Chapitre 32
Arrivés dans la ruelle, des gens avaient déjà remarqué l’état du bâtiment, plusieurs hommes s’affairaient à dégager les débris. Le capitaine se manifesta, déclara que la situation était sous contrôle et que les troupes royales se chargeaient de la suite. Les civils retournèrent à leurs occupations sans faire d’histoires et les gardes formèrent un périmètre autour de la ruelle.
Deux Marcheurs soulevèrent le cadavre en le cachant sous un drap comme avait demandé le Marcheur et se dirigèrent vers le Palais. Les autres restèrent pour sécuriser les lieux.
Aldaïr devait trouver Vilad ou Rogar pour leur parler de sa découverte, les deux hommes devaient toujours être dans la salle de réunion même s’il faisait nuit à présent.
L’homme qu’il avait tué était très certainement un espion de l’Ordre.
Il arriva devant sa destination, il vit effectivement de la lumière qui filtrait du dessous de la porte. Il l’ouvrit et vit ses deux amis accompagnés de plusieurs personnes, tous penchés sur une carte du pays.
Il remarqua également Nathal assis, écoutant attentivement. Il avait donc dessoûlé rapidement, tant mieux.
Le groupe était en pleine discussion.
—Il faudra s’assurer que les routes soient dégagées pour le transport du ravitaillement, s’il y a des rébellions, elles devront être réprimées dès qu’elles seront signalées. déclara Vilad, désignant plusieurs points sur la carte.
Alors qu’il avançait, certains se tournèrent vers lui. Nathal et Rogar hochèrent la tête en le voyant. Vilad, trop plongé dans ses explications ne le remarqua pas.
Il reconnut certains nobles. Tout d’abord Aegel Roshtar, de la maison noble du même nom. C’était un homme d’une certaine corpulence et richement vêtu pour un militaire mais sous cet aspect de noble gourmand et incapable se cachait un grand tacticien. Sa présence aux côtés de l’Elefthérosi était importante en plus du fait qu’il dirigeait une maison puissante.
À côté de lui il vit Elisse Venett, une autre noble. Elle était très jeune, à peine vingt ans. Elle venait tout juste de finir sa formation militaire, seules les femmes héritières des familles nobles en recevait une. Elle n’avait jamais été confrontée au champ de bataille. Cependant en tant qu’héritière de la famille Venett, la plus riche du royaume, son soutien n'était pas négligeable.
Enfin, Corgir Jolvik, membre de la troisième plus puissante maison de Valdim. Grand, soigné et avec un regard perçant, il semblait juger de haut en bas tous les hommes qui se tenaient face à lui.
Pourtant Aldaïr l’avait déjà observé discutant avec des roturiers avec un comportement complètement différent, comme s’il se sentait mieux entouré par des paysans que des nobles.
C’est le genre de personne qui ne montre pas ses vrais sentiments pour se protéger.
Il était le grand rival de Aegel, à peu près du même âge, ces deux hommes ne s’aimaient guère à cause de cette rivalité entre leur deux maisons.
Cependant ils possédaient en commun quelque chose qui surpassait tout ça et qui avait permis de les réunir : leur haine pour l’Ordre.
Tout comme les membres du Conseil, certains nobles avaient dû regarder Valdim sombrer sans pouvoir agir à cause de la corruption et des menaces qui planaient au-dessus de leurs maisons. Le redressement de la royauté les avait réveillés et désormais ils se tenaient aux côtés de la Couronne.
Ce rassemblement était dû en grande partie au fait que ce soit le fils de Qatar Dux qui soit sur le trône.
À l’époque du père du Prince-Héritier, les barbares du Nord avaient débarqués en masse sur les côtes.
Refusant l’aide proposé par l’Ordre, il avait unifié le royaume pour repousser les envahisseurs, c’est lui qui avait fait construire le Roc Blanc, il était le héros du royaume de Valdim.
Malheureusement, ce héros finit assassiné. Le Conseil avait de bonnes raisons de penser que l’Ordre avait orchestré cela comme le commencement de la corruption du pays.
Vilad sembla finalement le remarquer.
—Aldaïr ! Je ne pensais pas te revoir avant demain. Si tu es là, tant mieux je vais pouvoir expliquer la situation. dit-il.
—La grande opération est pour bientôt, c’est ça ?
—Exactement. Il est temps de passer à l’action.
—Je suis tombé sur un espion de la l’Ordre, aujourd’hui, ils commencent à fouiner, j’espère que nous aurons le temps d’appliquer tes plans.
—C’est ce que je craignais, j’ai eu raison d’avancer le programme. Normalement, s’ils n’ont que des soupçons, ils n’auront pas le temps de nous arrêter.
—Il semblerait que tu avais prévu cette éventualité. Encore une fois, tu confirmes que nous avons bien fait de te placer à la tête de l’organisation de cette opération.
Vilad le regarda et remercia sa confiance par un hochement de tête. Les autres acquiescèrent devant les propos du Marcheur.
—Bon. Vous savez pourquoi je vous ai réunis ici. Nous devons frapper fort et vite. Aegel, Elisse et Corgir vous disposerez chacun d’une force de six milles hommes. Votre objectif est la prise des six villes portuaires du royaume. Répartissez vos troupes comme vous le souhaitez. Empêchez les armées des maisons de sortir des cités puis il faut les convaincre pacifiquement de se ranger officiellement sous la bannière du Roi.
—Et s’ils résistent ? demanda Aegel.
—Dans ce cas vous devrez leur montrer que vous êtes prêt à riposter, bloquez le villes, c’est le plus important. N’attaquez pas sauf s’ils le font d’abord. Nous aurons besoin de chaque homme pour pouvoir lutter face à l’Union.
L’ensemble des personnes présentes connaissait déjà les détails du plan sur le bout des doigts, si Vilad les avait réunis il devait avoir une modification à apporter.
Ce dernier reprit la parole.
—Pour les convaincre de réunir leurs armées sous la bannière du Prince-Héritier, j’ai quelque chose à vous donner.
Il fit un signe à deux Marcheurs derrière lui qui prirent des parchemins sur une table et lui tendirent.
Vilad les déposa sur la carte puis en déplia un pour commencer à le lire.
—Voilà l’essentiel. dit-il, une fois sa lecture terminée.
—C’est une bonne idée. répondit Corgir. La plupart des maisons ont des dirigeants assez loyaux à l’ancien Roi pour suivre ce décret. Comme il y a son sceau, ils suivront la Couronne.
—Tout à fait, nous misons là-dessus. Si tout se passe sans accroc, nous devrions pouvoir unifier le royaume sans perdre trop de temps.
—Mais si plusieurs maisons nous déclarent comme des rebelles à la couronne ? Plusieurs nobles risquent de les rejoindre. s’inquiéta Elisse.
—C’est pour ça que nos forces séparées iront bloquer les grandes villes. répondit Vilad.
Décidément, il avait tout prévu, après tout il n’est pas le créateur de l’Elefthérosi pour rien.
Vilad était le plus grand stratège que le Marcheur ait connu. Aldaïr savait diriger une armée et lutter sur le champ de bataille mais à grande échelle, son ami était le meilleur.
Cependant le vieil homme n’est pas omniscient. Les nobles devront faire leur part, s’ils échouaient à faire preuve de discernement, ils pourraient risquer de ruiner le plan de l’Elefthérosi.
—Des questions ? demanda le vieux militaire.
Personne ne se manifesta.
—Bien. Le début des opérations commencera demain.
Tout le monde acquiesça, chacun mesurant le poids des responsabilités qui pesaient sur eux.
Vilad reprit la parole.
—Dernière information, il y aura sûrement des Utilisateurs dans les rangs des maisons. C’est pourquoi il faut éviter une confrontation à tout prix. Alors que nous sommes à l’aube du changement, nous ne pouvons nous permettre de mener un pays divisé. Nous devons ressortir unifiés. Il ne faut pas nous faire d’illusion, ce pays seul ne pourra lutter face à la Légion de la Libération. Cependant, d’autres nations attendent de pouvoir se libérer de l’oppression, notre résistance poussera d’autres à nous rejoindre !
À la suite de ce discours, il n’y eut pas de grandes exclamations ni de vivats mais seulement un silence pesant. Tout le monde ici savait que leurs actions à Valdim déterminerait le futur du pays puis dans un avenir proche, celui du continent.
Les compagnons d’Aldaïr et lui avaient passé les huit dernières années à construire l’Elefthérosi. Ils avaient planté les graines de la rébellion là où il fallait. Il ne restait plus qu’à espérer qu’elles allaient germer.