Chapitre 7
L’immeuble est calme ce soir. Aucun bruit ne trahit la présence d’êtres vivants dans cet édifice. C’est comme si l’immeuble ne respirait pas, ne respirait plus. Même la loge de la vieille concierge ne laisse filtrer aucune lumière. Je sors du vestibule, je jettes un regard distrait sur la plaque de noms, toujours le même défaut. Je m’avance sur le trottoir, et commence à marcher, mon cerveau fonctionnant tantôt à toute allure, tantôt en « pause », en laissant mes pensées vagabonder au gré de la lune. Je fais le tour du quartier autant pour le découvrir que pour m’aérer. J’en profite pour observer d’un œil nouveau l’immeuble ou j’habite désormais. Toutes les fenêtres sont éteintes. Toutes ? non ! Une fenêtre résiste à cette obscurité. Je me refais le parcours du couloir dans ma tête, et j’identifie cette absence d’obscurité comme étant la fenêtre du 4B. Pourquoi seule cette fenêtre est-elle allumée ? Je n’ai vu aucune lumière s’en échapper quand je suis passé devant l’appartement tout à l’heure.
des ombres semblent traverser le 4B, je les vois à travers le rideau qui n’occulte pas toute la lumière. Des personnes y habitent ? Vraiment ? Je n’ai aperçu personne entrer ou sortir de ce lieu, ni même un seul bruit en sortir ! Un chien aboie au loin, ce qui me fait sursauter. Mais quel con ce cabot ! J’ai repris encore une fois mes esprits à cause de cet aboiement. Il faut que j’aille voir, que je visite ce 4B, sinon ça va me rendre malade. J’y vais quand ? Demain ? Je ne sais pas si j’aurais le courage d’y aller, voire même d’y frapper. Mais je trouve ça quand même étrange tous ces voisins si présents, envahissants mais qui disparaissent tout aussi vite. Je continue mon tour de quartier. Tous les immeubles aux alentours sont « normaux », les fenêtres sont allumées, de manières irrégulières, des silhouettes les traversent et brisent ces jet de lumière. Alors, qu’est ce qui ne va pas dans mon immeuble ? Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?
Je rentre, à moitié absente. Je me rapproche du vestibule de mon immeuble. Plus je me rapproche, plus j’entends du bruit. Il y a du monde devant la loge de la concierge, ça s’agite. Je reconnais vaguement quelques têtes, surtout les plus gros perturbateurs qui étaient venu chez moi. J’espère que ceux que je reconnais ne sont pas ceux qui m’ont laissés les fameux caleçons en présents. Je me fraie un chemin parmi cette foule de gens. Je ne sais pas ce qu’ils font là. J’essaie d’écouter ce qu’ils disent au passage, mais tout se fond, tout se confond dans un brouhaha cacophonique. La loge de la vieille est ouverte, mais tout comme la première fois, il est impossible de voir à l’intérieur. J’essaie d’insister du regard et, d’un coup, la concierge sort son museau inquisiteur.
— Ça va ma petite, demande-t-elle ?
— Que se passe-t-il, mamie ? Pourquoi tout le monde est en bas ?
— Juste une fête entre voisins, juste une fête.
Et elle disparaît dans son antre à nouveau, tel un dragon gardant jalousement son trésor. Je me sens mal à ‘l’aise dans cet attroupement. Je joue des coudes pour m’en extraire, j’ai du mal. Il n’y a pas beaucoup de monde, mais on dirait que je m’enlise de plus en plus, et plus je cherche à partir, plus je me sens oppressée. Des mains me frôlent, aucune ne me touche. Je sens les respirations me cerner de toute part. J’angoisse. Je cherche l’ascenseur du regard. Il est loin si loin…
Je me débat de plus belle, je gagne centimètres par centimètres, la longueur d’une vie pour certains, je progresse. J’ai chaud, je transpire, j’ai du mal à respirer. J’arrive enfin à m’extraire, et j’appuie fortement sur le bouton de ascenseur. Enfin, je le martèle de toute la force de mon inconscience. Les portes s’ouvrent que j’appuie dessus encore et encore. Je me laisse tomber dans l’ascenseur plutôt que d’entrer dedans et j’appuie avec la frénésie du désespoir sur le bouton pour fermer la porte. J’ai lu d’ailleurs que ce bouton ne servait à rien, qu’il n’était qu’un exutoire pour les personnes impatiente, pour avoir un semblant de contrôle sur sa vie et son temps. Dans ma panique, c’est amusant que j’arrive à me souvenir de ce genre d’anecdote. Bizarre, vous avez dit bizarre ?
Je suis rouge comme une tomate, j’ai l’impression d’exploser autant de l’intérieur que de l’extérieur. Le feu aux joues je martèle le bouton du quatrième aussi fort que celui pour fermer la porte, qu’importe l’utilité. J’ai mal aux doigts.
L’ascenseur monte.