Chapitre 10
Le lendemain, quand je me suis levé, j'avais un affreux mal de tête. Sûrement à cause de l'alcool, après tout, je n'avais pas bu comme ça depuis bien longtemps. Même avant l'infection, j'avais fait attention à ne pas trop abuser, de peur de m'attirer des ennuis qui aurait pu retomber sur Myriam et maman.
Mais hier soir, j'ai cédé à l'appel du plaisir. J'ai arrêté de me retenir et je me suis lâché au point de ne plus me souvenir comment je suis arrivé dans cette chambre.
Je suis péniblement sorti de mon lit, chaque mouvement me demandant un effort considérable. J'avais la tête totalement embourbée dans un brouillard épais, les paupières lourdes et les yeux piquants de fatigue. Pour couronner le tout, d'incessants maux de tête me brûlaient l'intérieur du crâne, m'empêchant de garder un bon équilibre pendant que j'essayais de trouver ma béquille.
Une fois que j’eus récupéré ma béquille et que je fus allé me changer avec l'uniforme militaire qu'on m'a donné, je suis sorti de la pièce pour aller prendre mon petit déjeuner.
…
Cette fois, dans la salle à manger, Niro n'était pas là. C'était logique après tout. C'était un soldat qui travaillait dur toute la journée pour sauver le plus de gens possible.
J'ai alors pris mon plateau et j'ai maladroitement marché vers la table du fond, où personne ne s'était installé.
Hier je me suis moqué de Niro parce qu'il mangeait tout seul, mais au final, après lui c'est moi qui mange seul.
Le plat posé devant moi était assez simple, mais il me paraissait toujours aussi somptueux. C'était deux œufs au plat aux jaunes encore coulants, accompagnés de deux tranches de bacon bien grillées et dorées à souhait, le tout servi avec un grand verre de jus d'orange bien frais. C'était exactement le même petit-déjeuner parfait que l'on voit dans tous les films, et ça me donnait envie rien qu'à le regarder.
Mais avant même que je puisse toucher à ce repas, un bruit anormal a figé l'atmosphère, juste au-dessus, à la surface. On entendait d'horribles bruits de griffes qui fendaient l'acier dans un grincement insupportable, accompagnés d'une respiration rauque et étouffante. C'étaient exactement les mêmes sons que le monstre d'hier, mais un détail me glaçait le sang. Je savais pertinemment que ce n'était pas lui, et qu'une chose imitait ces bruits comme un imposteur.
Je le savais parce que je n'avais pas vraiment peur. J'éprouvais surtout un sentiment amer et légèrement stressé. Mais hier, quand j'ai croisé ce monstre, j'avais vraiment cru qu'il pouvait me déchirer en morceaux et dévorer ma chair, tout ça rien qu'en l'entendant marcher.
Si je ne ressentais pas cette horreur constante, ça ne pouvait pas être lui, enfin je crois.
Pendant que je réfléchissait, un groupe de soldats est passé devant nous et est remonté à la surface.
Quelques minutes après, c'est des hurlements qu'on entendait. La foule autour de moi a commencé à paniquer, mais un deuxième groupe est passé, mais cette fois, il était beaucoup plus armé et sérieux. Ça se voyait à l’œil nu qu'ils étaient beaucoup plus fort que le groupe d'avant.
Mais avant que je ne puisse retourner à ma rêverie, je vit que dans ce nouveau groupe, se trouvait Niro. Il était un peu plus en retard et venait de tout juste d'attacher son casque.
En le voyant, j'avais un pincement au cœur. J'avais confiance en ses capacités, mais on ne pouvait jamais être sûr de la survie de quelqu'un.
"Bonne chance mon pote."
Je savais qu'il ne pouvait pas m'entendre, mais je souhaitais quand même lui dire bonne chance.
…
[ Point de vue de Niro ]
J'étais stressé en pensant à la précédente équipe qui n'avait pas réussi.
On ne connaissait rien de ce monstre mais une chose est sûr : ce n'était pas ce foutu monstre qui nous tourmentait.
J'y croyait, c'était le Général Dusk qui nous l'avait promis, et je lui faisais confiance. Sans elle ça ferai longtemps que j’aurai été dévoré par un de ces monstres.
Si Yoo n'avait pas été blessé, je l'aurai embarqué avec nous dans cette bataille. J'étais curieux de voir à quel point il avait progressé. Mais contrairement à moi, il était devenu beaucoup plus musclé, je le savait car en le portant jusqu'à sa chambre hier, j'ai senti certains de ses muscles qui étaient bien plus développés que moi.
"Hé pourquoi tu souris Niro, tu crois que c'est drôle ce qui se passe ?"
Je n'avais même pas remarqué que je souriais, mais ça semblait déranger ce vieux type grincheux devant moi.
"Si je dois mourir, je ne veux pas que mon visage affiche une tête de déterré comme vous tous. Je préfère mille fois mourir avec le sourire aux lèvres."
"Pff, espèce d'imbécile.
Apparemment j'étais le seul à penser comme ça, mais c'était très bien. Ça faisait me sentir spécial.
Soudain notre groupe s'est arrêté sans que je ne puisse savoir pourquoi.
Je me suis alors décalé sur la gauche pour voir pourquoi on ne bougeait plus. J'ai presque dû me coller contre le mur pour la voir.
C'était le Général Dusk qui s'était présentée devant nous. Elle portait la même tenue que d'habitude, à l’exception près que cette fois, son gilet était fermé. Elle portait aussi un fusil à pompe attaché derrière son dos, un Benelli M4 calibre 12. C'était une arme avec une forte puissance de feu, mais elle avait aussi une portée très limitée, à partir de quarante mètres, la puissance commençait vraiment à faiblir.
Mais pour le Général, c'était vraiment parfait. Elle était à la fois courageuse et expérimentée.
Elle n'hésitait pas à aller juste devant une créature si elle jugeait que c'était plus efficace.
C'est pour ça que pour elle, privilégier la puissance de feu à la portée était le choix le plus judicieux à faire.
Pendant que je pensais à sa façon de se battre, le Général s'est mise à nous parler :
"Je vais être assez brève et je ne me répèterai pas, alors écoutez bien ce que j'ai à vous dire. Nous ne savons pas grand chose de cette créature. Nous ne connaissons pas sa taille, nous ne connaissons pas sa force, ni son intelligence et encore moins ses capacités. Mais on est sûr d'une chose, c'est que cette créature est sourde. Et je compte bien tourner cette faiblesse à notre avantage.
Alors j'ai décidé de scinder ce groupe en deux équipes. La première aura pour mission de combattre directement avec ce monstre, la deuxième se tiendra à l'écart en attendant de déterminer ses points faibles, d'attaquer et de l'éliminer d'un seul coup si possible.
Je vais être franche avec vous, les membres de la première équipe auront beaucoup de chances de mourir. Je préfère vous prévenir pour que vous sachiez dans quoi vous vous embarquez.
Alors soldats, qui m'accompagnera dans l'équipe une ?"
À ses mots, tous les autres soldats se sont mis à transpirer et à regarder maladroitement par terre. Personne ne voulait mourir et je les comprenais. Mais nous sommes des soldats et nous avons juré de défendre les plus faibles.
C'est pour ça que moi, je ne peux pas abandonner. De plus, je dois montrer au Général ma valeur, ce n'est que comme ça que je pourrai la remercier de m'avoir sauvé.
C'est pour cela que je me suis avancé et que je me suis retrouvé devant tout le monde, en tenant mon arme fermement dans mes mains.
"Moi, mon Général, je me porte volontaire pour affronter ce monstre face à face à vos côtés !"