, je n’ai pas encore eu le temps de me pencher sur la situation exacte de Florence. »
Il regarda l’ensemble de la salle.
« J’aimerais donc que vous me fassiez un point général sur la ville et que vous me présentiez les problèmes les plus importants auxquels nous devons actuellement faire face. »
Un Maître leva la main.
Hélios lui fit signe de parler.
L’homme se leva.
« Monsieur, je tiens tout d’abord à vous informer que Florence, ou plutôt la nouvelle Florence, couvre désormais une superficie d’environ cent cinquante-quatre kilomètres carrés. »
Il marqua une courte pause.
« La ville compte actuellement plus de quatre cent mille habitants, dont environ vingt-cinq mille Éveillés. »
Hélios resta attentif.
L’homme ajouta :
« Ces chiffres ne prennent évidemment pas en compte nos propres membres ni les personnes appartenant à d’autres grandes organisations. Ils concernent principalement les habitants ordinaires et les Éveillés indépendants ou affiliés à de petites structures. »
Hélios acquiesça légèrement.
Un autre Maître prit alors la parole.
« La ville dépend actuellement énormément du tourisme. »
Il marqua une courte pause.
« Florence possède une quantité exceptionnelle d’œuvres d’art datant d’avant l’ère sombre. Elle est probablement devenue l’une des villes les plus importantes du monde dans ce domaine. »
Un troisième membre intervint :
« Cependant, le nombre de failles et de brèches qui s’ouvrent chaque année dans la région reste relativement élevé. »
Il soupira.
« De plus, la criminalité a augmenté ces dernières semaines. Certaines organisations criminelles, notamment des mafias, se livrent parfois à des affrontements qui perturbent considérablement la vie de la ville. »
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il demanda :
« Pourquoi le permettez-vous ? »
Un homme lui répondit. C’était un Grand Maître.
« Monsieur… ne savez-vous pas que le Gouvernement Universel a instauré certaines règles concernant ce genre de situation ? »
Hélios resta parfaitement calme.
« Non. Justement, je ne connais pratiquement rien de ces règles. »
L’homme le regarda quelques secondes avec un air étrange.
Puis il répondit :
« Voyez-vous, monsieur, les organisations d’Éveillés comme la nôtre n’ont généralement pas le droit de se mêler des conflits impliquant des personnes ordinaires ou des Éveillés de faible statut. »
Hélios acquiesça lentement.
[Je devrais mémoriser toutes les règles établies par le Gouvernement Universel.]
Il reprit :
« Alors, à quel moment sommes-nous autorisés à intervenir ? »
L’homme répondit d’un ton parfaitement sarcastique :
« N’est-ce pas évident ? Seulement lorsque cela nous concerne directement. Dans le cas contraire, nous ne faisons qu’observer. »
Hélios resta silencieux.
Le ton de l’homme lui déplaisait.
Il avait l’impression que celui-ci le prenait de haut.
Mais il ne fit aucun commentaire.
L’homme poursuivit :
« Nous pouvons également intervenir lors d’incidents de très grande ampleur, comme des massacres commis par des Éveillés dont la puissance dépasse largement celle des Forces de l’Ordre locales. »
Hélios acquiesça.
« Je comprends. Faites-moi d’abord un rapport plus précis sur les problèmes actuels. »
Une femme se leva.
« Depuis plusieurs semaines, un grand nombre de failles de rang Extraordinaire et Maître se sont ouvertes dans les périphéries de Florence, causant plusieurs dégâts matériels. »
Elle marqua une courte pause.
« Nous avons également plusieurs affaires de meurtres, de massacres et de trafic de drogues. Les circonstances laissent penser que des Éveillés pourraient être impliqués. »
Elle hésita légèrement.
« D’autant plus que l’un de nos membres figure parmi les victimes. Mais, compte tenu de la nature de l’affaire, elle devrait normalement rester sous la responsabilité du Gouvernement Universel. »
Un homme à la voix enrouée prit alors la parole à son tour.
« Alors, que proposez-vous ? »
Il regarda Hélios.
« Nous attendions justement votre arrivée afin que vous preniez une décision. »
Un silence s’installa.
Hélios resta parfaitement immobile.
[Il essaie de me nuire ?]
Son regard parcourut lentement la salle.
[Pourquoi ai-je l’impression que presque tout le monde ici a une dent contre moi ?]