Chapitre 20
Chapitre 20
Voilà deux jours que Jyn était arrivé à Drual, elle était allée à l’auberge nommée De Bon Matin en demandant le chemin à des habitants.
Cet établissement était très différent de ceux de son village. À Drómos, on ne trouvait que quelques habitants qui prenaient une pause avant de retourner travailler. Ici on dirait que toute la ville était rassemblée dans cette auberge. Les tables étaient bondées de monde peu importe l’heure, les serveurs et serveuses habillés d’un tablier rouge à carreaux au-dessus de leurs vêtements slalomaient entre les tables, des plateaux remplis de commandes entre les mains.
Lake aurait sûrement été plus à l’aise qu’elle, il avait l’habitude des coins fréquentés et Drual n’était qu’une petite ville en comparaison d’une cité comme Illénia. Malgré le fait que son oncle était un marchand, elle n’avait jamais beaucoup voyagé à cause de sa mère alitée.
C’est au centre de l’auberge qu’on trouvait le plus d’animations. Les joyeux lurons à moitié saouls braillaient une chanson locale, les musiciens accompagnant le chant des poivrots.
Cependant, dès que l’on s’éloignait du centre, les tables dans les coins étaient moins éclairées et peu bruyantes. Des hommes chuchotaient entre eux sur des sujets obscurs. D’autres, assis seuls à leur table, semblaient plongés dans leurs pensées.
Lorsqu’elle était arrivée, cela l’avait surpris, elle avait dû jouer des coudes pour arriver jusqu’au comptoir et demander à voir Moldreff.
Il s’était avéré qu’il était un homme bedonnant avec une barbe sale cachant son visage. Cet homme détonnait avec son auberge qui était propre et ordonnée. Il n’y avait qu’une chose remarquablement propre sur lui: son tablier. D’un blanc immaculé comme si ce vêtement symbolisait la qualité de son établissement.
À sa grande surprise, l’aubergiste était quelqu’un de très gentil. Lorsqu’elle lui avait expliqué qui l’envoyait ici, il l’avait accueilli sans poser de questions.
Il lui avait même offert un travail pendant le temps qu’elle resterait ici.
C’est ainsi que la jeune femme s’était retrouvé à travailler en tant que serveuse. En deux jours, elle s’était déjà habituée au bruit constant et les autres employés lui avaient appris comment tenir les plats tout en se frayant un chemin entre les tables et les clients.
Ce travail était loin d’être de tout repos, surtout aux heures du déjeuner et du souper mais elle commençait à apprécier cette atmosphère populaire.
Moldreff sortit de la cuisine et s’accouda au comptoir en criant :
—Jyn ! Trois bières pour la table six et un plat pour la onze !
—J’arrive !
Jyn se dirigea rapidement vers le comptoir, ramassa les plats et avança rapidement vers les clients.
Elle déposa adroitement les bières sur la table six et sourit aux hommes assis à la table.
—Merci jeune fille, nous ne t’avons jamais vu ici auparavant, tu es drôlement rapide pour une nouvelle. dit un homme d’une quarantaine d’années, le visage poussiéreux.
—Je m’adapte rapidement.
—Je vois ça, si seulement tous les jeunes du quartier pouvaient être aussi débrouillards.
Ses amis acquiescèrent.
Elle reprit son plateau et se dirigea vers la table suivante alors que le groupe d’hommes partait dans une discussion sur le comportement de la jeune génération.
—Jyn ! Dépêche-toi, sur la huit le client attend que tu lui serves sa commande ! cria soudainement Moldreff à l’autre bout de la pièce.
Elle se dépêcha d’aller déposer le plat qu’elle avait dans les mains. La table onze était située dans un coin de l’auberge. Jyn n’aimait pas ces tables. Là-bas, les clients étaient toujours silencieux et moroses, lui jetant même parfois des regards noirs comme si elle était la personne suspicieuse.
Elle avança vers la table et vit le même homme qui venait chaque jour sur la même table. Il portait un bonnet et un long manteau, reculé dans l’ombre, on ne pouvait voir son visage. Elle ne savait pas pourquoi mais dès qu’elle s’approchait de lui, elle sentait un frisson glacé la parcourir et une impression de menace constante comme si l’homme pouvait à tout moment la foudroyer littéralement du regard.
Ce n’est qu’une personne comme une autre, tout va bien se passer.
Jyn déposa le plat et se força à sourire au client. Celui-ci n’esquissa pas un geste et se contenta de la regarder.
La jeune femme repartit vers les autres tables et prit les commandes de nouveaux arrivants. Elle sentait toujours le regard de l’homme sur sa nuque mais elle n’osa pas se retourner.
Elle choisit simplement de l’ignorer et ne le regarda que lorsqu’il sortit de l’auberge après avoir fini son plat.
Je me fais peut-être des idées mais mieux vaut le garder à l’œil.