Chapitre 16
Chapitre 16
Les flammes de la Grande Basilique léchaient le ciel nocturne, projetant des gerbes d’étincelles au-dessus de la Citadelle Noire en ruine. Au dehors, les clameurs de la ville libérée montaient comme une marée montante, mais pour Kaelen, le tumulte de la surface paraissait déjà lointain, étouffé par un appel plus ancien qui montait des entrailles de la montagne.
Le Fléau Divin n'avait pas disparu. Privé des âmes des compagnons pour apaiser sa faim, l'abomination s'agitait dans le gouffre, prête à émerger pour tout dévorer.
Kaelen franchit à nouveau l'arche brisée menant à la Fosse des Damnés.
Mira marchait derrière lui, une torche à la main. Ses pas hésitaient sur le marbre fendu, mais elle refusait de reculer.
— Il n'y a plus de barrière, murmura-t-elle en fixant le gouffre béant au centre de la rotonde. Sans les cuves d'argent et les prières de l'Ordre, rien ne retient cette chose sous terre.
Kaelen s'agenouilla au bord du précipice.
Dans les ténèbres sans fond, la masse d'ombres palpitait, striée de filaments écarlates. Les milliers de visages amalgamés dans la chair du dieu sans nom le fixaient avec une fureur glaciale.
« Tu as détruit mon autel, Champion… » gronda la voix dissonante directement dans l'esprit de Kaelen. « Tu as libéré les quatre piliers. Qui paiera la dette désormais ? Qui offrira le tribut pour que la terre ne s'effondre pas ? »
Kaelen porta la main à sa manche. Il n'en tira ni arme ni artefact doré, mais la dernière poignée de cendres argentées — les restes de son ancienne vie, mêlés à la poussière de la Porte Céleste.
Il n'avait plus de voix divine, plus de magie solaire. Mais il possédait ce que l'Ordre avait toujours ignoré : la volonté brute d'un mortel qui refuse la soumission aux dieux comme aux monstres.
Kaelen se tourna vers Mira. D'un geste calme, il posa sa paume sur son épaule pour la rassurer, puis ramassa un fragment de charbon sur les dalles pour tracer ses derniers mots sur le socle du sanctuaire :
« Dites-leur que l'Aube n'appartient à personne. »
Avant que la jeune fille n'ait pu esquisser un geste pour le retenir, Kaelen écrasa les cendres contre sa propre poitrine et se laissa basculer dans le vide.
La chute fut silencieuse.
En plongeant au cœur de la gueule béante du Fléau, Kaelen n'invoqua aucun bouclier. Il canalisa l'entièreté de son essence d'ancien Champion, transformant le corps mortel de Vann en un catalyseur absolu.
Au contact de la faim insatiable du monstre, la cendre argentée s'embrasa d'une flamme blanche et pure — non pas la fausse lumière de la théocratie, mais le feu originel de la Rupture.
Une déflagration aveuglante illumina les tréfonds de la montagne. Le cri du Fléau déchira la terre une dernière fois avant d'être scellé, consumé de l'intérieur par la flamme vivante du guerrier qui s'offrait non comme une pitance éternelle, mais comme un poison mortel.
Les parois de basalte fusionnèrent sous la chaleur tellurique, refermant à jamais la faille des profondeurs dans un bloc de verre noir impénétrable.
Au bord du cratère désormais scellé et silencieux, Mira tomba à genoux dans la poussière tiède.
Au-dessus de la Citadelle Noire, la fumée des bûchers finissait de se disperser dans les premières lueurs du jour. Pour la première fois depuis trois cents ans, le soleil se levait sur un monde sans idoles, lavé de ses mensonges par le tribut des cendres éternelles.
FIN
Note de l’auteur
Merci d'avoir pris le temps de lire ce premier tome de Kael : La renaissance d'un héros (Le Tribut des Cendres Éternelles).
Ce projet est une création amateur que je partage ici gratuitement par passion pour l'écriture et l'univers de la dark fantasy. Mon objectif principal est de progresser et d'affiner mon style, c'est pourquoi vos retours me sont extrêmement précieux.
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Toutes vos remarques, positives comme critiques, m'aideront à perfectionner ce récit et à préparer la suite.
À très bientôt pour de nouvelles aventures, et bonne lecture à tous !