Chapitre 2
« En fait, d'où connaissez-vous ma grand-mère ? »
Elle était assise sur une chaise dans un café du coin. Nicolas lui avait proposé cet endroit pour faire connaissance.
Il but une gorgée de son café et posa son regard sur elle.
« J'habitais dans ce manoir, avant. »
Avant ? se demanda-t-elle.
« Vous voulez dire... Vous étiez le jardinier ? »
Le jardinier occupait une petite maison près du manoir.
Il la regarda, perplexe, puis éclata de rire.
« J'étais le bras droit de votre grand-mère, Rose. »
« Son bras droit ? »
Elle tenait sa tasse de thé vert tout en jetant un coup d'œil autour d'elle. En vérité, cette ville était plutôt agréable et accueillante le café était animé et le personnel plutôt sympathique.
« Je gérais... ses affaires personnelles. Elle avait besoin d'un second, alors je lui ai prêté main-forte. »
« Pourquoi vous ? Vous êtes bien jeune pour cela. »
Il ria de plus belle.
« Eh bien, merci pour le compliment. Mais j'ai décidé moi-même de travailler pour elle. Elle était tout ce que j'avais. »
Il lança un regard dans sa direction, remarquant la gêne qu'évoquait sa réponse, et sourit.
« Je sais que votre grand-mère ne vous portait pas spécialement dans son cœur... Mais je peux vous assurer qu'elle pensait toujours à vous lorsqu'elle travaillait. »
Rose déposa sa tasse de thé. Elle était loin d'être du même avis.
« Je ne vous crois pas », lâcha-t-elle en croisant les bras, les sourcils levés.
« À vous de voir. »
Il se leva, se dirigea vers le comptoir pour payer, puis revint vers elle.
« Ce fut un plaisir de vous rencontrer, Mademoiselle Rose. Mais je dois y aller, les affaires m'attendent. »
Elle acquiesça.
« Ah, j'oubliais... » ajouta-t-il en posant sa main sur le dossier de la chaise de Rose. « Vous feriez mieux de séjourner dans un hôtel. Ce manoir est spécial et... Enfin, ce ne sont pas mes affaires. J'y vais. À plus tard. »
Il franchit la porte, adressant un bref coup d'œil à Rose avant de disparaître dans la rue.
« Je crois que je viens de tomber sur un malade mental », murmura-t-elle pour elle-même.
Rose resta un instant immobile, le regard fixé sur la table en bois sombre où reposait sa tasse tiède. Les mots de Nicolas résonnaient encore dans la pièce, lourds de sous-entendus agaçants. Un manoir spécial...
Elle secoua la tête pour chasser cette pensée désagréable, attrapa son sac et se leva. Un petit tintement de clochette salua sa sortie lorsqu'elle poussa la porte du café. L'air frais de la fin d'après-midi lui fouetta doucement le visage, tranchant avec la chaleur moite du bistrot.
La rue pavée serpentait vers les hauteurs de la ville, bordée de façades anciennes et de vitrines éclairées. En montant la côte, l'animation urbaine s'estompa peu à peu pour laisser place à un silence pesant. Au bout de l'allée bordée d'arbres centenaires, la grille en fer forgé du domaine se dessinait sur le ciel déclinant. Massif, sombre et solitaire, le manoir se dressait face à elle. Rose s'arrêta un instant devant le portail entrebâillé, les paroles de Nicolas lui repassant en boucle dans la tête, avant d'engager ses premiers pas sur le chemin de gravier.