Chapitre 11
Le sommeil d’Espoir fut particulièrement long et douloureux. Au matin, ses cernes étaient aussi grands qu’il était possible de l’imaginer.
Avec sa montre au poignet, Espoir avait acquis la capacité de voir le monde aussi sombre qu’il ne l’était vraiment. Sa sensibilité au mal avait évolué de façon à mieux comprendre le monde.
Les objets forgés à partir d’humains ont des effets spéciaux, et celui de la montre est vraiment d’apporter une vision plus terne et morose du monde.
L'entraînement du jour était encore une série de batailles. Cette fois-si, Espoir n’était pas en mesure de gagner quoi que ce soit. Il préféra donc observer les combats des autres.
Obsidienne au loin, avait vu le regard sombre d’Espoir. Il s’approcha donc de lui.
Le voyant venir, Espoir déclara en premier :
<< Alors, que me veux-tu ? >>
<< Ça m'intéressait de rencontrer un autre que moi aussi durement touché par la vie. Pourquoi donc ce visage dépité ? >>
L’expression d’Espoir se chargeait de tout le sérieux dont il était capable de faire preuve.
<< J’ai renc … >>
<< … >>
<< HAHAHAAHAHHAHAHAHAHHAHAHHAHAHAAA >>, sans crier gare, Espoir éclata d’un fou rire. Les larmes aux yeux il poursuivit : << Donc tu passes l'entièreté de ta vie dans le silence pour venir seulement que quand le monde va mal ? Merci, tu m’auras fait bien rire avec ta dépression un peu trop forcée…
Tu agis vraiment comme Aguir. >>
Aguir était le chef du district des chevaliers. Au moment de sa défaite, il entama un monologue qui dura au moins dix minutes. Il aurait pu continuer pendant des heures mais heureusement, son adversaire le fit taire sa vie.
Obsidienne resta dans le silence un petit moment avant de dire : << Je t’ai vu ramener cet enfant à l’orphelinat, tu remontes dans mon estime. >>
<< Je n’ai rien fait de plus que honorer mon noble rang. >>
Une pointe de haine se dessina dans le regard d’Obsidienne, avant de très vite se rétracter. Après un court instant, Obsidienne prit la parole.
<< Nous avons des intérêts communs, Espoir. Je pense que nous aurions tous les avantages du monde à nous associer un temps.>>
<< Certainement, tu proposes quoi ? >>
<< Aujourd’hui, partageons simplement le principe de nos pouvoirs. >>
<< Très bien, je commence.
Je peux choisir le moment de l’impact, enfin, de l’effet en général.>>
<< Et moi je décide de ce qui importe. >>
Espoir n’avait rien compris au pouvoir d’Obsidienne, mais son ego l'empêchait de demander une quelconque explication. Alors, comme s'il avait une compréhension absolue, il tendit sa main pour serrer celle d’Obsidienne.
<< Voyons donc pour la suite, partenaire. >>
<< Simplement.>>
Espoir pensait : << Il va continuer longtemps ? Répondre avec un mot, c’est tellement misérable... >>
Mais il avait assimilé une information, Obsidienne allait être un allié de choix, l’un de ceux plus utile qu’une armée entière. Fort de cette découverte, il s'était promis de tout donner pour devenir son ami.
…
Espoir avait fini sa journée, il était maintenant chez lui en train de manger le repas du soir avec sa mère.
<< Bon, jeune homme, demain nous partons pour le district central. Le voyage s'annonce assez long, il faut prévoir trois jours pour être sûr d’arriver à l’heure.>>
<< À quelle heure partons-nous du district ? >>
<< Dix heures, simplement dix heures. >>
<< Et nous n’allons partir que tous les deux ? >>
<< On aurait besoin de qui d’autre ? Surtout avec moi à tes côtés, je t’assure que rien ne pourrait t’arriver. >>
<< J’admets. Merci pour le repas, je vais te souhaiter bonne nuit. >>
<< Bonne nuit à toi aussi, Espoir. >>
Espoir passa une nuit parfaite, il n’était plus le sombre homme d’hier.