Chapitre 28
Chapitre 28
Le royaume divin était silencieux.
Azaël se tenait toujours au milieu de la salle du trône.
Face à lui, Kaelion avait cessé de libérer son pouvoir.
Il connaissait désormais parfaitement la situation.
Il n'avait pas besoin qu'on lui explique qui se trouvait devant lui.
Des milliers d'années avaient passé depuis la dernière apparition d'Azaël.
Mais certains noms ne disparaissaient jamais.
Et celui du Dieu du Chaos était l'un d'eux.
Kaelion baissa lentement les yeux vers la preuve de la mort de son fils.
Sa colère était toujours présente.
Mais derrière celle-ci se trouvait quelque chose de bien plus profond.
La peur.
— Azaël...
Le dieu prononça son nom avec difficulté.
— Ça faisait combien de temps ?
Azaël resta silencieux.
— Des siècles ?
Azaël secoua légèrement la tête.
— Plus que ça.
Kaelion serra les poings.
— Tu avais disparu.
— Oui.
— Tout le monde pensait que tu ne reviendrais jamais.
Azaël regarda autour de lui.
Les statues représentant les anciennes divinités étaient toujours présentes.
Certaines avaient été construites bien après sa disparition.
D'autres étaient là depuis une époque qu'il avait presque oubliée.
— Je ne comptais pas revenir.
Kaelion releva les yeux.
— Alors pourquoi ?
Azaël répondit sans hésiter.
— J'ai trouvé une raison de rester.
Kaelion comprit immédiatement qu'il ne parlait pas d'un royaume.
Ni d'un pouvoir.
Ni d'une quelconque ambition.
Il parlait d'une personne.
— La femme.
Azaël ne répondit pas.
Cela suffisait comme réponse.
Kaelion regarda encore une fois la preuve déposée devant lui.
— Mon fils est mort à cause de ça.
— Non.
Azaël le fixa.
— Ton fils est mort parce qu'il a décidé de venir menacer ma famille.
Kaelion ne trouva rien à répondre.
Il savait que son fils avait reçu un ordre.
Il savait aussi que cet ordre venait de lui.
Mais il n'avait jamais imaginé que l'homme qu'il avait envoyé serait confronté à Azaël.
Pas après tout ce temps.
— Tu aurais pu simplement le repousser.
— Je lui ai donné plusieurs occasions de partir.
Azaël s'avança.
— Il a refusé.
Kaelion baissa la tête.
Il savait ce que cela signifiait.
Quand Azaël avait décidé quelque chose, il était presque impossible de le faire changer d'avis.
Et les anciens dieux le savaient mieux que quiconque.
— Les autres vont le sentir.
— Ils l'ont déjà senti.
Kaelion releva brusquement la tête.
— Ton retour ?
Azaël acquiesça.
— Oui.
Un silence s'installa.
Puis Kaelion demanda :
— Pourquoi revenir maintenant ?
Azaël regarda ses propres mains.
Pendant longtemps, il avait vécu comme un homme ordinaire.
Il avait travaillé.
Mangé.
Dormi.
Il avait appris à apprécier des choses qui n'avaient aucune importance pour les dieux.
Et surtout, il avait rencontré Elia.
— Parce que j'en avais assez de vivre seul.
Kaelion resta immobile.
Cette réponse était probablement la dernière qu'il aurait imaginée.
Azaël n'avait pas retrouvé son pouvoir pour conquérir.
Il n'était pas revenu pour prendre la place d'un autre dieu.
Il voulait simplement protéger la vie qu'il avait construite.
— Et maintenant ?
— Maintenant, tu vas transmettre un message.
Kaelion savait déjà lequel.
— Aux autres dieux.
— Exactement.
Azaël regarda droit dans ses yeux.
— Dis-leur que je suis revenu.
Kaelion acquiesça lentement.
— Ils le sauront.
— Et dis-leur aussi de ne pas intervenir.
Kaelion hésita.
— Certains ne t'écouteront pas.
Azaël eut un léger sourire.
— Alors ils apprendront.
Kaelion resta silencieux.
Puis il s'inclina.
— Je suis désolé.
Azaël le regarda.
— Pour ton fils ?
— Pour avoir envoyé quelqu'un contre toi.
Il marqua une pause.
— Et pour ce qui risque de suivre.
Azaël détourna les yeux.
— Je ne cherche pas la guerre, Kaelion.
Il se dirigea vers la sortie.
— Mais si les dieux viennent chercher la guerre…
Il s'arrêta.
— Je les exterminerais tous jusqu’au dernier !
Puis il disparut.
Kaelion resta seul dans la salle.
Quelques instants plus tard, plusieurs présences divines apparurent autour du palais.
Elles avaient senti le retour.
Elles savaient.
Le Dieu du Chaos était de nouveau présent dans leur monde.
Et cette fois, il avait quelque chose à protéger.
Sur la planète d'Elia, le temps était toujours arrêté.
Le jardin ressemblait à une peinture.
Les invités étaient figés.
Les fleurs ne bougeaient plus.
Les flammes des bougies étaient immobiles.
Elia attendait.
Elle savait qu'Azaël reviendrait.
Et il revint.
Une seconde plus tard, il se trouvait devant elle.
Elia le regarda longuement.
— C'est terminé ?
— Oui.
— Il est mort ?
Azaël acquiesça.
Elia baissa les yeux.
Elle ne demanda pas de détails.
Elle savait que ce n'était pas nécessaire.
— Et son père ?
— Il sait.
— Il va venir ?
— Non.
Azaël marqua une pause.
— Je lui ai demandé de transmettre un message aux autres.
Elia releva les yeux.
— Tu leur as fait peur ?
Azaël eut un léger sourire.
— Un peu.
Elle le fixa.
— Azaël.
— Oui ?
— Tu me dois beaucoup d'explications.
— Je sais.
Il regarda autour de lui.
Tout le monde était toujours figé.
Le mariage devait continuer.
Et pourtant, il savait qu'il ne pouvait pas simplement effacer cette journée.
Pas complètement.
Elia était la seule à avoir vécu cette partie de l'histoire avec lui.
Elle devait s'en souvenir.
Mais pour les autres...
Il fallait que tout cela n'ait jamais existé.
Azaël leva lentement une main.
— Je vais remonter le temps.
Elia comprit immédiatement.
— Jusqu'à avant son arrivée ?
— Oui.
— Et tout le monde oubliera ?
— Tout le monde.
Elia le regarda.
— Même ma famille ?
— Oui.
— Adrian ?
— Oui.
— Mes parents ?
— Oui.
Elle hésita.
— Et moi ?
Azaël la regarda dans les yeux.
— Pas toi.
Elia resta silencieuse.
— Pourquoi ?
Azaël s'approcha d'elle.
— Parce que je ne veux pas que tu oublies.
Elia acquiesça.
Elle prit sa main.
— Alors fais-le.
Azaël ferma les yeux.
Le monde entier sembla disparaître.
Le ciel changea.
Les nuages reculèrent.
Les sons s'éteignirent complètement.
Puis le temps se mit à tourner à l'envers.
Les feuilles remontèrent vers les branches.
Les verres brisés retrouvèrent leur place.
Les fissures du sol disparurent.
Les tables renversées se remirent debout.
Les fleurs revinrent à leur position initiale.
Les traces de la confrontation disparurent une à une.
Le jardin retrouva exactement l'état dans lequel il se trouvait avant l'arrivée du fils de Kaelion.
Azaël continuait de maintenir le temps autour d'eux.
Il contrôlait chaque seconde.
Chaque mouvement.
Chaque souvenir.
Mais il laissa volontairement deux personnes en dehors du changement.
Lui.
Et Elia.
Lorsqu'il eut terminé, il rouvrit les yeux.
Tout était redevenu normal.
Elia regarda autour d'elle.
Son père se trouvait exactement au même endroit.
Sa mère discutait avec un membre de la famille.
Adrian regardait les invités.
Les gardes étaient toujours en position.
Personne ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit.
Aucun d'eux ne se souvenait du jeune dieu.
Aucun ne savait qu'Azaël venait de traverser le royaume divin.
Aucun ne savait qu'un dieu était mort.
Pour eux, le mariage continuait simplement.
Elia regarda Azaël.
Lui aussi avait repris son expression habituelle.
Puis il s'approcha d'elle comme si rien ne s'était passé.
Il se pencha légèrement vers son oreille.
— Je t'expliquerai tout ce soir.
Elia ne répondit pas.
Azaël ajouta à voix basse :
— Juste après le mariage.
Elle acquiesça discrètement.
Puis elle reprit son sourire.
Le mariage continua.
Le duc Valerian reprit son discours comme si aucune interruption n'avait jamais eu lieu.
Les invités applaudirent.
La musique recommença.
Adrian plaisanta avec quelques membres de la famille.
Elena essuya discrètement une larme de bonheur.
Personne ne remarqua quoi que ce soit.
Personne, sauf Elia.
Elle regardait parfois Azaël.
Et chaque fois qu'elle croisait son regard, elle repensait à ce qu'elle venait de vivre.
L'homme qui se tenait devant elle n'était pas simplement le héros que le royaume avait commencé à admirer.
Il n'était pas simplement son mari.
Il était quelque chose de bien plus ancien.
Quelque chose que les dieux eux-mêmes craignaient.
Mais pour l'instant, elle ne posa aucune question.
Elle voulait terminer son mariage.
Profiter de ce moment.
Et attendre la nuit.
La cérémonie prit finalement fin.
Les invités applaudirent une dernière fois.
Azaël et Elia quittèrent le jardin côte à côte.
Pour tout le monde, ce n'était qu'une journée heureuse.
Un mariage réussi.
Une nouvelle vie qui commençait.
Personne ne savait ce qui avait réellement eu lieu.
Personne ne savait qu'un dieu était mort.
Personne ne savait qu'Azaël avait rencontré Kaelion.
Personne ne savait que le temps avait été réécrit.
Personne...
À l'exception d'Elia.
Et d'Azaël.
Lorsqu'ils furent enfin seuls quelques instants, Elia regarda son mari.
— Ce soir.
Azaël acquiesça.
— Ce soir.
Elle serra légèrement sa main.
— Tu vas vraiment tout me dire ?
Azaël resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit :
— Je vais essayer.
Azaël regarda le ciel.
Un sourire presque imperceptible apparut sur son visage.
Et pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontré...
Elia comprit qu'elle était sur le point de découvrir qui était réellement l'homme qu'elle venait d'épouser.