Chapitre 1
Je m’appelle Albracca, j’ai 26 ans et suis étudiante. Mon domaine ? la psychiatrie.
Après avoir fait mes 6 années en cursus commun avec les autres étudiants en médecine, je suis dans la phase de spécialisation en psychiatrie. La faculté m’a assigné un nouvel hôpital pour mon internat, et j’emménage donc aujourd’hui pour me rapprocher au plus près de cet hôpital. Et là, je suis devant l’immeuble où se trouve mon futur chez-moi pour les 6 années d’internat à venir.
On est loin d’un immeuble à la mode Lavirotte avec ses formes organiques, ses éléments végétaux et son architecture régulière. Bref, pas de magnificence dans cet édifice. Nous sommes loin également du Rancy décrit par Céline, avec ses bâtiments qui puent ouvertement de la gueule, cette poussière qui se soulève et que ne filtrent que les poumons des passants, qui s’en donnent à cœur joie dans cette banlieue morose qui aspire le moindre soleil d’espoir.
Non, je suis juste en banlieue parisienne, simple, efficace et chère. Oui, c’est gris, légèrement terne, mais pas de cette teinte communiste russe pendant la guerre froide. Juste gris de cette lassitude des travailleurs qui ne vivent que par l’habitude du métro, boulot, dodo. Ce bâtiment ne respire ni la bienveillance ni quoi que ce soit d’ailleurs. Il est tout simplement là. Peut-être las d’exister ? Il faudrait lui demander. Mais comment causer à un bâtiment?
Il faudrait que j’essaie, mais en pensant cela, mes futures études me reviennent en pleine face, à la vitesse du TER qui s’est pris un camion de forain hier, dans la journée. Parler à un immeuble.. Non mais qui essaierait ? Et surtout qui attendrait une réponse ? En tant qu’interne, je l’enverrais directement en chambre d’isolement, pensais-je avec une pointe d’humour.
Je me décide à entrer dans le vestibule. Les boîtes aux lettres sont fatiguées et délavées. Le panneau d’appel pour sonner dans les logements a l’air fonctionnel. Je cherche machinalement le mien, de logement. Je suis censée me trouver au quatrième étage. Ah tiens, au quatrième, il y a l’air d’y avoir 6 appartements, du 4A au 4F. Tous les étages ont l’air d’être identiques, l’immeuble a dû être construit de la même manière pour des questions pratiques et de coûts, probablement.
Un je-ne-sais-quoi me dérange pourtant. 4A, 4C, 4D, 4E,4F. Ça ne fait que 5 ? pourtant tous les autres étages en ont 6… Ah oui, il n’y a pas de 4B au quatrième ? Une bizarrerie architecturale sans doute, une fois de plus.
Je sonne au 1A, la loge de la gardienne de l’immeuble, la fameuse concierge qui connaît toujours tous les secrets de son immeuble, qui sait qui va où, et quand, qui sait qui trompe qui et avec quoi… euh qui ! Je suis en train de me perdre dans mes pensées. D’ailleurs, ce n’est peut-être pas une, mais un concierge ? bon, on verra. J’insiste sur la sonnette, qui grésille sous mon doigt. Mon insistance finit par payer, j’entends une clef tourner dans une serrure. Le 1A s’ouvre doucement, sans grincer. Je ne sais pas pourquoi mon cerveau note ce détail. Probablement suis-je trop imprégnée par tous ces films d’horreur et fantastique. Aucune raison que cette porte grince !
C’est UNE concierge. Une concierge sans âge. Elle s’arrête sur le pas de sa porte et me jauge, me toise. Elle a de petits yeux, sûrement usés par les nombreuses heures passées à sa fenêtre à épier ses locataires. Elle a ses lunettes accrochées par un fil, suspendues à son cou. Son accoutrement me fait mal aux yeux. Tout est vif chez elle ! De son pull rose poussin, à son pantalon jaune ammoniaque, même ses chaussettes sont dépareillées ! Enfin, je m’attendais à quoi ? À une mégère, le balai au vent, toute de grise vêtue et grognant sur un visiteur ?
Depuis que je suis arrivée devant cet immeuble, mon cerveau n’y arrive pas. Il ne capte plus la logique de ce qu’il voit. Mes études risquent de s’envoler avant même que je ne commence mon internat !
» Bonjour ? »