Chapitre 6
Chapitre 6
Léo dormit très mal cette nuit-là.
Il avait beau fermer les yeux, impossible de trouver le sommeil.
Demain.
Cette pensée revenait sans cesse.
Demain, il entrerait enfin à l’école.
Il se retourna dans son lit.
Puis de l’autre côté.
Puis encore de l’autre.
Il ouvrit les yeux et regarda l’horloge posée sur sa table de chevet.
Deux heures du matin.
— C’est beaucoup trop long…
Léo soupira avant d’enfouir son visage dans son oreiller.
Il avait attendu ce jour pendant des semaines.
Et maintenant qu’il était enfin arrivé, il avait l’impression que le temps s’était arrêté.
Après plusieurs minutes à fixer le plafond, il finit malgré tout par sombrir dans le sommeil.
Lorsque les premiers rayons du soleil traversèrent les rideaux, une voix résonna dans la chambre.
— Léo !
Le garçon ouvrit brusquement les yeux.
— Hein ?
— Debout ! Tu vas être en retard !
Léo se redressa d’un coup.
Ses yeux s’écarquillèrent.
— L’école !
Il bondit hors de son lit.
Quelques minutes plus tard, il était déjà habillé.
Il dévala les escaliers à toute vitesse et entra dans la cuisine.
Fiona préparait le petit déjeuner tandis qu’Armand était assis à table, une tasse entre les mains.
Il leva les yeux lorsque son fils entra.
— Bonjour, champion.
— Bonjour !
Léo s’installa immédiatement à table.
— On y va quand ?
Fiona lui posa son petit déjeuner devant lui.
— Tu pourrais peut-être manger avant de partir.
Léo regarda son assiette.
Il était tellement impatient qu’il en avait presque oublié de manger.
— Oui…
Il commença à déjeuner.
Mais toutes les quelques secondes, son regard se dirigeait vers l’horloge.
Armand finit par rire.
— Si tu continues à la fixer, elle ne va pas avancer plus vite.
— J’espère bien qu’elle va avancer !
— Je crois que c’est justement le problème, répondit Armand avec un sourire.
Léo termina rapidement son petit déjeuner.
Quelques minutes plus tard, il était prêt.
Son sac sur le dos, il se tenait devant la porte d’entrée.
Fiona s’approcha de lui et ajusta une dernière fois son col.
— Tout va bien se passer.
— Je sais.
Armand posa une main sur son épaule.
— Et surtout, écoute bien ton professeur.
Léo hocha sérieusement la tête.
— Oui.
— Et ne cherche pas les ennuis.
Léo prit un air offensé.
— Je ne cherche jamais les ennuis !
Ses parents échangèrent un regard amusé.
— Bien sûr, répondit Fiona.
— Absolument, ajouta Armand.
Léo plissa les yeux.
— Pourquoi vous me regardez comme ça ?
— Pour rien.
Ils quittèrent finalement la maison.
Le chemin jusqu’à l’école sembla beaucoup plus court que la veille.
Léo marchait rapidement, presque en courant.
Il avait l’impression que ses jambes avançaient toutes seules.
Puis, au détour d’une rue, il aperçut enfin le bâtiment.
Son cœur se mit immédiatement à battre plus vite.
L’école de Théor.
Cette fois, ce n’était plus un endroit qu’il venait simplement visiter.
C’était son école.
— Ça va ? demanda Fiona.
Léo hocha la tête.
— Oui.
Armand lui adressa un sourire.
— Alors vas-y.
Puis il ajouta :
— Au fait, c’est ton papy qui viendra te chercher ce soir.
— D’accord.
Léo inspira profondément.
Il regarda une dernière fois ses parents, puis franchit les portes de la bibliothèque.
Il traversa le rez-de-chaussée et monta au premier étage.
L’école avait été installée dans une partie du bâtiment, autrefois réservée aux livres les plus précieux. Les rayonnages avaient été déplacés afin de libérer plusieurs salles.
Léo suivit les indications de Théor et arriva finalement devant la salle de classe.
Il posa la main sur la poignée.
C’est maintenant.
Il ouvrit la porte.
À l’intérieur, quatre autres élèves étaient déjà installés.
Léo entra.
Son regard parcourut rapidement la pièce.
Puis il remarqua quelqu’un au fond de la salle.
Un adulte imposant se tenait debout près du mur.
Il portait une armure légère, parfaitement entretenue, ainsi qu’une épée attachée à sa ceinture.
L’homme avait les bras croisés et observait silencieusement la pièce.
Léo fronça légèrement les sourcils.
C’est qui, lui ?
Il regarda les autres élèves.
Puis l’homme.
Pourquoi il est là ? Ce n’est pas un élève…
Il haussa finalement les épaules.
Après tout, Théor avait peut-être prévu quelque chose de spécial.
Léo s’avança jusqu'au premier rang.
— Bonjour.
Les autres élèves le saluèrent.
— Bonjour.
— Salut.
L'homme au fond, lui, ne répondit pas.
Léo le regarda quelques secondes.
Bon… Il n’est pas très bavard.
Il s’assit.
Quelques instants plus tard, la porte s’ouvrit.
Théor entra.
Léo le reconnut immédiatement.
Le chercheur remarqua également le garçon.
Un petit sourire apparut sur son visage.
Léo lui rendit son sourire.
Théor posa quelques livres sur son bureau, puis se retourna vers les élèves.
Il compta rapidement les personnes présentes.
— Bonjour à vous cinq…
Il s’arrêta.
Son regard se posa sur le garde.
— Euh… à vous six.
Léo réprima un sourire.
Théor soupira intérieurement.
Bon. Il va falloir s’habituer à sa présence.
Il se plaça devant son bureau.
— Pour commencer, nous allons faire les présentations. Vous allez chacun nous dire comment vous vous appelez, ce que vous aimeriez faire plus tard et ce que font vos parents.
Il se frotta le menton.
— Voilà. Bien… Je vais commencer par moi.
Théor se redressa.
— Je m’appelle Théor Vandelis et j’ai autrefois travaillé comme chercheur à la Tour Céleste.
Les cinq enfants l’écoutèrent attentivement.
— Je suis arrivé sur l’île d’Halménia, disons… par curiosité.
Il marqua une courte pause.
— Il y a cinq ans, j’ai acheté ce grand bâtiment afin d’en faire une bibliothèque et de pouvoir poursuivre mes recherches tranquillement.
Il désigna les étagères remplies de livres.
— Et maintenant, me voilà professeur.
Il sourit.
— Voilà pour moi. À votre tour, les enfants.
Théor se recula légèrement de son bureau et regarda les cinq élèves assis devant lui.
Un silence s’installa.
Les enfants se regardèrent les uns les autres, comme s’ils espéraient tous que quelqu’un se lance en premier.
Théor sourit.
— Allez, ne soyez pas timides. Qui veut commencer ?
Une fille assise au deuxième rang leva timidement la main.
— Moi, monsieur.
— Très bien. À toi.
La jeune fille se leva.
Elle avait de longs cheveux soigneusement coiffés et portait des vêtements beaucoup plus élégants que ceux des autres enfants.
— Je m’appelle Lyria Solenne. Je suis la douzième fille du maire de Néréïs.
Elle marqua une pause avant d'ajouter fièrement :
— Et quand je serai grande, je souhaite intégrer la Tour Céleste !
Théor hocha la tête.
— Oh ! Très bien. Un noble objectif.
Il se tourna vers les autres.
— Au suivant.
Un garçon leva la main.
— Moi !
— Vas-y.
Le garçon se leva avec enthousiasme.
— Je m’appelle Kaël Vareon. Je suis le fils de Thor Vareon, le maître de la Guilde des Pêcheurs des Crevettes Écarlates.
Théor haussa légèrement les sourcils.
— Des Crevettes Écarlates ?
— Oui !
Kaël semblait particulièrement fier du nom.
— Plus tard, je veux intégrer la guilde et devenir aussi fort que mon père.
Il serra les poings.
— Il ne se blesse jamais, même quand on affronte des monstres marins !
Théor sembla légèrement surpris.
— Mais… les pêcheurs ne tuent-ils pas les monstres marins avec leurs grands harpons ?
Kaël secoua la tête.
— Non. Le harpon sert juste à attraper le monstre et à le ramener sur le navire.
Théor cligna des yeux.
— Ah.
Kaël continua avec le plus grand sérieux :
— Ensuite, il faut l’achever.
Théor resta silencieux quelques secondes.
— …D’accord.
Il se tourna vers Léo.
— À qui le tour ? Léo ?
Le garçon se leva.
— Je m’appelle Léo Foros.
Il réfléchit un instant.
— Mes parents travaillent à la clinique du port de mon papy.
Il baissa légèrement les yeux.
— Et… je ne sais pas encore ce que je veux faire plus tard. Je n’y ai pas vraiment réfléchi.
Théor sourit.
— C’est tout à fait normal. Tu as encore largement le temps de décider.
Léo se rassit.
Théor regarda ensuite le garçon assis à côté de lui.
— Ensuite, jeune homme ?
Le garçon se leva avec une certaine assurance.
— Je suis Névan Junior Arvannis. Je suis le fils de Névan Arvannis, le maître de la Guilde Marchande Arvannis.
Il croisa les bras.
— Notre guilde achète sur le continent des produits qui n’existent pas sur l’île, puis les revend ici plus cher.
Un silence gêné s’installa.
Théor le fixa.
— Je ne suis pas certain qu’il fallait préciser la dernière partie ici…
Névan haussa les épaules.
— Pourquoi ? C’est notre métier.
Théor soupira.
— Oui… évidemment.
Il regarda finalement la dernière élève.
Une jeune fille aux cheveux élégants était assise avec un air profondément ennuyé.
— Et enfin, mademoiselle ?
Elle leva lentement les yeux vers lui.
— Quoi ? Vous ne me reconnaissez pas ?
Théor cligna des yeux.
— Je devrais ?
La jeune fille se leva brusquement.
— Je suis la princesse Naëlys d’Halménia !
Léo ouvrit de grands yeux.
Une princesse ?
Naëlys croisa les bras.
— Et ce que je veux faire plus tard, c’est créer ma propre guilde de chasse sur le continent.
Elle soupira.
— Mais mon père m’a obligé à venir étudier dans ce bled paumé et…
Elle regarda autour d’elle.
— …j’en ai déjà ras-le-bol.
Théor resta silencieux un instant.
Puis il sourit.
— Très bien, princesse. J’espère que nous allons bien nous entendre à l’avenir.
Il se tourna ensuite vers le mystérieux homme au fond de la classe.
— Vous aurez donc compris que le monsieur au fond est le garde royal chargé de protéger la princesse.
Le garde décroisa lentement les bras.
Il prit une grande inspiration.
Puis, soudainement, il hurla :
— FORCE ET HONNEUR ! QUE JE TRÉPASSE SI JE FAIBLIS !
Tous les élèves sursautèrent.
Léo faillit tomber de sa chaise.
Naëlys se prit le visage dans les mains.
Théor, lui, resta immobile.
Il regarda le garde.
Puis les enfants.
Puis de nouveau le garde.
Encore un cinglé…
Il soupira.
— Très bien…
Théor retourna derrière son bureau.
— Je sens que ces années scolaires vont être intéressantes.