Chapitre 66
Chapitre 66
Le lendemain matin, Azaël se réveilla avec une sensation inhabituelle.
La maison était plus bruyante que d'habitude.
Il entendait des pas dans le couloir.
Des voix.
Puis un bruit sourd.
Azaël ouvrit les yeux.
Un deuxième bruit retentit.
Il se leva et sortit de sa chambre.
Lorsqu'il arriva dans le couloir, il trouva Soren assis par terre devant Kaelros.
Le garçon tenait son épée entre ses mains.
— Encore une fois.
Kaelros le regarda.
— Tu es sûr ?
— Oui.
— Tu ne devrais pas être en train de prendre ton petit déjeuner ?
Soren réfléchit.
— Après.
Azaël croisa les bras.
— Depuis combien de temps tu es réveillé ?
Soren se retourna.
— Depuis longtemps.
— Et tu fais quoi ?
— Grand-père m'apprend à tenir mon épée.
Kaelros se tourna vers Azaël.
— Il n'a pas encore frappé quoi que ce soit.
— C'est déjà une bonne nouvelle.
Soren fronça les sourcils.
— Je peux quand même apprendre ?
— Oui.
Azaël s'approcha.
— Mais après le petit déjeuner.
Soren soupira.
— D'accord.
Il se releva et rangea son épée.
Kaelros observa son petit-fils partir vers la cuisine.
Puis il regarda Azaël.
— Il a ton caractère.
Azaël haussa un sourcil.
— Malheureusement.
— Et Elyan ?
— Il est différent.
Comme pour confirmer ses paroles, Elyan apparut dans l'escalier avec son grimoire.
Il s'arrêta en voyant Kaelros.
— Bonjour.
— Bonjour, Elyan.
Le garçon descendit.
Il tenait toujours son livre contre lui.
Kaelros regarda le grimoire.
— Tu l'as encore avec toi.
— Oui.
— Tu as dormi avec ?
Elyan hésita.
— Non.
Azaël le regarda.
— Tu as essayé ?
— Peut-être.
Kaelros eut un petit sourire.
— Je commence à comprendre.
Elyan s'assit à table.
— J'aimerais continuer à étudier les pages.
Azaël prit place en face de lui.
— Plus tard.
— Pourquoi ?
— Parce que je veux que tu prennes ton petit déjeuner avant de passer toute la journée dans ce livre.
Elyan baissa les yeux.
— D'accord.
Elia arriva à son tour.
Elle observa la scène.
Kaelros assis avec ses deux petits-enfants.
Soren déjà impatient de repartir s'entraîner.
Elyan occupé à protéger son grimoire.
Elle sourit.
— Je crois que vous avez rapidement trouvé vos habitudes.
Kaelros regarda ses petits-enfants.
— Je n'ai pas envie de perdre davantage de temps.
Azaël resta silencieux.
Cette phrase lui fit comprendre quelque chose.
Kaelros n'était pas seulement venu pour répondre à ses questions.
Il voulait réellement rattraper les années qu'il avait manquées.
Après le petit déjeuner, Soren entraîna Kaelros dans le jardin.
Azaël les observa depuis la fenêtre.
Kaelros lui montrait comment positionner ses pieds.
Soren essayait de reproduire les mouvements.
— Plus lentement, disait Kaelros.
— Mais je peux aller plus vite.
— Je sais.
— Alors pourquoi je dois ralentir ?
— Parce que la vitesse ne sert à rien si tu ne contrôles pas ton mouvement.
Soren recommença.
Cette fois, il réussit.
Kaelros hocha la tête.
— Mieux.
Soren sourit.
— Tu vois ?
— Oui.
— Papa me dit souvent la même chose.
Azaël eut un léger sourire.
Elia vint se placer à côté de lui.
— Tu sembles content.
— Je le suis.
— Tu ne pensais pas qu'ils s'entendraient aussi bien ?
— Je ne savais même pas comment mon père réagirait en les voyant.
Elia regarda Kaelros.
— Il a l'air heureux.
Azaël hocha la tête.
— Oui.
Ils restèrent quelques secondes à observer la scène.
Puis Elia demanda :
— Et la prophétie ?
Le sourire d'Azaël disparut légèrement.
— J'y pense toujours.
— Tu crois que ton père pourra vraiment trouver les autres pages ?
— Je ne sais pas.
Il regarda le jardin.
— Mais il a trouvé quelque chose hier.
— Quoi ?
— Une trace temporelle.
Elia fronça les sourcils.
— C'est mauvais ?
— Pas forcément.
Azaël marqua une pause.
— Mais ça signifie que quelqu'un a manipulé les pages avant qu'elles arrivent dans le grimoire.
Elia réfléchit.
— Donc quelqu'un les a envoyées.
— C'est ce qu'on pense.
— Et vous savez qui ?
— Non.
— Même Kaelros ?
— Même lui.
Elia resta silencieuse.
— Alors comment allez-vous le trouver ?
Azaël eut un léger sourire.
— On va commencer par comprendre où les pages ont été séparées.
Dans la bibliothèque, Kaelros avait déjà commencé.
Le grimoire d'Elyan était ouvert devant lui.
Il observait chaque page.
Azaël se tenait à côté.
— Tu cherches quoi exactement ?
— Une incohérence.
— Dans le texte ?
— Dans le temps.
Azaël soupira.
— Tu pourrais parler normalement.
Kaelros sourit.
— Je vais essayer.
Il posa sa main au-dessus du grimoire.
Une lumière apparut.
Les pages se mirent à tourner lentement.
Certaines restèrent immobiles.
D'autres semblèrent légèrement trembler.
Kaelros fronça les sourcils.
— Voilà.
Azaël s'approcha.
— Quoi ?
— Cette page.
Il désigna un passage de la prophétie.
— Elle a été déplacée.
— Déplacée ?
— Pas physiquement.
Kaelros posa un doigt sur le texte.
— Son existence appartient à une époque différente de celle dans laquelle elle se trouve actuellement.
Azaël resta silencieux.
— Tu veux dire qu'elle vient bien du futur.
— Oui.
Cette fois, Kaelros en était certain.
Azaël regarda les lignes.
— Tu peux voir lequel ?
— Non.
— Même avec ton pouvoir ?
Kaelros secoua la tête.
— Je peux voir des possibilités.
Il marqua une pause.
— Mais ces pages sont protégées.
— Protégées par quoi ?
Kaelros retira lentement sa main.
— Par quelque chose qui empêche le temps de les suivre.
Azaël fronça les sourcils.
— Quelqu'un les a cachées.
— Oui.
— Pourquoi ?
Kaelros regarda son fils.
— Pour empêcher quelqu'un comme moi de les retrouver.
Un silence s'installa.
Azaël comprit immédiatement.
— Donc celui qui possède les dernières pages sait que tu existes.
— Probablement.
— Et il sait ce que tu peux faire.
Kaelros hocha la tête.
— C'est possible.
Azaël resta silencieux.
Puis une idée lui vint.
— Est-ce que tu peux suivre la trace jusqu'à l'endroit où elles ont été envoyées ?
Kaelros réfléchit.
— Peut-être.
— Alors fais-le.
Kaelros ferma les yeux.
Le temps autour d'eux ralentit.
Le feu dans la cheminée sembla suspendre sa flamme.
La poussière dans l'air s'immobilisa.
Puis une multitude d'images apparurent autour du grimoire.
Des ruines.
Une montagne.
Une ville inconnue.
Une salle sombre.
Puis tout disparut.
Kaelros ouvrit les yeux.
Azaël le regarda.
— Tu as vu quelque chose ?
— Oui.
— Quoi ?
Kaelros resta silencieux quelques secondes.
— Une tour.
— Où ?
— Je ne sais pas.
— Tu viens de voir une tour.
— Une tour qui n'existe pas encore.
Azaël resta immobile.
— Explique.
Kaelros désigna le grimoire.
— La trace que j'ai suivie ne mène pas à un lieu du présent.
— Elle mène au futur.
— Exactement.
Azaël serra légèrement les dents.
— Donc les pages sont encore dans le futur ?
— Certaines, oui.
— Et celles que l'esprit possédait ?
— Elles ont été envoyées ici.
Azaël réfléchit.
— Pourquoi seulement certaines ?
Kaelros regarda le texte.
— Parce que quelqu'un voulait que cette partie soit découverte.
Azaël releva les yeux.
— Volontairement ?
— Je pense.
Un silence pesant s'installa.
Azaël regarda le grimoire.
— Alors les pages que nous avons sont peut-être un message.
— Oui.
— Mais pour qui ?
Kaelros secoua la tête.
— Je ne sais pas.
La porte s'ouvrit.
Elyan entra.
— Papa ?
Azaël se retourna.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Elyan tenait son grimoire contre lui.
— L'esprit veut vous parler.
Azaël regarda Kaelros.
Puis son fils.
— Il a dit quoi ?
— Il dit qu'il se souvient de quelque chose.
Kaelros se redressa.
— Quelque chose concernant les pages ?
Elyan hocha la tête.
— Oui.
Azaël fit signe à son fils d'approcher.
Elyan posa le grimoire sur la table.
La silhouette de l'esprit apparut.
Cette fois, elle semblait beaucoup plus faible.
— J'ai retrouvé un souvenir.
Azaël croisa les bras.
— Parle.
L'esprit hésita.
— Avant que les pages arrivent entre mes mains...
Il regarda les deux.
— Quelqu'un les avait déjà séparées.
Kaelros fronça les sourcils.
— Qui ?
— Je ne sais pas.
Azaël soupira.
— Encore cette réponse.
L'esprit continua :
— Mais je me souviens d'une chose.
Elyan s'approcha.
— Quoi ?
— Une personne est venue me voir.
Azaël se redressa.
— Quand ?
— Je ne sais pas.
— Dans le futur ?
L'esprit resta silencieux.
— Oui.
Kaelros regarda immédiatement Azaël.
— C'est important.
Azaël hocha la tête.
— Continue.
L'esprit fit apparaître une image floue au-dessus du grimoire.
Une silhouette.
Impossible à distinguer.
Elle tenait plusieurs pages entre ses mains.
Puis une voix résonna.
— Garde-les.
L'image disparut.
Elyan resta silencieux.
— C'est tout ?
— Non.
L'esprit fit apparaître une seconde image.
Une immense tour.
La même que celle aperçue par Kaelros.
Azaël fixa l'image.
Kaelros murmura :
— La tour du futur.
L'esprit répondit :
— Je ne connais pas son nom.
Azaël regarda son père.
— Mais toi, tu peux la retrouver ?
Kaelros hocha lentement la tête.
— Maintenant, oui.
Elyan regarda les deux.
— Vous allez partir ?
Azaël se tourna vers lui.
— Pas tout de suite.
— Pourquoi ?
Azaël posa une main sur le grimoire.
— Parce qu'avant de chercher les dernières pages...
Il regarda Kaelros.
— Je veux savoir qui les protège.
Kaelros acquiesça.
— Alors il va falloir observer le futur sans le modifier.
Azaël sourit légèrement.
— Ça tombe bien.
Il regarda son père.
— Je ne compte rien modifier.
Kaelros le fixa quelques secondes.
— J'espère que tu le penses vraiment.
Azaël ne répondit pas.
Dans le jardin, Soren appelait déjà son grand-père.
— Grand-père ! Tu viens ?
Kaelros se tourna vers la fenêtre.
Soren attendait avec son épée.
Elyan referma son grimoire.
Elia apparut dans l'encadrement de la porte.
— Vous avez fini ?
Kaelros sourit.
— Pour aujourd'hui.
Il regarda Azaël.
— La prophétie peut attendre quelques heures.
Azaël hocha la tête.
— Oui.
Ils sortirent tous ensemble.
Kaelros rejoignit Soren dans le jardin.
Elyan partit avec eux, son grimoire sous le bras.
Elia suivit Azaël.
Pendant quelques secondes, Azaël observa sa famille.
Son père.
Ses fils.
Sa femme.
Puis il regarda le grimoire.
Il ne savait toujours pas qui avait écrit la prophétie.
Il ne savait pas qui détenait les dernières pages.
Et il ne savait pas pourquoi quelqu'un du futur avait voulu les envoyer dans leur époque.
Mais désormais, il avait une piste.
Une tour qui n'existait pas encore.
Et derrière cette tour...
quelqu'un attendait peut-être qu'Azaël la retrouve.