Chapitre 264
Chapitre 264 – La vie amoureuse de Meadow
« Je crois que je suis amoureuse. »
Cassius tourna vivement la tête vers elle, un sourcil levé. « Amoureuse ? »
Meadow esquissa un sourire un peu timide, comme si elle n'était pas habituée à ce sentiment. « Oui, amoureuse. C'est surprenant ? »
« Pas vraiment. Mais tu as dit "je crois". Tu n'es donc pas sûre ? »
« Je n'ai jamais été amoureuse. Je ne peux pas en être certaine. »
« Ou peut-être en es-tu sûre, mais te dire le contraire te permet de faire marche arrière plus facilement si tout s'écroule ? »
Meadow s'arrêta net, gratifiant Cassius, qui lui souriait avec complicité, d'un regard sombre.
« Je déteste quand tu sais exactement ce que je ressens, Cassius. »
« Ne t'en fais pas. Tu n'es pas la seule. » Il gloussa. « Pourtant, je ne m'attendais pas à ce que tu tombes amoureuse. Tu me présentes l'heureux élu ? »
« L'heureux élu ? » marmonna-t-elle, embarrassée.
« Non, je t'en prie, Meadow. Laisse tomber ce regard de jeune fille amoureuse. » Il fit une grimace en observant son visage.
Elle le fixa sans ciller, visiblement agacée. Elle renifla et pressa le pas.
Cassius eut un sourire ironique en la regardant aller s'asseoir sur un banc, dans un petit parc bordé d'arbres verdoyants.
Il la suivit et s'installa à ses côtés, contemplant la même vue.
« Qui est-ce ? »
« Devine. »
Il sourit. « Tu n'es proche de pas grand monde. Le seul qui me vienne à l'esprit est... Omm ? »
Le corps de Meadow trembla imperceptiblement à l'évocation de ce nom, confirmant instantanément les soupçons de Cassius.
Il se tut, sincèrement surpris. Il n'aurait jamais imaginé que Meadow puisse éprouver de tels sentiments pour Omm.
« Je peux sentir ta surprise sans même te regarder. » Meadow eut un sourire amer. « C'est étrange, n'est-ce pas ? »
Cassius dut admettre que, d'une certaine manière, ça l'était.
Meadow était probablement la femme la plus riche qu'il connaîtrait jamais. Et Omm était un roturier qui parvenait à peine à joindre les deux bouts, si ce n'était grâce à elle.
« Quel cliché. La fille riche qui tombe amoureuse d'un pauvre. Mais les choses ne sont jamais aussi simples. »
« Je ne dirais pas étrange, mais inattendu. En tout cas, pour moi. »
« Donne-moi ton avis, alors. Devrais-je... tenter ma chance ? Ou devrais-je simplement enterrer tout ça ? »
« Tu me fais confiance à ce point ? C'est plus important que tu ne le penses. »
« Oui. » murmura Meadow en baissant les yeux sur ses mains. « Tu es la seule personne à qui je peux demander cela. Tu n'es peut-être pas toujours aussi honnête qu'Omm, mais je sais que je peux te faire entièrement confiance. »
Cassius sourit, un peu gêné, toussota, puis prit la parole : « Je vais être honnête, alors. » Il soupira. « Il faudrait être exceptionnellement forte pour aimer quelqu'un sans rien tenter, simplement à cause des circonstances. Et si le problème est l'argent, c'est presque hors de propos. Omm finira par faire fortune. Il a une chance incroyable. »
Il gloussa. « Pas autant que toi, bien sûr, mais assez pour rendre une union entre vous deux envisageable. »
« Mais... ? » fit Meadow, qui s'attendait déjà à une réserve.
Elle avait raison.
« Le problème n'est pas l'argent, ni même toi. Le problème, c'est Omm lui-même. »
Elle fronça les sourcils. « Que veux-tu dire ? »
« Je ne pense pas que tu saisisses pleinement le poids de ton statut, Meadow. » Il lui jeta un coup d'œil en coin. « Tu es la fille de Meadow Wealth. Incroyablement riche et talentueuse, les deux à la fois. Et depuis le début, ta relation avec Omm est celle d'une patronne et de son subordonné. »
Les yeux de Meadow s'écarquillèrent légèrement, réalisant la situation.
« Je pense que tu comprends maintenant. Honnêtement, je ne suis pas sûr de moi, mais je doute qu'Omm te voie comme quelqu'un avec qui il pourrait être. Juste comme sa patronne. Cela rend toute chance d'amour entre vous beaucoup plus difficile. En termes simples... »
Il haussa les épaules.
« ...tu es trop pour lui. Hors de sa portée. »
« Je pensais que l'amour ne se souciait pas de ces choses-là ? » murmura Meadow, visiblement anxieuse.
« Ça, c'est l'amour des contes de fées. Dans la réalité, beaucoup de facteurs entrent en jeu. Ce n'est que mon avis, cela dit. Je pourrais me tromper. Et ne te fâche pas, mais je crois que Jeanne a plus de chances avec Omm que toi. »
Ce nom seul suffit à glacer l'expression de Meadow. Elle tourna brusquement la tête vers lui, mécontente.
« Qu'est-ce que tu sais sur Jeanne et Omm ? »
« Tiens, tiens, tiens. »
Il gloussa sèchement. « Rien. Mais j'ai remarqué en cours qu'elle était assez proche de lui. Elle ne cachait même pas ses intentions, en fait. Et Omm est un homme honnête, nous le savons tous. Mais il ne me donne pas l'impression d'avoir beaucoup d'expérience en amour, ahah. Avec des hommes comme lui, il faut être directe et explicite. Il est probablement du genre inconscient. C'est exactement ce que fait Jeanne. »
Meadow soupira, exaspérée, et ferma les yeux un instant. Elle repassa dans sa tête tout ce que Cassius avait dit et dut admettre que c'était vrai.
« ...que devrais-je faire, Cassius ? »
L'expression de Cassius devint immédiatement troublée. Il connaissait peut-être un peu la romance, mais répondre à une telle question lui semblait être un fardeau qu'il n'était pas prêt à porter.
Et s'il donnait le mauvais conseil et que Meadow finissait avec le cœur brisé ?
« Sûrement pas. Je ne peux pas faire ça. Mais je ne peux pas la laisser comme ça non plus. Reine, un conseil à me donner ? »
[Est-ce que j'ai l'air d'une déesse de la romance pour toi ?]
« Tu n'es pas mignonne du tout. »
[Toi...] elle se retint, décidant de rester gracieuse, comme une vraie déesse se doit de l'être.
Cela devenait de plus en plus difficile avec Cassius dans les parages.
« J'attends, Cassius ! »
« Calme-toi, femme. J'ai besoin d'une seconde pour réfléchir aussi. Par le souffle de la Reine, pourquoi est-ce que je me retrouve toujours entraîné dans toutes sortes de problèmes ? Bon sang. »
« Je pense que tu devrais écrire. » dit Cassius, sortant la suggestion la plus aléatoire qui soit, avec le visage le plus sérieux qu'il put arborer.
Meadow le regarda, confuse. « Écrire ? »
« Oui, tu devrais écrire sur tes sentiments. » continua-t-il, se convainquant lui-même au fur et à mesure pour que Meadow ne se doute de rien. « Canalise ce que tu ressens et couche-le sur papier. Écris deux courtes romances. »
Il leva un doigt.
« La première : tu ne finis pas avec Omm, parce qu'il est avec Jeanne. Sois intelligente et n'utilise pas vos vrais noms. » dit-il. « Écris ça, et tu auras un aperçu de ce futur possible. »
Meadow hocha la tête, sérieuse. Cassius, prenant de l'assurance, poursuivit.
« La seconde : tu finis avec Omm. Mais rends ça aussi réaliste que possible. Montre la lutte entre toi, Jeanne et Omm. Rends leurs émotions aussi justes que possible, et fais en sorte que ce soit crédible. Tu dois me montrer pourquoi Omm te choisit. As-tu fait quelque chose ? Jeanne a-t-elle pris du recul ? Rends ça logique, quelque chose que je puisse suivre. »
« Il y a une troisième possibilité aussi... »
Elle fronça les sourcils. « Ça a l'air difficile, Cassius. »
« Eh bien, ça l'est. Tu devras comprendre Omm et Jeanne mieux que quiconque. »
« Je ne veux pas comprendre Jeanne. »
Cassius sourit. « Mais tu le dois. C'est la partie la plus difficile. Si tu ne les comprends pas tous les deux, tes deux romances sonneront faux. »
Meadow soupira, cachant son visage dans ses mains.
« À quoi bon tout ça ? » demanda-t-elle doucement.
« Honnêtement, je ne sais pas non plus, Meadow. »
« Pour t'aider à maîtriser tes émotions. » dit-il, un peu incertain lui-même. « Pour t'aider à mieux te comprendre toi-même, ainsi qu'Omm et Jeanne ? Qui sait, tu pourrais même finir par l'apprécier. »
« Impossible. Je n'aimerai jamais cette femme laide. »
« Laide ? » Les lèvres de Cassius tressaillirent.
« Oui, laide. » Elle le fixa. « Tu penses le contraire ? »
« ...non. Laide, oui. Très laide. »
« Bien. » Elle hocha la tête, satisfaite.
« Soupir. Les femmes... »
« Tu vas le faire ? »
Elle hocha la tête. « Mon éditeur l'a dit. Je le ferai. »
« Alors tu auras besoin de ça. » dit Cassius en sortant enfin le stylo pour le lui tendre.
Les yeux de Meadow perdirent toute trace de tristesse et d'inquiétude, s'illuminant d'une pure excitation devant le stylo noir et or.
S'ils n'avaient pas été en public, elle aurait sauté au cou de Cassius pour un tel cadeau.
C'était plus qu'elle n'aurait pu l'espérer.
« Merci infiniment ! » s'exclama-t-elle en prenant le stylo, savourant son poids et sa texture.
« Je suis heureux qu'il te plaise. » dit Cassius en se levant du banc.
Il se fit craquer le cou et roula des épaules. « Je dois y aller maintenant. »
« Y aller ? » Meadow réfréna son excitation pour se reconcentrer sur Cassius. « Où ça ? »
« Je vais rendre visite à Océane. Ensuite, je lirai probablement avant de m'entraîner. Je dois être prêt pour la bataille d'équipe contre les deuxième année, non ? »
« Je vais m'entraîner aussi, je suppose. » dit-elle. « Et j'ai déjà quelqu'un en tête pour la bataille d'équipe. »
« Qui ? »
« Diary Law. » Elle sourit, ses yeux brillant d'essence. « Il se trouve que j'ai vu son Aspect en action contre Julaibib. Très intéressant. C'est surprenant qu'un tel Aspect appartienne à une famille de rang trois. Mais je suppose que c'est parce qu'il est assez limité ? »
« Quel est son Aspect ? »
« Loi. »
« Loi, hein ? Je vois. Si tu la veux, pourquoi pas. »
« Et toi ? Toujours personne en tête ? »
« William Castria. » répondit Cassius instantanément. « Il est temps d'intégrer l'Unique Héritier de l'Épée Sans Forme dans nos rangs, Meadow. Il est temps. »
Ses yeux s'écarquillèrent. « Tu veux dire ? »
« Oh, oui. » Son sourire s'élargit. « Je veux William dans notre secte. »
—Fin du Chapitre 264—