Chapitre 1
Une femme à la chevelure brune et aux yeux en amande entra pour la première fois dans ce manoir. Cette imposante demeure appartenait à sa défunte grand-mère, morte il y a trois semaines.
Cette jeune femme se nommait Rose Isabel Marie Wilman.
Elle était particulièrement calme pour son âge. Elle n'avait que dix-sept ans lorsque ses parents sont morts dans un accident de la route. Depuis, elle avait vécu la majeure partie de son temps chez une amie. Sa grand-mère ne voulait pas d'elle et l'accusait même d'être responsable de la mort de ses propres parents. Et aujourd'hui, cette femme qui la détestait tant était partie à jamais.
« Grand-mère... » chuchota-t-elle.
Rose avait toujours aimé sa grand-mère, même si celle-ci ne la portait pas dans son cœur. Elle avait versé tant de larmes de chagrin pour cette femme qui refusait de lui donner son amour.
Elle laissa tomber sa valise sur le sol et s'effondra à son tour, les mains posées sur ses joues pour essuyer ses larmes.
« Vous allez bien ? » demanda soudain la voix d'un homme.
Le son provenait de derrière elle. Rose tourna son visage baigné de larmes et découvrit un jeune homme qui se tenait là, les mains enfoncées dans ses poches. Ses cheveux noirs étaient encore humides de la fine pluie qui venait de s'abattre sur la ville. Ses yeux, bien que cernés de fatigue, fixaient Rose avec attention. Quant à ses vêtements, ils étaient tout à fait ordinaires pour un homme d'une vingtaine d'années.
Rose se releva vivement, tapota le tissu de sa robe pour en chasser la poussière et se tourna vers l'inconnu. Elle esquissa un sourire embarrassé.
« Ça va... J'étais juste un peu fatiguée, mais tout va bien, ne vous inquiétez pas ! » dit-elle en tentant de masquer sa gêne.
L'homme la détailla un instant, se demandant si elle cherchait à lui mentir. Remarquant ses yeux rougis et gonflés, il ébaucha un léger sourire.
« Bien », dit-il. « Vous habitez ici ? » demanda-t-il en désignant le manoir du regard.
Elle acquiesça.
« C'était la maison de ma grand-mère. Elle est décédée il y a trois semaines... Je suis sa petite-fille », confia-t-elle avec une pointe de tristesse dans la voix.
Il haussa un sourcil, intrigué.
« Elle ne m'a jamais parlé d'une petite-fille... »
Rose sursauta. Évidemment que sa grand-mère ne l'avait jamais mentionnée : elle la haïssait.
« C'est logique. Elle ne m'aimait pas », murmura-t-elle en serrant son propre coude, les yeux de nouveau pleins de larmes.
Remarquant sa détresse, l'homme s'empressa de changer de sujet.
« Je m'appelle Nicolas. Et vous ? »
Pourquoi devait-elle donner son nom à un inconnu qu'elle venait tout juste de rencontrer ? Il avait quelque chose de louche.
Elle ferma les yeux un court instant puis finit par répondre :
« Je m'appelle Rose. »
Nicolas lui adressa un sourire chaleureux.
« Alors bienvenue, Rose. Enchanté », dit-il en saisissant délicatement sa main pour y déposer un baiser.
Les joues de la jeune fille devinrent immédiatement rouge vif. Remarquant sa réaction, Nicolas lança alors une plaisanterie pour détendre l'atmosphère