Chapitre 12
Chapitre 12
Il restait un problème. L’épée plantée dans son épaule lui faisait un mal de chien et lorsqu’il avait planté bougé son bras pour planter le couteau, il avait agrandi sa plaie.
Il avait l’impression que son épaule était à moitié détachée du reste de son corps. Il ne pouvait pas laisser l’épée là où elle était. Il arracha un large bout de tissu de sa chemise avec son bras intact et le posa sur sa poitrine. Il attrapa la lame de l’épée qui lui ouvrit la chair de ses doigts, malheureusement il n’avait pas le bras assez long pour attraper le manche.
Il retint sa respiration et tira d’un coup sec, l’épée se dégagea sans difficulté mais causa quand même une douleur affreuse pendant sa sortie.
Lake la laissa tomber par terre puis prit la bande tissu pour envelopper son épaule et fit tant bien que mal un nœud, disposant uniquement d’un seul bras.
Il n’avait jamais dû se soigner d’une telle blessure mais il avait observé des médecins à Valésia. Il savait à peu près comment éviter de mourir d’une hémorragie.
Bon, apparemment son bricolage avait marché, le sang ne s’échappant presque plus, par contre la douleur ne diminuait pas. Ceci dit, c’était mieux que rien.
Après avoir reprit son souffle, il observa la situation et chercha Charles du regard.
Son ami était toujours par terre, derrière lui. Du sang coulant abondamment de sa jambe éraflée.
—Charles, tu vas bien ? demanda Lake.
—Mieux que toi en tout cas. répondit celui-ci en grimaçant, tentant de stopper l’afflux de sang avec ses deux mains.
Lake, vit que l’entaille était moins profonde qu’elle en avait l’air. Son ami devrait s’en sortir.
—J’ai vraiment eu de la chance que cet enfoiré coince son bras sous ma veste. dit Lake.
Sentant le goût du sang dans sa bouche, il cracha une petite flaque rouge par terre. Il était incapable de bouger son bras gauche et du sang coulait le long de sa veste. Il ne savait pas si c’était le sien ou celui du soldat. Peut-être les deux mélangés.
C’était la première fois qu’il donnait la mort à un homme. Il ne ressentait pas de honte, de tristesse ou même de joie après ça. Son esprit passait seulement en boucle les yeux écarquillés de l’homme mourant. Non pas qu’il compatisse envers l’assassin masqué mais il ne pouvait sortir ce souvenir de sa tête.
Ce qui occultait tout était sa colère envers ces hommes.
En essayant douloureusement de soulever son dos, il constata qu’il était incapable de se relever. Tout ses muscles étaient en feu.
—De la chance ? Oui c’est le moins qu’on puisse dire. Ce mec était beaucoup trop fort pour nous. répondit le fermier.
Lake tourna sa tête et vit que leur combat avec le soldat qui avait semblé durer une éternité n’avait en réalité été qu’un échange d’une minute. En seulement une minute, Lake et Charles étaient tous les deux dans un piteux état et de nombreux cadavres jonchaient la place.
Certains corps n’étaient même pas reconnaissables. Lake entendit son ami sangloter derrière. Charles avait sûrement vu le cadavre de sa mère, allongée à une dizaine de mètres. Lake sentait les larmes monter au fur et à mesure qu’il découvrait plus de cadavres.
Lake aperçut une lueur orange autour de lui. C’était les soldats qui commençaient à mettre le feu aux maisons où s'étaient réfugiés les habitants.
Il entendait les hurlements des familles à l’intérieur suppliant pour leur vie. Les hommes masqués ne bronchaient même pas. Agissant sans émotions comme s’il s’agissait d’une tâche banale. Lake sentit la haine monter.
Malheureusement, il avait à peine la force de parler alors, insulter les soldats, il pouvait oublier. La frustration le gagnait, il serra son bras blessé plus fort.
Ce n’était pas possible, ne pouvait-il donc rien faire ? Où étaient les soldats de l’Ordre qui devaient les protéger ? Quelqu’un avait sûrement pu s’échapper pour les prévenir. Oui c’était sûr. Ils arriveraient bientôt et les Utilisateurs s’occuperaient de leurs agresseurs.
Une ombre se dressa alors soudain au-dessus du jeune montagnard. Lake leva la tête et vit avec horreur que c’était un autre soldat masqué tenant son épée au-dessus de lui, prêt à lui enfoncer la lame dans le dos. Derrière l’homme, il aperçut Charles, les yeux vides, baignant dans une flaque de sang.
Absorbé par le carnage devant lui, il n’avait même pas entendu les cris de son ami qui se faisait massacrer.
Le visage pâle de son ami semblait être celui d’un mort mais cela ne pouvait être le cas, pas vrai ? Il jouait la comédie pour s’en sortir, hein ?
Il ferma les yeux. Il était ridicule. Il allait donc finir comme ça, étalé dans la boue comme un chien qu’on achève.
Qu’est-ce qu’il regrettait de n’avoir pu lutter, il aurait dû être plus fort pour aider les villageois. Son ami derrière ne bougeait plus du tout mais le jeune homme était persuadé que celui-ci faisait le mort, c’était Charles, bien sûr qu’il s’en sortirait !
Mais plus il regardait son ami, plus la dure réalité s’imposait. Il n’y avait plus aucun espoir. L’Ordre n’était au courant de rien et ils mourraient tous ici. Le désespoir commença à le submerger, que ce soldat en finisse vite, qu’il n’ait pas à connaître ce sentiment plus longtemps. Qu’il le tue ! Allez qu’il l’achève ! Pour prendre autant de temps, il aimait torturer ses victimes ? Lake avait l’impression d’attendre les yeux fermés depuis une éternité. L’attente était insupportable.
C’est là que le bruit d’une épée froissant l’air pénétra ses oreilles, ça y est, c’était fini.
Mais au lieu de la douleur et du bruit de la lame qui ouvre sa chair, il entendit un gargouillement venant du soldat.
Il rouvrit les yeux pour découvrir avec stupeur que celui-ci n’avait plus de tête, cette dernière ayant causé le bruit en faisant gicler du fluide vital en tombant.
La tête de l’homme masqué le dévisageait, son teint se grisant à vue d’œil.
Lake resta stupéfait puis vit un homme grand, un long manteau noir l’entourant et la capuche relevée qui plongeait son visage dans l’ombre avancer vers lui.
Celui-ci s’abaissa à la hauteur de Lake et lui dit :
—Je vais m’occuper d’eux maintenant.
C’est alors que Lake vit deux soldats approchant silencieusement de l’inconnu, Lake voulu crier puis il se rappela qu’il en était incapable, mais alors les deux soldats tombèrent par terre. L’un avait une profonde taillade parcourant tout son torse et l’autre, les jambes coupées en deux. Le jeune homme n’avait même pas vu ce qui s’était passé. L’homme était-il un Utilisateur ? Non. Les traces sur les soldats étaient celles d’une épée. L’étranger avait donc été tellement rapide que Luke n’avait pas pu apercevoir ses mouvements.
Celui ayant perdu ses jambes hurla de douleur, l’inconnu apparut soudain à côté de lui et planta son épée dans la crâne de l’homme masqué.
Le fils de Jakol aperçut un fourreau dans le dos de l’homme ainsi qu’un plus petit à sa taille. Il ne l’avait même pas vu dégainer son arme.
L’homme à capuche disparut à nouveau et Lake essaya de retourner son corps meurtri avec difficulté, il put seulement voir du coin de l’œil une demi-douzaine de cadavres de soldats dans la boue.
C’est au moment où il essaya de bouger son corps qu’il ressentit la douleur nouvelle qui le parcourait et c’est là qu’il sentit le couteau qui lui perçait le dos.
Le soldat mort tenait ce couteau dans sa main lorsqu’il était tombé sur Lake. Celui-ci avait sûrement basculé en avant lorsque sa tête s’était détachée de ses épaules et avait transpercé Lake dans le dos.
Le jeune homme était incapable de faire le moindre mouvement et sa vue se troublait.
Est-ce que je vais vraiment mourir comme ça ?
Il se mit à penser que s’il était en train d’agoniser c’était uniquement à cause de sa faiblesse. C’était aussi sa faiblesse qui avait causé la mort de Charles. Et maintenant il partait sans même savoir si son père ou Jyn étaient en vie.
Avant qu’il ait eu le temps de se lamenter plus longtemps sur son sort, son regard s’assombrit et il perdit connaissance.