Chapitre 34
La maison familiale était animée. Fiona avait organisé une petite fête pour marquer le départ prochain de Léo. Pour l’occasion, toute la famille était réunie, y compris ses grands-parents maternels, Gilou et Ginette.
Armand s’occupait des derniers préparatifs tandis que Léila semblait avoir pris pour mission de vérifier régulièrement ce qui se trouvait sur la table.
— Tu comptes manger avant même que tout le monde soit arrivé ? lui demanda Léo.
— Je vérifie que tout est bon.
— Bien sûr. Et tu vérifies combien de fois ?
— Autant que nécessaire !
Léo secoua la tête, amusé, avant de rejoindre ses grands-parents.
Il n’eut pas le temps de les saluer qu’une voix familière retentit.
— Alors ? L’oiseau de malheur quitte enfin le nid !
Léo se retourna vers Gilou.
— Je t’aime aussi, papy.
Ginette laissa échapper un petit rire tandis que Gilou éclata de rire et donna une tape amicale sur l’épaule de son petit-fils.
— Profite bien de tes derniers jours ici, petit insolent.
— Je compte bien le faire, papy.
— Et surtout, essaie de ne pas te perdre dès que tu auras quitté la maison !
— Je ferai de mon mieux. Mais si je me perds, je t’enverrai un communicateur pour te demander mon chemin.
— Hors de question ! Je ne vais quand même pas payer pour te ramener !
— Moi qui comptais sur toi.
Ginette secoua la tête devant leurs échanges.
— Vous avez bientôt fini tous les deux ?
— C’est lui qui a commencé ! répondirent-ils simultanément.
Fiona, qui venait d’arriver avec un plateau, les regarda tour à tour.
— Je vois que cette fête commence très bien.
— Ne t’inquiète pas, maman, répondit Léo. Papy est simplement triste de me voir partir.
— Triste ? Moi ? Certainement pas !
— Bien sûr, papy.
Léo lui adressa un sourire innocent avant de s’éloigner, laissant Gilou marmonner quelque chose dans sa barbe.
La fête se poursuivit dans une ambiance chaleureuse. La famille profita du repas pour discuter des dernières nouvelles et évoquer les souvenirs des années passées.
Un peu plus tard, Théor arriva à son tour. Il fut accueilli chaleureusement par Fiona et Armand avant de rejoindre Léo.
— Alors, prêt pour la suite ? demanda-t-il.
— Je crois. Même si j’ai encore quelques petites choses à régler avant de partir.
— C’est normal. On n’a jamais l’impression d’avoir terminé les préparatifs.
Léo acquiesça, puis sembla se rappeler quelque chose.
— Justement, je voulais te rendre ça.
Il sortit le grimoire que Théor lui avait confié avant ses démarches administratives.
— Tu me l’avais prêté et je n’en ai plus besoin. Je préfère te le rendre maintenant.
Théor regarda le grimoire sans chercher à le récupérer.
— Garde-le.
Léo fronça les sourcils.
— Tu es sûr ?
— Oui. Son contenu est très instructif. Tu devrais le lire pendant le voyage, car sinon, tu vas t’ennuyer...
Léo observa un instant le grimoire.
— Dans ce cas, merci. Je vais le garder précieusement.
— C’est préférable.
À quelques pas d’eux, Gilou avait suivi une partie de la conversation.
— Encore un livre ? Tu vas finir par avoir plus de papier dans tes bagages que de vêtements !
— Ce n’est pas un livre ordinaire, papy.
— Ah oui ? À quoi il sert ? Au pire, tu pourras tout de même l’utiliser s’il n’y a pas de papier toilette sur le bateau…
— Non, mais contrairement à toi, il peut m’apprendre quelque chose.
Armand détourna la tête pour masquer son amusement.
Gilou posa une main sur son cœur, feignant d’être profondément blessé.
— Voilà comment on est remercié après toutes ces années à s’occuper de sa famille !
— Tu t’es surtout occupé de nous rappeler à quel point tu étais généreux, répondit Ginette.
— Merci, Ginette. Je vois que je peux compter sur ton soutien.
— Toujours, mon cher.
Léo sourit. Il n’aurait échangé ces moments pour rien au monde.
Théor profita de l’accalmie pour lui tendre un autre objet : un livre assez épais, dont la couverture représentait plusieurs créatures qu’il ne connaissait pas.
— J’ai également quelque chose pour toi.
Léo prit l’ouvrage et lut le titre à voix haute :
— Les Créatures de l’Alliance Céleste.
Il ouvrit le livre et découvrit de nombreuses illustrations accompagnées de textes détaillés.
— Il recense les créatures présentes dans les différents pays de l’Alliance Céleste, expliqua Théor. Tu pourras y trouver des informations sur leurs caractéristiques, leurs habitats et les particularités connues de chaque espèce.
Léo parcourut quelques pages supplémentaires.
— Il y en a beaucoup !
— Et ce n’est qu’un aperçu. Certaines espèces sont rares, d’autres vivent dans des régions encore mal explorées.
— Je vais avoir de quoi m’occuper pendant mon voyage.
— Si tu comptes découvrir le monde, autant connaître les créatures que tu pourrais rencontrer.
Léo referma délicatement le livre.
— Merci, Théor. C’est un très beau cadeau.
— J’espère qu’il te sera utile.
La soirée avançait et Théor préféra partir pour laisser Léo seul avec sa famille.
Léo discutait tour à tour avec ses parents, sa sœur et ses grands-parents. Il savait que son départ approchait et qu’il ne pourrait pas retrouver sa famille aussi facilement qu’avant. Pourtant, il était heureux de commencer cette nouvelle étape de sa vie.
Fiona vint s’asseoir près de lui.
— Tu sais que tu pourras toujours nous donner des nouvelles ?
— Bien sûr, maman. J’ai mon communicateur.
— Et tu penseras à t’en servir ?
— Je vais essayer de ne pas oublier.
— Léo…
— Oui, je t’appellerai régulièrement, promis.
Elle lui adressa un sourire, visiblement rassurée.
Armand les rejoignit et posa une main sur l’épaule de son fils.
— On est fiers de toi. Profite de ce qui t’attend.
— Merci, papa.
— Même si j’aurais préféré que tu ne partes pas...
Léo soupira.
— Papa... On en a déjà parlé. Vous auriez préféré que je reste ici et que je n’utilise pas mes pouvoirs, mais je l’ai déjà dit, ce n’est pas comme ça que je veux vivre.
— D’accord, mais reste prudent.
— Je le serai. Ne t’inquiète pas. Je vais faire en sorte de ne pas me faire repérer, mais sinon, les créatures que je compte créer pourront aussi me protéger.
— À t’entendre parler comme ça, on ne peut que s’inquiéter ! s'alarma Fiona.
— Ne vous inquiétez pas, tout ira bien, rassura Léo.
La soirée se poursuivit assez tard.
Gilou leva alors son verre.
— Bon ! Puisque notre oiseau de malheur va bientôt quitter le nid, je propose qu’on profite de cette soirée pour resserrer nos liens. À la famille !
Tout le monde leva son verre.
— À la famille ! répétèrent les autres.
Les verres s’entrechoquèrent et les conversations reprirent.
Pour Léo, cette soirée resterait un précieux souvenir.
Mais surtout, il emportait avec lui le soutien de sa famille et la certitude qu’il aurait toujours un endroit où revenir.
***
Le jour du départ, Armand demanda à son fils s’il avait tout préparé.
— J’ai ma carte d’identité, mon communicateur, mon costume et mes affaires. Je pense que je suis prêt.
— Tu penses ? répéta Fiona.
— Oui, maman.
— Tu as vérifié que tu n’avais rien oublié ?
— Deux fois.
Léila, qui avait suivi la conversation, intervint à son tour.
— Et si tu oublies quelque chose, tu feras comment ?
— Je l’achèterai sur place.
Armand hocha la tête, satisfait.
— Très bien. Dans ce cas, je pense que tu es prêt.
Léo récupéra ses affaires et se dirigea vers la porte. Fiona, Léila et Armand le suivirent pour l’accompagner jusqu’au port.
Le trajet se déroula dans une ambiance plutôt calme. Tous savaient que le moment des au revoir approchait, et aucun ne semblait vraiment savoir quoi dire.
Une fois arrivés au port, Léo aperçut le navire de transport qui devait l’emmener vers sa prochaine destination : le Transhalménia.
Le bâtiment était imposant. Des voyageurs montaient déjà à bord, tandis que des membres de l’équipage s’occupaient du chargement des marchandises.
Léo observa le navire quelques instants avant de se tourner vers ses parents et sa sœur.
— Eh bien, c’est ici que nos chemins se séparent.
Fiona s’approcha de lui et le prit dans ses bras.
— Prends soin de toi, surtout. Et n’oublie pas de nous donner des nouvelles.
— Promis, maman.
Elle se recula, les yeux légèrement humides, puis lui adressa un sourire.
Armand posa ses mains sur les épaules de son fils.
— Promets-moi de rester prudent.
— Je te le promets, papa.
Armand le serra à son tour dans ses bras avant de le laisser rejoindre Léila.
Sa sœur croisa les bras en prenant un air faussement contrarié.
— Je peux utiliser ta chambre ?
Léo haussa un sourcil.
— C'est ça que tu dis avant mon départ toi ?
Léila éclata de rire avant de se rapprocher de son frère.
— Tu vas me manquer, quand même.
— Toi aussi, grande sœur.
Ils se serrèrent dans les bras quelques instants.
— Et n’oublie pas les cadeaux ! ajouta-t-elle en se reculant.
Léo soupira.
— Je savais bien qu’il y avait une raison à tes adieux.
— Évidemment ! Tu ne pensais quand même pas que j’allais te laisser partir sans rien demander !
Léo rit et lui ébouriffa les cheveux avant de récupérer ses affaires.
Il se tourna une dernière fois vers ses parents et sa sœur.
— Bon, je dois y aller. Prenez soin de vous !
— Toi aussi ! répondirent-ils.
Léo leur adressa un dernier signe de la main, puis se dirigea vers la passerelle du TransHalménia.
Après avoir présenté ses documents à un membre de l’équipage, il fut autorisé à monter à bord.
Il posa ses affaires près de lui et se retourna vers le port. Fiona, Armand et Léila étaient toujours là. Il leur fit un dernier signe tandis que le navire se préparait au départ.
Quelques instants plus tard, le TransHalménia commença à s’éloigner du quai.
Léo regarda sa famille devenir progressivement plus petite au loin, puis reporta son attention sur le navire.
Une nouvelle aventure l’attendait.