Chapitre 33
Elgad marchait dans la boue entre les rochers et les souches d’arbres éventrées. Ce qu’il restait de la forêt faisait peine à voir, tout ce qui l’entourait était gris et mort.
Voilà maintenant deux jours qu’il marchait à travers un paysage similaire. C’était le matin du troisième jour. Il avait perdu les traces de ceux qu’il cherchait depuis un moment mais il s’acharnait à essayer de les retrouver.
Perdre des traces ? Lui ? C’était quelque chose qui lui semblait inconcevable mais il fallait regarder la réalité en face, cette fois-ci il s’était fait avoir.
Normalement des traces sur une étendue aussi accidentée devraient se repérer facilement, des formes de pas dans la boue, des branches cassées nettes ou même une terre retournée à cause de déplacements. Mais il n’avait rien vu de tout ça, à la sortie des montagnes, la piste avait simplement disparu, personne ne pouvait se volatiliser comme ça, surtout qu’ils n’avaient que quelques heures d’avance sur lui.
La seule explication valable qu’il trouvait était qu’il pourrait s’agir d’une ruse d’un Utilisateur. Il savait qu’ils pouvaient déplacer de l’air, donc il était possible de recouvrir une piste grâce à l’Essence. Si c’était le cas, il ne pourrait jamais les retrouver.
On dirait que le paysage accidenté avait été causé par un glissement de terrain qui avait complètement englouti la forêt qui se tenait sur le flanc de la montagne. Personne ne choisirait ce chemin habituellement mais les dernières traces qu’avaient vu Elgad se dirigeaient ici.
L’unique solution était de choisir une direction. Le Nord et l’Ouest menaient à l’océan et il venait de l’Est donc il ne restait plus que le Sud. Même un Utilisateur ne pouvait se déplacer dans les airs, sinon ils n’auraient pas eu besoin de marcher avant. Il y avait également de grandes chances que l’Utilisateur soit un membre de l’Ordre et au Sud on entrait dans les territoires de Valésia, membre de l’Union.
C’est donc la direction qu’il avait choisie, normalement, il devrait apercevoir une grande ville d’ici demain, Alves, la plus grande ville marchande du royaume de Valésia. En longeant la côte, il y arriverait plus vite plutôt que de continuer à traverser l’étendue dévastée.
Il savait que ses chances de retrouver quelques hommes dans un endroit aussi peuplé étaient presque nulles.
Finalement ses recherches ne menaient pas à grand-chose. Mais il devait persévérer, il avait dit à Lake qu’il retrouverait son père, alors il le ferait. Il n’avait jamais déçu le garçon, ce n’est pas maintenant qu’il commencerait.
Le jeune homme avait sûrement déjà accompli sa mission, les villageois n’allaient pas se laisser avoir par de simples déserteurs.
Il n’y avait peut-être même pas eu de combat
Son principal objectif avait été de mettre Lake en sécurité, au village il est entouré d’amis et il connaît l’endroit. Il ne fallait surtout pas qu’il arrive quelque chose qui pourrait dévoiler ses « capacités ». Jakol et lui s’étaient mis d’accord là-dessus, ils étaient les seuls au courant et le resterait. Si l’Ordre apprenait ça, ce serait catastrophique.
Cependant il ne comprenait pas pourquoi ils avaient emmené Jakol. Était-ce parce qu’il était un ancien officier de la garde royale de Valésia ? Pourtant il ne semblait pas s’être enfui en disgrâce à l’époque, personne ne connaissait sa réelle occupation à l’époque et ses relations lui avaient permis de partir sans problèmes.
En tout cas c’est ce que lui avait dit Jakol.
La situation était trop floue, Elgad n’aimait pas ça.
Il se rassurait en se disant qu’il pourrait retrouver son ami s’il demandait des renseignements au centre de formation de l’Ordre de la ville.
Malgré ça, il se sentait quand même fléchir, ses espoirs se réduisant chaque heure qui passait. Il devait absolument trouver Jakol dans cette ville, c’était sa dernière chance.
Il continua à marcher sortant peu à peu de la zone accidentée, il voyait l’étendue bleue de l’océan à sa droite créant un contraste frappant entre la forêt marron et le bleu immaculé de l’eau.
Étrangement, il ne voyait aucun navire marchand, la dernière fois qu’il était venu, il n’y avait pas un seul moment de la journée où l’horizon était vide d’embarcations.
Tout cela lui rappelait des souvenirs.