Chapitre 66
Attention : c’est une reconstitution, pas le texte original mot pour mot. Donc c’est pas cohérent c’est normal
Chapitre 66 — Le premier sanctuaire
Le silence était revenu.
Après les événements de Valthera, Ivan Despiedra et ses compagnons avaient enfin quitté les ruines où ils avaient découvert les traces d’un passé que personne ne semblait vouloir leur révéler entièrement.
Pourtant, Ivan n’avait pas l’impression d’avoir avancé.
Au contraire.
Chaque réponse obtenue avait fait naître trois nouvelles questions.
Le cycle. Les fragments. Les différentes versions de lui-même. Et cette mystérieuse porte rouge qui revenait sans cesse dans ses souvenirs.
Sans oublier Eren.
Son petit frère oublié.
— Tu réfléchis encore, remarqua Elena.
Ivan tourna légèrement la tête vers elle.
La jeune fille marchait à ses côtés, tandis que Lunéa avançait tranquillement derrière eux. Le renard astral observait les environs avec une attention inhabituelle.
— Je réfléchis toujours, répondit Ivan.
— Ce n’est pas vrai. D’habitude, tu fais aussi semblant de ne pas écouter les autres.
Lyria, qui marchait quelques mètres devant eux, se retourna aussitôt.
— Ah ! Donc je ne suis pas la seule à avoir remarqué ça !
— Je vous entends parfaitement, précisa Ivan.
— C’est justement ce qui rend la situation inquiétante, répondit-elle avec un grand sourire.
Marvus soupira.
— Vous pourriez essayer d’être sérieux pendant plus de cinq minutes ?
— Et toi, tu pourrais essayer de sourire pendant plus de cinq secondes, répliqua Lyria.
Taylor, lui, ne participait pas à la conversation.
Depuis leur départ, il observait régulièrement son épée. La lame n’avait pourtant subi aucun dommage, mais quelque chose semblait le préoccuper.
Ivan le remarqua.
— Un problème avec ton arme ?
Taylor leva les yeux.
— Non. Enfin… je ne sais pas.
Il posa une main sur la garde de son épée.
— Depuis que nous avons quitté Valthera, j’ai parfois l’impression qu’elle réagit à quelque chose. C’est très léger, mais je le sens.
— Une présence magique ? demanda Aldren Veyr.
Le professeur marchait derrière le groupe, un vieux carnet à la main.
— Peut-être. Mais je n’ai détecté aucune fluctuation suffisamment importante pour confirmer cette hypothèse.
Taylor fronça les sourcils.
— Alors qu’est-ce que cela signifie ?
— Que nous ne savons pas encore, répondit Aldren. Et qu’il serait imprudent de tirer des conclusions trop rapidement.
Ivan détourna les yeux vers le chemin.
Cette phrase commençait sérieusement à l’agacer.
Nous ne savons pas.
Il avait entendu ces mots trop souvent depuis son retour à la vie.
Chaque fois qu’il s’approchait de la vérité, quelqu’un lui expliquait qu’il n’était pas prêt à la découvrir.
Cette fois, il comptait bien aller jusqu’au bout.
Ils atteignirent leur destination à la tombée de la nuit.
Devant eux se dressait une immense montagne dont le sommet disparaissait dans les nuages. À première vue, rien ne distinguait cet endroit des autres régions sauvages du royaume.
Pourtant, Ivan sentait quelque chose.
Une pression invisible pesait sur sa poitrine.
Ce n’était pas une menace ordinaire. Il avait déjà ressenti cette sensation face à des créatures du Néant, mais elle était ici beaucoup plus ancienne.
Comme si la montagne les observait depuis des milliers d’années.
— C’est ici ? demanda Elena.
Aldren consulta la carte qu’il tenait entre ses mains.
— D’après les inscriptions découvertes à Valthera, oui. Le premier sanctuaire devrait se trouver quelque part dans cette montagne.
— Devrait ? répéta Lyria.
— Les anciennes cartes sont incomplètes.
— Évidemment.
Éclipse apparut près d’Ivan sous sa forme réduite. Ses yeux violets parcoururent les falaises.
Pour une fois, le dragon ne fit aucune plaisanterie.
— Nous sommes au bon endroit, déclara-t-il.
Ivan se tourna vers lui.
— Tu connais cet endroit ?
— Je connais son existence.
— Ce n’est pas ce que je t’ai demandé.
Éclipse soutint son regard.
— Et je ne t’ai pas donné la réponse que tu voulais entendre.
Ivan serra les dents.
— Tu sais toujours quelque chose que tu refuses de me dire.
— Parce que tu confonds encore savoir et comprendre.
— Et toi, tu confonds protéger quelqu’un et lui cacher toute sa vie !
Le silence tomba sur le groupe.
Éclipse ne répondit pas immédiatement.
Pendant quelques secondes, son expression parut presque humaine.
Puis il détourna les yeux.
— Quand tu auras vu ce qui se trouve à l’intérieur, tu comprendras peut-être pourquoi certaines vérités doivent être découvertes au bon moment.
Ivan détestait cette réponse.
Mais il savait qu’insister ne servirait à rien.
Pas maintenant.
Une lumière argentée apparut soudain devant eux.
Lunéa s’était avancée jusqu’au pied de la montagne. Ses queues frémissaient doucement tandis que des particules lumineuses tourbillonnaient autour de son corps.
Elena s’approcha d’elle.
— Lunéa ?
Le renard astral leva la tête.
— Il y a quelque chose sous la roche.
Aldren s’agenouilla immédiatement pour examiner le sol.
— Une structure magique ?
— Non, répondit Lunéa. Quelque chose de plus ancien.
Ses yeux se fixèrent sur une paroi apparemment ordinaire.
— Je peux voir un chemin.
Elle posa une patte contre la pierre.
Une onde lumineuse se propagea sur toute la surface.
Des lignes apparurent alors, d’abord presque invisibles, puis de plus en plus nettes. Elles formaient un immense cercle entouré de symboles inconnus.
Au centre se trouvait une inscription.
Ivan s’approcha.
Il ne reconnaissait pas cette écriture.
Pourtant, dès qu’il posa les yeux dessus, une douleur fulgurante traversa son crâne.
Une voix résonna dans son esprit.
Tu es revenu.
Ivan recula d’un pas.
— Ivan ? demanda Elena.
Il porta une main à sa tempe.
La voix avait disparu.
Mais quelque chose avait changé.
Son œil gauche, celui qui portait la marque du Néant, percevait désormais les lignes magiques comme des fils lumineux. Certains étaient bleus, d’autres blancs. Quelques-uns, en revanche, étaient noirs.
Ces derniers semblaient absorber la lumière environnante.
— Ne touche pas aux symboles, prévint Éclipse.
Ivan lui lança un regard agacé.
— Tu aurais pu le préciser avant.
— Je viens de le faire.
— Ce n’est pas le moment !
Aldren examina les inscriptions sans les toucher.
— Ces symboles ne correspondent à aucune langue connue de l’académie. Certains ressemblent aux marques des neuf Messagers, mais leur disposition est différente.
Taylor s’approcha à son tour.
— Neuf Messagers ?
— Selon les récits anciens, les neuf Messagers auraient transmis la magie aux civilisations du monde au nom des Dieux Primordiaux.
— Et ce sanctuaire leur serait lié ? demanda Elena.
— C’est ce que nous allons découvrir.
Lunéa émit un petit grondement.
— Il ne faut pas ouvrir le passage n’importe comment.
Ivan la regarda.
— Tu sais comment faire ?
— Je sais surtout que ce passage ne s’ouvrira pas avec une magie ordinaire.
Tous les regards se tournèrent vers Ivan.
Il comprit immédiatement pourquoi.
Sa magie de gravité n’était pas ordinaire. Et ce qu’il appelait désormais Rupture semblait pouvoir briser les règles mêmes de la magie.
— Tu veux que j’utilise mon pouvoir, murmura-t-il.
Éclipse ne répondit pas.
Ce silence suffisait.
Ivan leva lentement la main.
Il sentit sa réserve de mana réagir. Une pression familière se forma autour de ses doigts, mais il ne la libéra pas immédiatement.
Il se concentra.
Au lieu de forcer la porte, il chercha ce qui la maintenait fermée.
Il sentit les couches de magie superposées les unes aux autres, les sceaux anciens, les liens invisibles qui protégeaient l’entrée.
Puis il perçut autre chose.
Une règle.
Une règle magique imposant à cette porte de rester close.
Ivan inspira.
— Rupture.
Il ne lança aucune attaque.
Il effleura simplement le sceau du bout des doigts.
Un craquement retentit.
Les lignes lumineuses se séparèrent, comme si un fil invisible venait d’être coupé.
La paroi entière trembla.
Une ouverture apparut lentement dans la montagne, révélant un escalier qui descendait dans les ténèbres.
Personne ne bougea.
Même Aldren semblait avoir perdu ses mots.
— Il a brisé le principe de fermeture du sceau… murmura le professeur. Sans détruire le reste de la structure.
Taylor observa Ivan avec une expression indéchiffrable.
— C’est donc ça, son véritable pouvoir.
Ivan baissa les yeux vers sa main.
Il n’avait pas seulement ouvert une porte.
Pendant une fraction de seconde, il avait senti quelque chose lui répondre depuis l’autre côté.
Quelque chose qui le connaissait.
— Nous descendons, déclara-t-il.
Éclipse se plaça immédiatement devant lui.
— Attends.
— Quoi encore ?
— À partir de maintenant, reste près de moi.
Ivan haussa un sourcil.
— Tu viens de me dire de découvrir la vérité au bon moment. Et maintenant, tu veux me protéger de ce qui se trouve derrière une porte ?
— Je veux t’empêcher de commettre une erreur irréversible.
Le regard du dragon était devenu sérieux.
— Ce sanctuaire est plus ancien que l’académie, plus ancien que les royaumes actuels et peut-être même plus ancien que certaines légendes concernant les Dieux Primordiaux.
— Alors il est temps de savoir ce qu’il cache.
Ivan s’engagea dans l’escalier.
Elena le suivit sans hésiter. Lunéa resta près d’elle, tandis que les autres membres du groupe s’enfonçaient à leur tour dans les profondeurs de la montagne.
Le passage débouchait sur une salle immense.
Des colonnes de pierre s’élevaient jusqu’à un plafond invisible. Des cristaux bleutés illuminaient les murs, projetant des ombres qui semblaient bouger toutes seules.
Au centre de la pièce se trouvait une plateforme circulaire.
Neuf symboles y étaient gravés.
Chacun possédait une forme différente.
Ivan sentit immédiatement leur puissance.
Feu.
Eau.
Vent.
Terre.
Foudre.
Glace.
Nature.
Lumière.
Et un dernier symbole qu’il ne parvenait pas à identifier.
— Les huit affinités fondamentales… murmura Aldren. Mais le neuvième symbole ne correspond à aucune des catégories que nous enseignons.
— Parce qu’il ne représente pas une affinité ordinaire, répondit Éclipse.
Ivan se tourna vers lui.
— Tu vas enfin nous expliquer quelque chose ?
— Pas encore.
— Tu commences sérieusement à m’énerver.
— Je sais.
Lyria se pencha vers Marvus.
— Ils sont toujours comme ça ?
— Oui.
— Impressionnant. On dirait deux vieux ennemis qui se connaissent depuis mille ans.
Éclipse tourna lentement la tête vers elle.
Lyria se redressa aussitôt.
— C’était une façon de parler.
Le dragon reporta son attention sur la plateforme.
— Ce sanctuaire ne teste pas votre puissance. Il observe ce que vous êtes capables de reconnaître.
— Reconnaître quoi ? demanda Elena.
— Ce qui se trouve devant vous.
Ivan observa les neuf symboles.
Il n’y avait aucune énigme apparente, aucun mécanisme visible. Pourtant, quelque chose l’attirait vers le centre de la plateforme.
Il s’avança.
À chaque pas, les symboles s’illuminèrent légèrement.
Lorsqu’il atteignit le cercle central, une lumière bleue jaillit sous ses pieds.
Des images apparurent dans l’air.
Une immense cité.
Des temples dressés sous un ciel doré.
Neuf silhouettes vêtues de longues robes, chacune portant un symbole différent.
Puis une dixième silhouette, située à l’écart des autres.
Ivan plissa les yeux.
Il ne pouvait pas distinguer son visage.
La vision changea brusquement.
Il aperçut un homme aux cheveux noirs et aux yeux violets.
Lui-même.
Mais cet Ivan portait une armure inconnue et se tenait devant une porte noire.
Une voix s’éleva dans la salle.
— Le porteur est revenu.
Elena saisit instinctivement le bras d’Ivan.
— Qu’est-ce que c’est ?
Il ne répondit pas.
La silhouette de la vision tourna lentement la tête vers lui.
Puis elle sourit.
— Cette fois, tu devras choisir.
La lumière s’éteignit brutalement.
Ivan tomba à genoux, le souffle court.
Quand il releva la tête, la plateforme était redevenue silencieuse.
Mais une marque bleue venait d’apparaître sur sa main, juste à côté de celle du Néant.
Aldren s’approcha avec prudence.
— Ivan… tu sais ce que cela signifie ?
— Non.
Il fixa la marque.
— Mais je compte bien le découvrir.
Éclipse observait la main du garçon.
Pour la première fois depuis longtemps, le dragon semblait véritablement inquiet.
— Ce n’est que le début, murmura-t-il.
Ivan releva la tête.
— Le début de quoi ?
Éclipse resta silencieux.
Alors, au centre de la plateforme, une dernière lumière apparut.
Une carte se dessina dans les airs.
Elle représentait neuf points disposés en cercle, chacun relié aux autres par de fines lignes lumineuses.
Les neuf sanctuaires.
Mais sous le cercle, loin des autres points, se trouvait une petite marque noire.
Elle n’était reliée à aucun des sanctuaires.
Ivan s’approcha de la carte.
Une inscription apparut sous le symbole.
Il la lut à voix haute :
— « Ce qui précède ne peut être atteint par le chemin qui suit. »
Lunéa recula brusquement.
Éclipse ferma les yeux.
Et, dans les profondeurs du sanctuaire, quelque chose sembla se réveiller.
Fin du chapitre 66.